The Demerara Distilleries 2.0 (French)

The Demerara Distilleries 2.0 
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Guyana - Les distilleries et leur histoire
Par Marco Freyer
Traduction de Nico


Un travail en 10 chapitres sur la Guyane Britannique coloniale (Guyana), le rhum et sa transformation vers la modernité.

Préambule

Carte du Demerara & Essequibo (Non datée)
Source: www.gahetna.nl
Par cet article je souhaite informer les lecteurs qui s’intéressent aux rhums du Demerara. Leurs origines remontent au 17è siècle avec l’établissement des colonies Néerlandaises d’Essequibo, Berbice et au 18è siècle, de la colonie du Demerara. Les rhums du Demerara sont habituellement associés aujourd’hui à tous les rhums provenant de cette région de l’état du Guyana, qui émergea des trois colonies Néerlandaises. Après plusieurs guerres l’empire Britannique s’empara de ces colonies au début du 19è siècle et fonda la colonie Britannique « British Guiana ». En 1966 ce pays gagna finalement son indépendance et fut nommé Guyana. 

Qu’est-ce qui distingue tant ce rhum, quelle est la signification de ces « marks » et d’où viennent-elles? Les « marks » (inscriptions) avaient à l’origine pour but d’identifier chaque domaine sucrier. Ces inscriptions étaient alors écrites sur les fûts de rhum. Elles indiquaient simplement l’origine du rhum, du sucre ou de la mélasse vendus. Au cours du siècle dernier les « marks » et leur rapport avec les domaines sucriers ont progressivement perdu leur signification. De nombreuses plantations ont disparu et avec elles les rhums de leurs distilleries respectives. C’est cette mythique aura de sagesse oubliée qui rend les rhums de ce pays si attirants. Qu’y a-t-il derrière les noms d’Albion et Blairmont? Quel est le rapport entre Versailles et le Guyana en Amérique du sud? Que signifie l’inscription E.H.P. sur l’étiquette d’une bouteille de Velier? Dans cet article j’aimerais entrer dans le détail de ces plantations de canne à sucre et de ces questions. 

A part le travail de Sasch il n’y a eu que très peu d’articles qui ont traité sérieusement de ce sujet. La plupart restent plutôt vagues et incomplets. Ils ne sont pas allés dans les détails de l’origine des plantations de canne à sucre et de leur histoire. Dans ce pays ces origines sont étroitement liées au le rhum, car ces plantations et leurs distilleries étaient la source de ce spiritueux. Seules les plantations les plus célèbres sont connues des connaisseurs et amoureux du rhum. Pour autant il y a un manque énorme d’informations quant à l’origine et la création de ces dernières et leur fermeture définitive. Même la dernière distillerie historique qui s’appelle Diamond (Demerara Distillers Limited = DDL) qui a rapatrié une partie des alambics de ces distilleries perdues ne permet pas de retracer ces informations manquantes.

Cet article s’adresse à tous les lecteurs et connaisseurs intéressés par les Demeraras, qui veulent en savoir plus sur l’histoire de ce rhum unique et sur ses distilleries et plantations oubliées. 

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Chapitre 1
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La création de la Guyane Britannique 

Voici un bref récit de l’histoire de la Guyane Britannique, qui commence par les colonies Néerlandaises au 17è siècle. Il s’agit pour moi d’un hobby donc veuillez prendre ce travail tel qu’il est : l’œuvre d’un amateur. Je ne suis pas professeur d’histoire de formation donc vous pourriez éventuellement tomber sur quelques dates erronées. Sur certaines périodes je n’ai pas forcément repris tous les évènements qui iraient au-delà du faisceau de cet article. Merci de bien vouloir prendre tout cela en compte.

Les colonies Néerlandaises Essequibo (Isekepe) & Pomeroon (Bauroma)

La maison des antilles à Amsterdam. 1655
Source: commons.wikimedia.org
Selon plusieurs auteurs l’histoire de cette colonie débute en 1616. C’est cette année-là que la première compagnie des Antilles Néerlandaises a dit-on construit le fort Kijkoveral sur les bords du fleuve Essequibo. Pourtant certains indices ne corroborent pas cette théorie. D’abord, la première compagnie des Antilles Néerlandaises a été créée seulement le 3 Juin 1621. Il y a également quelques incertitudes et inexactitudes quant à l’année exacte de création de la colonie Néerlandaise le long de l’Essequibo. Une source avance quelques éléments intéressants qui contredisent l’établissement d’une installation fortifiée avant 1624. Il y a aussi une autre source qui fait référence à l’année 1616 et à l’Anglais qui deviendra plus tard gouverneur, le fameux Major John Scott (1665-1666). [227] 

Pieter Marinus Netscher met également en doute l’affirmation de John Scott concernant l’établissement de la colonie en 1616 et de son premier commandeur "Captain Gromweagle". Netscher présume un malentendu et cite celui qui sera plus tard commandeur de la colonie entre 1657 et 1666 (Occupation Anglaise incluse) : Aert Adrianszoon Groenewegel. Il avance que Gromweagle est une version Anglaise déformée du nom Groenewegel qui comme je l’ai dit a vraiment existé. Si cet homme avait construit ce fort, alors il aurait aussi dirigé la colonie de 1616 à sa mort en 1664. Cela ferait 48 années pleines (!) en climat tropical. Cela semble très peu probable. Mais on peut clairement le voir en regardant les commandeurs destinataires des courriers de la compagnie des Antilles Néerlandaises. [228]

La maison des Antilles à Amsterdam. Aujourd’hui
Source: commons.wikimedia.org
Dans une lettre du 16 Septembre 1624, la compagnie exprime son intérêt pour cette région côtière d’Amérique du sud. [229] Un autre fait intéressant est que le premier commandeur probable Jacob Caniju ou Conjin fut autorisé à rentrer chez lui le 10 Décembre 1626. Il était peut-être en poste depuis 1624. [230] Deux lettres ultérieures à propos de son successeur Jan Adriaenss van der Goes et son faible salaire de 5 Livres Flamandes par mois soulignent la présomption qu’il s’agissait seulement d’un comptoir commercial et non d’une colonie prospère avec des plantations. [231] [232] Il y est aussi mentionné qu’ils désiraient un bâtiment neuf ou la réparation d’un fort déjà existant. Mais pourquoi alors le mot « faire » (« maecken » dans le texte) et pas « construir e» ou « réparer » ? [233] L’état pitoyable de la « colonie » était vraisemblablement la raison pour laquelle le conseil des IX discuta le 5 Mai 1644 de l’abandonner. Toutefois, ils rejetèrent cette idée. [234]  

Fait intéressant, le vieux fort Kijkoveral est mentionné pour la première fois dans une lettre datée du 5 Mai 1644. Avant cela on n’en trouve selon Netscher aucune mention dans les archives écrites. Aussi, un fort nommé "The Hooge" ou "Ter Hooge" (du nom du directeur de la chambre de commerce du Zeeland, Joost van der Hooge) n’est pas non plus mentionné. Il se peut que le fort Kijkoveral portât ce nom à l’origine. Alors pourquoi ce nom n’est-il jamais mentionné dans les lettres ? Occasionnant plus que de l’embarras pour leur administrateur et collègue Joost van der Hooge, cela témoignait surtout d’un certain manque de respect des autres administrateurs envers lui. [235] 

Après la perte du Brésil en 1654 et les coûts occasionnés par la guerre, la DWIC (Compagnie des Antilles Néerlandaises) ne produisait que du déficit. [236] Ainsi on comprend facilement que la chambre de commerce du Zeeland essayât de se débarrasser de la colonie déficitaire d’Isekepe (Essequibo) vers 1657. L’Etat du Zeeland n’était pas opposé à une prise de contrôle de cette colonie. D’après PM Netscher aucun accord n’a été trouvé. Par conséquent ce n’était pas une surprise quand la DWIC a accepté l’offre des trois villes de Middelburg, Vlissingen et Veere. Elles offrirent de reprendre la direction et la maintenance de la colonie sous les auspices de l’Etat du Zeeland. On parvint finalement à un accord le 1er Novembre 1657. La colonie fut brièvement nommée Nova Zeelandia et fut dirigée par huit administrateurs. [236] Un an plus tôt, le 12 Octobre 1656, on trouve un lettre comportant les règlementations concernant les colons (libres) fixées par la chambre de commerce du Zeeland. Le commerce de rocou était expressément interdit aux colons. [237] 

Il semble donc qu’il n’y ait pas eu de colons libres dans cette région avant cette année-là. Un autre fait semble également confirmer l’hypothèse selon laquelle il n’y avait que des employés de la compagnie à Essequibo. Je cite:

« Par « colons », toutefois, on ne doit pas comprendre les laboureurs, ni encore les planteurs libres. « La colonie d’Essequibo », dit la chambre de commerce du Zeeland elle-même en 1751 après des recherches dans ses propres archives, « depuis son début, dès l’an 1656, était habitée par les seuls employés de la chambre de commerce du Zeeland, qui… à cette époque étaient appelés ‘colons’ et étaient en poste pour mener le commerce, qui prit alors de telles proportions qu’en quelques années plus de cent barriques de teinture de rocou arrivaient à la fois. »---(Nederlandsche Jaerboeken, 1751, p. 1097.) » [238] 

Jusqu’à 1656 il n’y avait toutefois aucun colon ou planteur libre à Essequibo. La DWIC semble l’admettre dans ledit album de 1751. Ainsi, l’existence de planteurs et plantations non détenues par la compagnie était peu probable. Si l’on se fie à cette déclaration de la DWIC, la toute première colonie s’y établit entre 1656 et 1658. Avant cette période ladite « colonie » n’était rien de plus qu’un comptoir de commerce fortifié. Donc la date exacte où ce comptoir de commerce a été établi ou non importe en fait peu. Ainsi, l’affirmation du Major John Scott à propos de Gromwaegle (chemins de Grone) prend une nouvelle consistance. Il se trouve qu’il était à ce moment-là le commandeur de ce comptoir de commerce qui s’est développé en colonie.

Canne à sucre
Source: commons.wikimedia.org
Dans une lettre, que l’on peut apparemment attribuer à l’année 1657 (aucune date exacte n’est mentionnée), la requête d’une allocation de terre pour la colonisation sur la côte de Guyane (c’est-à-dire Essequibo ou Pomeroon) apparait. [239] Le fait intéressant est alors : Un certain Aert Adriaanszoon Groenewegel fut nommé par les administrateurs comme nouveau commandeur et a été envoyé à la colonie avec Cornelius Goliath le 2 Février 1658. Ce dernier remplissant le rôle d’agent des douanes et d’ingénieur de la colonie. Après son arrivée Cornelius Goliath créa un nouveau village sur les rives du Pomeroon nommé "Niuew Middelburg" et sur la côte, un fort appelé Nova Zeelandia. Il s’agit donc probablement de l’homme que le Major John Scott désignait comme "Captain Gromweagle". Netscher mentionne également que pendant les années 1658 et 1659 quatre ou six bateaux avec de nouveaux colons atteignirent la colonie. Certains d’entre eux étaient des réfugiés de l’ancienne colonie brésilienne. [240]

On n’a pas planté de canne à sucre sur la colonie dès 1658, car Netscher parle d’un sucre de Nova Zeelandia mentionné en l’an 1661. D’après ses affirmations on s’est intéressé à cette plante à cette époque. On y extrayait alors du sucre mais toujours à la main. Ce devait être un travail vraiment difficile. [241] Ce n’est qu’en 1664 que l’on retrouve la requête d’un homme nommé Jan Doensen qui souhaite construire un moulin à sucre à Brouwersboeck sur la rive Nord du confluent des deux fleuves Cuyuni et Mazaruni. Ce moulin était opéré non plus à la main mais par un cheval. [242] [243]

La bataille des quatre jours, 11-14 Juin 1666
Seconde guerre Anglo-Néerlandaise (1665 – 1667)
Source: en.wikipedia.org

Toutefois, il y eut plusieurs guerres qui balayèrent l’Europe durant les siècles précédents. En 1665, la seconde guerre Anglo-Néerlandaise commença, et dura jusqu’en 1667. [244] Et comme souvent les colonies étaient directement affectées. Les Anglais conquirent la colonie Essequibo en 1665. Plus tard la colonie alors Anglaise fut ravie par les Français. Les années suivantes les Anglais furent mis dehors par une expédition Néerlandaise venant de Berbice. La colonie avait probablement été pillée, surtout par les Français, car elle avait été temporairement entre les mains des Anglais. Les Pays-Bas et la France étaient alliés dans cette guerre. Malheureusement, les Français ne purent pas conquérir le fort donc la colonie resta aux mains des Anglais jusqu’à l’arrivée du commandeur Mathijs Bergenaar de Berbice en 1666. [245] [246] D’après Netscher, ce raid par les Britanniques et les Français affaiblit les régions de Pomeroon et Moruca pendant longtemps car ils durent se remettre du pillage. Essequibo, toutefois, fut relativement peu touchée en comparaison. [246]

Après l’invasion Anglaise et l’occupation de la colonie de 1665 à 1666 les trois villes de Middelburg, Vlissingen et Veere décidèrent de transférer la responsabilité de la colonie à l’Etat de Zeeland en 1669. L’Etat, toutefois, n’éprouvait aucun intérêt pour ce morceau de terre et rendit la colonie à la DWIC le 11 Avril 1670. La compagnie elle-même rendit la colonie à la chambre de commerce du Zeeland qui avait désormais le monopole sur le commerce à Essequibo. Cela entrainera plus tard des difficultés pour la deuxième DWIC. [247] Mais il semble qu’elle n’était pas la seule à se rendre à la colonie. On mentionne « des hommes libres qui ont la permission de se rendre à Essequibo pour y établir des plantations » dans une lettre datée du 14 Juillet 1670. [248] [249] [250]  

En raison de difficultés financières, la charte de la première DWIC ne fut pas renouvelée. Toutefois, à cause de la grande demande en esclaves et aussi à cause du fait qu’il y ait des colonies installées, une seconde DWIC fut fondée en 1675. Les membres du conseil furent réduits de dix-neuf à dix. Le capital fut également réduit à six millions de Florins. [251] Après l’établissement d’une deuxième DWIC le nouveau conseil des dix décida de transférer de nouveau les activités administratives et le contrôle du commerce d’Essequibo à la chambre de commerce du Zeeland. [252] C’est ce monopole commercial que le commandeur de la colonie d’Essequibo, Abraham Beekman, essaya de casser afin de permettre le libre échange pour chacun avec la colonie autour de 1678-1679. Néanmoins, cela ne plut pas vraiment à la chambre de commerce du Zeeland qui l’interdit expressément en 1681. Il était permis aux membres de la chambre de commerce du Zeeland de ne traiter qu’avec la colonie. [253]  

En 1686, il y aura une nouvelle tentative pour gagner du terrain dans l’Ouest de la colonie d’Essequibo sur le fleuve Pomeroon. Un certain De Jonge (Jacob Pieterzoon de Jonge) fut nommé par la chambre de commerce du Zeeland comme commandeur de Pomeroon et envoyé des Pays-Bas à la colonie en 1686. [254] Dans une lettre du commandeur Abraham Beckman du 4 Novembre 1687, est mentionné le nombre de planteurs libres qui à la date de la lettre était de 18. Ils se trouvaient autour du fleuve Mazaruni. [255] Toutefois, la colonie était encore menacée alors que la guerre se préparait en Europe. En 1688 la guerre des neuf ans entre la France et les Pays-Bas commença et dura jusqu’en 1697. [256] Une fois de plus les colonies furent directement touchées par cette guerre. La colonie Pomeroon fut limogée seulement trois ans après son établissement par un corsaire Français le 30 Avril 1689. Ainsi prit fin l’indépendance de la colonie Pomeroon qui fut confiée à l’administration de la colonie Essequibo et de son commandeur. [257] Le 15 Novembre 1689, la chambre de commerce du Zeeland décida de réduire toute la propriété de la compagnie de Pomerron et d’y laisser seulement trois hommes, la réduisant à un poste d’observation. Tous les colons y étaient alors sans défense et il semble qu’ils aient tous progressivement abandonné le fleuve Pomeroon. [258]

Bataille de Denain (1712)
Guerre de succession Espagnole (1701-1714)
Source: commons.wikimedia.org
Sur une liste d’équipage du 6 Septembre 1691 sont mentionnées trois plantations de la compagnie à Essequibo (Peolwyck, de Hope, de Fortuyne). [259] La compagnie était composée de 3-4 plantations de canne à sucre à la fin du 17è siècle. Il y avait entre 12 et 15 plantations privées qui cultivaient la canne à sucre. Toutes ces plantations se trouvaient sur les rives des fleuves Mazaruni, Cuyuni et Essequibo. [260] En voila de la culture de canne à sucre. Dans une lettre datant du Samedi 24 Octobre 1701, le Rhum (ciltum) et la mélasse (syrup) sont mentionnés en tant que monnaie d’échange sur la colonie. Le commandeur y déplore aussi la difficulté d’avoir accès à de bons chevaux car la guerre en avait rendu le commerce presque impossible. On avait besoin de ces chevaux pour les moulins (comme le premier bâti en 1664). [261] De quelle guerre parlait-on ici ? En 1701, la guerre de succession espagnole commençait et la Hollande se battait contre l’Espagne, et encore une fois, les colonies en pâtirent par un manque de ravitaillement. Cette guerre dura jusqu’en 1714. Les Pays-Bas ne se battaient par que contre l’Espagne mais aussi contre la France. [262]

La mention d’un distillateur de rhum, datée du 27 Juillet 1703
Sur la plantation Nieuw Middelburgh de la compagnie
Source: openlibrary.org
J’ai également trouvé quelque chose de très intéressant. Sur une liste d’équipage de la DWIC un certain Adriaan de la Ruel de Courtrai est mentionné. Il était basé à la plantation de la compagnie appelée Nieuw Middelburg Pittsburgh et sa profession était distillateur de rhum (« Ciltum stooker » = « bouilleur de rhum »). [263] On peut donc présumer de la production de rhum sur cette colonie au moins depuis 1703. Une carte de 1706 dessinée par Abraham Maas montre 32-34 plantations sur la colonie d’Essequibo. [264] Mais la guerre faisait toujours rage en Europe. Le 18 Octobre 1708, trois corsaires Français avec environ 300 hommes envahirent la colonie d’Essequibo. Ils tentèrent de s’en emparer ou au moins d’y faire une razzia. Après le pillage de plusieurs villages autour des installations et des plantations des colons, le commandeur du fort Kijkoveral céda à la demande de tribut des flibustiers afin d’éviter plus de dégâts pour la colonie. Le 25 Octobre 1708, la colonie se rendit au capitaine Français commandant des corsaires, Antoine Ferry. Après paiement de 50,000 Florins sous forme d’esclaves, biens et monnaie, les flibustiers quittèrent la colonie. Un tiers de la rançon servit à payer les propriétaires des 15 ou 16 domaines privés. [265]

Carte de la colonie d’Essequibo, datée de 1706
Dessinée par Abraham Maas

Ceux qui croyaient que la colonie n’aurait plus rien à craindre furent déçus. En Février de l’année suivante (1709) deux autres corsaires Français firent une razzia sur la colonie d’Essequibo et terminèrent la destruction entamée par leurs prédécesseurs. Ils pillèrent la plupart des installations encore intactes et les quatre plantations de la DWIC. Le commandeur Van Der Heijden rapporta dans une lettre du 09 Mars 1709 que seuls deux moulins étaient encore en état de marche. [266]

En 1718 le fort Kijkoveral et son siège de commandeur furent abandonnés et Cartabo (Catabo) fut choisi à la place comme nouveau quartier général. Il était situé à proximité directe de l’ancien fort. [267] En 1720 il y avait de nouveau cinq moulins à sucre prêts à l’emploi. [266] La colonie se remit doucement de ces attaques. Essequibo avait selon Netscher seulement 25-30 plantations particulières et 4-5 plantations appartenant à la DWIC en 1735. Pour comparer grossièrement, regardez les chiffres du Suriname de 1712 : Il y avait déjà à ce moment-là 200 plantations avec quelques 12,000 esclaves. [268] En 1740, la résidence officielle du commandeur de Cartabo à Fort Kijkoveral fut abandonnée et le quartier général déplacé vers un nouveau poste à Flag Iceland. [269] En 1740, les plantations de la DWIC furent déplacées dans les iles Flag Island et Hog Island à cause de l’épuisement des sols. Beaucoup de planteurs suivirent et commencèrent à déplacer leurs plantations vers les régions inférieures du fleuve Essequibo dont les sols étaient considérés plus fertiles. [270]

Carte détaillée d’Essequibo 1783
Source: gahetna.nl
En 1740 commença la guerre de succession Autrichienne (1740-48) et cela affecta de nouveau les colonies aux Antilles. [271] Un an plus tard, en 1741, les planteurs revinrent sur les rives de l’Essequibo et les régions côtières de la colonie pour y établir des plantations. [272] La première concession de terre aux Anglais fut probablement faite par Herman Gerlserkle en 1741 (à Thomas Wilson et James Doig) sur l’ile de Wacquename. [270] [273] Peu après sa prise de poste de commandeur de la colonie d’Essequibo, en 1742 Storm Van's Gravensande convainquit le conseil des dix d’exempter tous les immigrants Anglais de taxes pour les dix premières années. Il était même permis pour eux dans certains cas de commercer avec les bateaux Anglais. Jusqu’ici le monopole était restreint aux bateaux appartenant aux membres de la DWIC. Les Anglais venaient au départ des colonies Anglaises de la Barbade et Antigua, où ils subissaient des taxes considérables et où les sols n’étaient pas aussi productifs que ceux des colonies Néerlandaises.

En conséquence de ces concessions accordées il y avait déjà 7 domaines Anglais sur les iles de Wakenaam, Leguan et l’est du Demerara. Toutefois, Pieter Marinus Netscher pense que c’était ici le début de la fin de la suprématie Néerlandaise dans cette région. La raison est pour moi évidente. Bien que le commerce entre planteurs et marchands Anglais fût limité, l’échange d’informations avec leur patrie d’origine s’était malgré tout mis en place. L’exode des planteurs des colonies Britanniques n’avait pas pu échapper aux douanes Anglaises. Ils ont dû s’y intéresser avec une curiosité bien cupide. Cet intérêt pour les trois colonies Néerlandaises deviendra évident par la suite. Mais Storm Van's Gravensande n’avait pas prévu cette évolution. Il fit ce qui à ce moment-là était le plus important pour la colonie : faire venir de riches immigrants prêts à investir dans les colonies d’Essequibo et du Demerara. On en avait cruellement besoin. [273] [274] 

Mais il semble que tout cela n’était du goût de la chambre de commerce du Zeeland. Dans une lettre datée du 24 Aout 1744, figurait une proposition de taxer l’export de rhum et de mélasse. De plus, on dit au commandeur de se concentrer d’avantage sur la production de sucre et de faire en sorte de limiter la production de rhum ou de mélasse afin d’éviter que l’on préfère cette dernière à la première. Apparemment les nouveaux Anglais avaient une perspective économique différente de celle de leurs collègues Néerlandais. [275] Le problème de rationnement dû à la guerre s’intensifia dans les années 1745-46. [276]

Une autre colonie émerge: Le Demerara

Carte par Storm Van's Gravesande (Aout 1748)
En 1746, Storm Van's Gravensande proposa la région du fleuve Demerara comme nouvelle colonie subalterne à la colonie d’Essequibo. La zone convenait bien à la canne à sucre et au coton. Alors que les plantations d’indigo et de café déclinaient, ces deux plantes prenaient de plus en plus d’importance. Le premier permis de plantation de canne à sucre revint à un certain Andries Pieterse d’Essequibo. Après 6 mois, il y avait déjà 18 grandes plantations de canne à sucre et un nombre incertain de plus petites plantations. C’est aussi largement grâce aux immigrants Anglais que le sucre et le coton devinrent aussi importants dans les colonies Néerlandaises de la région. [277] [278]

Une carte par Storm Van's Gravensande dessinée en Aout 1748 montrait 110 plantations sur l’Essequibo et une liste d’au moins 37 noms / plantations avec les chiffres précis de superficies de terres le long du fleuve Demerara. [279] En 1750 Storm Van's Gravensande se plaignait du manque de chevaux. Beaucoup de canne à sucre n’était pas récoltée et pourrissait sur pied à cause du manque de chevaux aux moulins. Il mentionne également dix-neuf moulins à Essequibo et trois dans le Demerara. [280]

D’après Netscher le commerce dans la colonie était limité uniquement aux membres de la chambre de commerce du Zeeland. De par ce fait Essequibo ne progressait pas beaucoup. Cette limitation était la raison principale pour laquelle seuls quelques bateaux parvenaient aux colonies et ramenaient les marchandises jusqu’à la république Néerlandaise. Ce goulot d’étranglement faisait l’objet de bien des lettres, pleines de plaintes des planteurs, adressées au conseil des dix de la DWIC. Le conseil constata l’écart de développement, en particulier en comparaison avec la colonie de Berbice où le libre-échange avec tous les marchands Néerlandais était autorisé depuis 1732. Le conseil décida de changer cela lors d’une réunion le 11 Aout 1750. Les planteurs seraient alors autorisés à vendre leurs marchandises aux autres colonies Néerlandaises et les courtiers privés seraient également autorisés à commercer avec la colonie par le biais de la DWIC. Bien sûr, la protestation de la chambre de commerce du Zeeland était inévitable, elle vit ses intérêts sur Essequibo en danger et défendit ses droits. Le conflit subsista un moment. [281]

Carte de 1759 avec des notes
Source: dpc.uba.uva.nl
En 1750, Storm Van's Gravensande rapporte aux administrateurs l’édification de cinq moulins supplémentaires ainsi qu’un problème avec les courtiers Anglais qui passaient des marchandises en contrebande ou faisaient de fausses déclarations de cargaison pour payer moins de taxes. [282] C’est difficile à croire mais la dispute politique interne entre le conseil et la chambre de commerce du Zeeland dura jusqu’en 1770. Finalement le Stadthalter (gouverneur) de la république Néerlandaise décida par un verdict arbitraire que la chambre de commerce du Zeeland n’avait pas le monopole de la colonie d’Essequibo. Mais on accorda à la chambre de commerce quelques privilèges commerciaux. Il n’était permis aux marchands des autres chambres de commercer avec la colonie que lorsque le 16è bateau de marchandises de la chambre de commerce du Zeeland avait atteint la colonie d’Essequibo. Ceci valait pour une année. C’est seulement après cela que le commerce avec les autres chambres de la DWIC était autorisé. [283]


D’après Netscher il y avait à peu près 60 plantations le long de l’Essequibo et de ses iles et seulement 12-14 plantations de coton le long des côtes en 1770. Le nombre exact de plantations de café et de canne à sucre n’est pas mentionné. Dans le Demerara il y avait à cette époque 130 plantations cultivant en général de la canne à sucre et du café. Seul un tiers de ces plantations appartenait à des propriétaires Anglais. [284]

Mais le conflit ne fut pas réglé par l’arbitrage de 1770. Il continua à couver et était sur le point de redevenir un conflit ouvert quand le conseil des dix intervint directement dans l’administration de la colonie en 1772. Ceci scandalisa la chambre de commerce du Zeeland dont la vision des choses était qu’elle seule avait le droit de décider des questions d’Essequibo car elle seule était compétente pour cela. Le conseil en eut assez et décida de mettre fin à cette dispute. Début 1773, la chambre de commerce du Zeeland fut officiellement informée d’une résolution du conseil des dix selon laquelle le conseil était suffisamment compétent, étant lui-même en charge de l’administration centrale et générale de la DWIC. Il fut plus tard débattu que la chambre de commerce du Zeeland n’aie pas plus de droits dans l’administration des colonies que n’importe quelle autre chambre de la DWIC. [285] 

Le conseil décida également de séparer la colonie prospère du Demerara du corps stagnant de la colonie mère Essequibo en 1773. Plus tard cette année-là la colonie du Demerara était plus grande que sa colonie mère Essequibo. Netschier écrit: « L’enfant a dépassé sa mère. » ("het child what de moeder ontwassen!") [286] En 1775 la révolution Américaine commença (1775-1783). [287] Cela mena inévitablement à des querelles entre les nations Européennes, qui soit étaient du côté de l’Angleterre, soit sympathisaient ostensiblement avec les rebelles. La république des Pays-Bas fut attirée dans ce conflit. La quatrième guerre Anglo-Néerlandaise (1780-1784) amena une fois de plus la guerre dans les colonies Néerlandaises des Antilles. [288]

En Février 1781, Sir George Brydges Rodney apparut au large des côtes des colonies Néerlandaises. Le 24 Février le commandeur Schulyenberg se rendit, ainsi que la colonie du Demerara. Il fut suivi le 8 Mars par le commandeur Trotz à Essequibo. La dernière colonie, Berbice, capitula aux troupes Britanniques seulement quelques jours plus tard via le gouverneur Koppiers. [289] [290] [291] [292] [293] [294] [305] Mais la tempête n’était pas terminée. La France s’est battue aux côtés des Pays-Bas dans le camp des rebelles. Alors ce n’était qu’une question de temps avant que les Français n’apparaissent en Guyane. Le capitaine Français Armand De Kersaint apparut le 30 Janvier 1782 à la colonie du Demerara. Jusqu’au 15 Février, De Kersaint conquit sans grande résistance les trois colonies Berbice, Essequibo et Demerara. [295] [296] [297]


Washington traversant le Delaware
Par Emanuel Leutze (1851)
[La guerre d’indépendance Américaine (1775-83)]
Après la conquête en 1782, les Français établirent une ville sur la rive est du fleuve Demerara, la ville de Longchamps ou « La nouvelle ville » comme elle était également appelée sur une carte de 1783. Dans le traité de Paris de 1783 qui clora également la guerre révolutionnaire Américaine, les Néerlandais reprirent le contrôle des colonies Berbice, Essequibo et Demerara. En Mars 1784, les Français quittèrent finalement les colonies et les Néerlandais reprirent le contrôle. Après le retrait des troupes Françaises en 1784 les Néerlandais renommèrent la ville Stabroek. [298] [299] [300] Finalement, Stabroek devint la capitale de la colonie unie du Demerara et d’Essequibo en 1789. Il y avait désormais un gouverneur à la tête de la colonie. Ainsi la séparation de 1773 fut une nouvelle fois défaite mais Essequibo n’était plus le centre de la colonie au profit du Demerara. [301]

La bataille de Dogger-Bank
Quatrième guerre Anglo-Néerlandaise (1780-1784) 
Source: commons.wikimedia.org
Fin 1791 la seconde charte de la Compagnie des Antilles Néerlandaises (DWIC) arrivait à sa fin. Au vu des pertes importantes, des conséquences de la guerre et de la réoccupation de la colonie en Guyane de 1781 à 1784, il fut décidé de ne pas renouveler la charte de la DWIC. Malgré un support financier important de la République des sept provinces unies de Hollande en 1784, la DWIC n’était plus solvable et mit ainsi fin à son existence le 31 Décembre 1791. Les colonies devinrent possessions de la République le 1er Janvier 1792. Ainsi les colonies furent libérées des entraves et limitations de la DWIC. [302] Toutefois aucun gain significatif ne fut engrangé car le temps des Néerlandais dans cette région était sur le point d’être révolu.

Admiral George Brydes Rodney
(1718 - 1792)
Source: en.wikipedia.org
En 1793 la France déclara la guerre à l’ancienne République des Pays-Bas. C’est à ce moment que les troupes Françaises conquirent la République des Pays-Bas jusqu’en 1795. Le 19 Janvier 1795, l’Etat succédant, la République Battave, fut proclamée. [303] Cette nation était alors alliée avec la France. L’Angleterre quant à elle était en guerre contre la France et ses alliés (guerre Anglo-Française 1793-1802). La jeune République Battave fut automatiquement déclarée ennemie de l’Angleterre. [307] Ceci eut un effet immédiat sur les colonies Néerlandaises. Le 20 Avril 1796 une flotte Anglaise atteignit la côte du Demerara. Deux jours plus tard, le 22 Avril, La colonie du Demerara et Essequibo se rendit et fut prise par les Anglais. [305] [306] Le 2 Mai la colonie de Berbice se rendit elle aussi aux troupes Britanniques. De 1796 à 1802, les colonies restèrent en possession de l’Angleterre. [303] 

A l’accord de paix d’Amiens en 1802 entre l’Angleterre et la France Napoléonienne, l’Espagne et la République Battave, les Anglais rendirent les colonies d’Essequibo, Demerara et Berbice aux Néerlandais. [308] [309] La paix fut éphémère comme les accords n’avaient pas été complètement respectés par la France, ceux-ci étant déjà plus que défavorables à l’Angleterre. L’Angleterre déclara donc la guerre à la France le 18 Mai 1803. [310] Le contre-amiral Britannique Samuel Hood et le lieutenant-général William Greenfield firent leur apparition au large des côtes de Guyane et la colonie de Demerara et Essequibo se rendit le 19 Septembre. Le 26 Septembre la colonie de Berbice suivit. Cette fois ci les colonies restèrent en possession de l’Angleterre. [312] [313] [314] Ainsi se termina l’histoire Néerlandaise dans cette région. [314] [315] [316]

La colonie privée de Berbice

L’histoire de la colonie de Berbice commence en 1627. Cette année-là le gouvernement Néerlandais donna une concession à la maison Van Pere pour y développer une colonie sur le fleuve Berbice. Cet accord fut signé par Abraham Van Pere le 12 Juillet. C’était un marchand de la ville de Vlissingen et aussi un administrateur de la chambre de commerce de Zeeland. Il fut autorisé à prendre 60 colons avec lui. [317] [318] [319] Après quelques retards Abraham Van Père quitta l’Europe le 24 Septembre en direction de Berbice. [319] D’après Netscher il s’agissait d’une compagnie privée. Il n’y avait donc pas vraiment autant de correspondance que dans les deux autres colonies d’où le peu d’informations trouvées sur ses débuts. Les termes du contrat changèrent et furent adaptées au cours du temps. Le premier changement eut déjà lieu le 8 Mars 1628 puis encore en 1632. Le 18 Juin, Abraham Van Pere Junior et Peter Van Rhee furent inclus au contrat. Ce dernier changement fut encore amendé le 20 Mai 1660 et dura jusqu’en 1678. [320] Nous y reviendrons plus tard. Après expiration de la première charte et au début de la deuxième DWIC, quelques difficultés apparurent. [251] 

La seconde DWIC réclama également la colonie de Berbice lors de sa fondation près de la colonie d’Essequibo. La maison Van Pere insista toutefois sur les susmentionnés traités existants qui avaient déja changé vers 1660. Mais le conseil de la seconde DWIC rappella que tous les contrats signés avec la première DWIC avaient été annulés lorsque la compagnie avait été dissoute. La dispute ne fut réglée qu’en 1678. Une nouvelle résolution fut votée le 14 Septembre qui confirma la possession de la colonie par la maison Van Pere. [321] Il s’agissait une nouvelle fois d’une colonie privée et non d’une subordonnée au conseil des X. [321]

Carte de Berbice env. 1720 [188]
Source: en.wikipedia.org
Avec le début de la guerre de neuf ans (1688-97) entre la France et la République des Pays-Bas Unis commencèrent les choses sérieuses pour la colonie. [256] Après une attaque infructueuse sur le Suriname, quelques corsaires Français de l’escadron de l’amiral Du Casse firent une razzia sur la colonie de Berbice en 1689. Après qu’ils aient pillé et brulé quelques plantations, le commandeur de la colonie fut forcé à payer un tribut de 20,000 florins pour éviter plus de dégâts sur la colonie. Toutefois le paiement a pu être réduit à 6,000 florins et quelques barriques de sucre. Cela fut rendu possible par un échange de prisonniers, le commandeur de la colonie du Suriname Van Scharphuysen ayant parvenu à capturer quelques corsaires dans l’attaque ratée. [322]

Jacques Cassard (1679 - 1740)
Source: fr.wikipedia.org
La colonie put de nouveau souffler un peu. Cela prit fin néanmoins lors de guerre de succession Espagnole (1701-1714). [262] Cette fois il ne s’agit pas d’un pillage banal. Une flotte Française de l’amiral Cassard fut envoyée attaquer les colonies de Hollande en 1712. L’amiral Cassard parvint à conquérir la colonie du Suriname et à extorquer l’énorme somme de 622,800 florins. Une petite faction de trois bateaux et 600 hommes sous les ordres du baron De Mouans fut envoyée vers la colonie voisine de Berbice. Le 8 Novembre 1712, ils atteignirent le fleuve Berbice. Après de brèves et infructueuses négociations les Français bombardèrent le fort Nassau du soir du 11 Novembre jusqu’au 14 Novembre. Les 15 et 16 Novembre une reddition de la colonie fut finalement renégociée. On parvint à un accord sur un paiement de 300,000 florins dont 118,024 devaient être payés sous forme d’esclaves et de marchandises et 181,976 sous la forme d’un billet à ordre, signé par le commandeur de Watermannde. Le 8 Décembre, les Français quittèrent la colonie mise à sac. [323] [324] [325] [326] [327] 

Le Maitre Van Pere, Johan et Cornelius Van Pere refusèrent cependant de payer le billet à ordre des Français. Le document arriva dans les mains d’une compagnie Française à Marseille le 13 Septembre 1713. Cette compagnie n’était pas intéressée par la colonie et essaya de la vendre à des marchands Néerlandais. Les marchands Nicolas et Hendrik Van Hoorn, Arnold Dix et Pieter Schuurmann étaient prêts à acquérir la colonie pour la somme de 108,000 florins. Toutefois la DWIC avait le monopole de la traite des esclaves africains. Après que les marchands eurent conclut un accord avec la DWIC sur la fourniture d’esclaves, les Français ayant emmené les meilleurs esclaves en compensation, la colonie fut officiellement remise à ses nouveaux propriétaires le 28 novembre 1714.

Cependant la DWIC ne tint pas ses engagements, en partie parce qu’elle avait trop de colonies à fournir, donc l’échange d’esclaves n’a pas été effectif. Cela finit par conduire la colonie au bord de la ruine. Les nouveaux propriétaires décidèrent d’injecter de nouveau du capital en 1720 et fondèrent alors une société. Elle était composée de 1600 parts de 2,000 florins chacune. Après quelques difficultés financières on confia la supervision de la société à sept administrateurs, avec un quartier général à Amsterdam, qui se rencontrèrent pour la première fois le 4 Octobre 1720. [328]

Carte de Berbice 1764
Source: www.gahetna.nl
Après plusieurs expéditions infructueuses à la recherche d’or et d’argent plus loin dans les terres, les administrateurs concentrèrent leur attention sur le développement de la colonie elle-même, et en peu de temps huit nouvelles plantations furent établies en 1723. Toutefois la DWIC n’était pas fiable quant à la fourniture d’esclaves d’Afrique alors il n’y avait que très peu d’esclaves sur ces plantations. [329]

En 1732 la société acquit une grande part d’indépendance par rapport à la DWIC. Au lieu d’une certaine somme par bateau ils devaient seulement payer une taxe annuelle à la DWIC. Au bout du compte cette dernière avait toujours le monopole de la traite des esclaves dans les colonies Néerlandaises dont la colonie de Berbice était dépendante. De plus ils ouvrirent la colonie à tous les Néerlandais. Par conséquent Berbice ne subit pas l’effet de goulot d’Essequibo pendant longtemps car la chambre de commerce du Zeeland était trop centrée sur ses propres interêts, ce qui était la raison pour laquelle Essequibo n’était pas une colonie prospère. Seul l’aspect maritime était encore restreint. Les bateaux étaient seulement autorisés à voyager entre la République Néerlandaise et la colonie de Berbice. Ils n’étaient pas autorisés à voyager vers d’autres colonies de la WIC ni vers d’autres nations. [330] 

En 1733, la société avait 12 plantations propres : De Dageraad, De Goede Hoop, De Berg (später Johanna), West-Souburg, Vlissingen, Cornelia, Jacoba, De Peereboom, De Markjeij, Hardenbroek, East-Sourburg et Savonette. Neuf d’entre elles étaient des plantations de canne à sucre. Sur les autres domaines on cultivait le café, le cacao et le coton. [331] Le 18 Mai 1735 les administrateurs de la société décidèrent de verser un dividende de 4% aux actionnaires. D’après Netscher ce fut une erreur majeure. Les années suivantes la société fut incapable de réparer correctement le fort Naussau car elle n’avait pas le budget. On a constamment repoussé jusqu’à ce que le fort soit abandonné dès le début de la révolte des esclaves en 1763 car indéfendable et en piteux état. [333] D’après Netscher figurent sur une carte du pionnier January Daniel Knapp, 93 plantations privées sur le fleuve Berbice et la rivière Wironje et jusqu’à 20 sur la rivière Canje aux alentours de 1740. Il n’y avait pas de plantation sur la région côtière du fleuve. [334] 


Carte de Berbice env. 1780 (1771) [187]
Source: en.wikipedia.org
Le 5 Juillet 1762 se déroula une petite mutinerie sur les plantations Goedland et Goed Fortuin. 36 esclaves pillèrent les plantations et prirent la fuite vers les bois voisins. Il fallut quelques semaines aux colons pour mater la rébellion et c’était juste un petit avant-goût des événements qui allaient arriver à la colonie. [335] Le 23 Février 1763 débuta le soulèvement des esclaves sur la plantation Magdalenenburg. Ce soulèvement se changeât en un véritable sinistre. Le 25 Février les rebelles attaquèrent la plantation Providence. Un jour plus tôt, le gouverneur Van Hooge apprenait que les indiens hostiles Accoway avaient attaqué une position près de la plantation Van Hoogenheim. Cet événement galvanisa les esclaves et les encouragea à profiter de la vulnérabilité des Néerlandais pour se soulever. La nouvelle du soulèvement se propagea comme un feu de paille à la rivière Canje. Là-bas les esclaves se rebellèrent quasiment au même moment contre leurs maitres. Le 28 Février le gouverneur apprit cette tragédie. Il apprit aussi que les esclaves des plantations privées Lilienburg, Juliana, Hollandia, Zeelandia, Elisabeth et Alexandra avaient assassiné leurs maitres et mit le feu aux bâtiments sauf sur les plantations Hollandia et Zeelandia. 

Les cerveaux de ce soulèvement étaient les esclaves Coffy, Accara et deux autres meneurs dont on ne connait pas le nom. Ces esclaves provenaient de la plantation Lilienburg. Le 4 Mars survinrent des scènes dramatiques. Plusieurs colons furent massacrés de façon bestiale, y compris le chirurgien principal de la colonie Dr Jan Jacob Baas, qui fut accusé par les esclaves d’avoir empoisonné certains des leurs avec de mauvais médicaments. Le 6 Mars le gouverneur envoya chercher de l’aide auprès du gouverneur de la colonie du Suriname Mr Crommelin. Alors que les survivants étaient retranchés dans le poste militaire St Andries, des différends entre les rebelles menèrent à des conflits internes entre les esclaves. C’est alors que Coffy se donna la mort.

Finalement on parvint à battre les rebelles grâce aux renforts du Suriname et de St Eustatius. Le 26 Mars de l’année 1764, le dernier meneur de la rébellion fut amené enchainé devant Van Hoogenheim. Mais Accara, l’un des meneurs du soulèvement, était encore en liberté et ne fut capturé qu’en Avril et présenté enchainé au gouverneur le 15 Avril. Le 27 Avril, 34 esclaves furent condamnés à mort. Le reste des prisonniers retourna aux champs. La sentence fut appliquée le lendemain. 17 d’entre eux furent pendus, 8 furent passés à la roue et les 9 derniers furent brulés, y compris 7 d’une façon particulièrement brutale, à feu doux. Les Néerlandais se révélèrent alors aussi cruels que les esclaves qui s’étaient élevés contre leur condition inhumaine et d’après Netscher, les esclaves étaient vraiment maltraités par leurs maitres. Les maitres d’esclaves Néerlandais étaient très cruels. [336] [337] 


Carte de Berbice 1802
Source: www.wdl.org
Pour éviter d’autres effusions de sang, le gouverneur punit tous les propriétaires de plantations qui commettaient à nouveau des abus sur leurs esclaves. Cependant, tous les membres du tribunal étaient eux-mêmes des propriétaires et cela les concernait également. C’est pour cela que les pénalités restèrent plutôt modérées. Le 26 Mai 1765, son successeur Johannes Heijliger arriva à Berbice et Van Hoogenheim quitta la colonie. En 1766 un tremblement de terre important toucha les colonies Néerlandaises de la côte. [339] La colonie ne fit pas de grand progrès et se maintint simplement entre 1764 et 1778. Les propriétaires des plantations refusaient de payer les taxes qui revenaient à la colonie pour réparer les dommages causés par le soulèvement des esclaves. Les différents gouverneurs de chaque période étaient soit indécis (comme Heijliger), soit paresseux, soit moururent relativement vite. Le manque d’argent était également visible dans le domaine de la défense, qui ne s’était pas remis du soulèvement des esclaves de 1763. La colonie stagnait. Cela arriva au point qu’entre les années 1768 et 1772 les plantations de Berbice étaient invendables (dans le sens où personne ne voulait les acheter). [340] 

Armand de Kersaint (1742 - 1793)
Conquérant du Demerara,
Essequibo et Berbice en 1782
Source: en.wikipedia.org
C’est seulement à la nomination de Pieter Hendrik Koppiers qu’on se dit qu’on avait gagné un homme prometteur pour la colonie. Il prêta serment le 19 Juin 1778 en Hollande et arriva à la colonie en Octobre. Son premier travail fut de mettre fin au status quo de la défense de la colonie, ce qu’il rapporta alors aux administrateurs en Hollande qui nommèrent immédiatement sur sa recommandation le compétent Jan Carel Willem Herlin. Cet homme devait en quelques années amener la défense de la colonie à un niveau correct. Une fois clarifiés les problèmes de salaire et de mise en place, Jan Carel Willem Herlin entreprit de voyager vers Berbice à l’été 1779. Toutefois le voyage se révéla un peu fastidieux, il atteignit la colonie le 28 Mars 1780. Il commença alors son travail. Le fort St Andries et le poste Niewslot seraient fortifiés de telle manière à ce qu’il soit impossible pour une frégate ou un bateau corsaire d’atteindre la colonie. Cependant ces efforts, comme nous le verrons plus tard, arrivèrent bien trop tard. [341]

La quatrième guerre Anglo-Néerlandaise (1780-1784) éclata et menaça les colonies. [288] Comme écrit plus haut Sir George Brydges Rodney apparut au large des côtes de la Guyane Néerlandaise en Février 1781. Les deux autres colonies se rendirent rapidement aux troupes Anglaises et la colonie de Berbice suivit en Mars. [289] [290] [291] [292] [293] [294] La colonie ne fut libérée des Anglais que par les troupes Françaises. Le capitaine Français Armand de Kersaint apparut à la colonie du Demerara le 30 Janvier 1782. Jusqu’au 15 Février De Kersaint conquit à nouveau les trois colonies Néerlandaises Berbice, Essequibo et Demerara sans trop de résistance. [295] [296] [297] Après la guerre les colonies furent restituées à la Hollande en 1784. [299] [300] 

Sir Ralph Abercromby (1734 - 1801)
Source: en.wikipedia.org
Avec l’expiration de la seconde charte la situation changea radicalement fin 1971. Alors que les colonies de la DWIC entraient en possession de la République des Pays-Bas Unis en 1792, la société possédait toujours la colonie de Berbice. Mais les revendications de la société ont été déclarées nulles et non avenues (ainsi que l'entreprise commerciale privée au Suriname) le 9 Octobre 1795. Un comité composé de 21 membres prit le contrôle immédiat des colonies. Toutefois, [342] ce contrôle ne dura pas. La France conquit les Pays-Bas durant la révolution et la république Battave fut déclarée. [303] Cela entraina, comme précisé auparavant, la déclaration de guerre de l’Angleterre à la République Néerlandaise. Les anglais apparurent de nouveau à Berbice et le 3 Mai 1796, le gouverneur Néerlandais Van Batenburg se rendit, la colonie tombant aux mains de l’Angleterre. [343]

Lors des accords de paix d’Amiens, Berbice fut rendue aux Néerlandais. Mais la guerre éclata à nouveau le 18 Mai 1803. [308] [309] [310] Le général Anglais Greenfield conquit de nouveau les colonies (Contre-amiral Samuel Hood & Lieut.-General William Greenfield). Le 19 Septembre, la colonie de Demerara & Essequibo se rendit. La capitulation de Berbice eut lieu le 26 Septembre. [312] [313] [314] Cette fois, cependant, les colonies restèrent en possession de l’Angleterre. Au travers du traité Britanno-Néerlandais en 1814, Berbice, Demerara et Essequibo furent officiellement cédées à l’Angleterre. [314] [315] [316] Ainsi finit la domination Néerlandaise sur le fleuve Berbice.

La colonie de Guyane Britannique 
(sur la voie de la modernité)

Les frontières de la Guyane Britannique en 1898
Source: en.wikipedia.org
Avant même l’unification des trois colonies, la ville de Stabroek fut renommée en Georgetown en l’honneur du roi George V le 05 Mai 1812. [347] [348] En 1823 un important soulèvement d’esclaves menaça la colonie. Des rumeurs sur l’émancipation des esclaves leur laissa penser que leur libération était imminente. Cette rumeur se propagea comme un feu de paille et la déception qui a suivi souleva d’autant plus la colère des esclaves. Le 17 Aout 1823, ils se dressèrent contre leurs maitres Anglais. Le 19 Aout, la loi martiale était proclamée sur la colonie. Le 21 Aout eut lieu une escarmouche entre les troupes Anglaises et près de 2,000 esclaves. Le lendemain, le gouverneur offrit un pardon à tous les esclaves s’ils se rendaient immédiatement. Toutefois, ce pardon ne fut pas accordé aux instigateurs du soulèvement. Fin Aout, les meneurs furent condamnés et pendus. [344] La loi martiale ne fut pas levée avant le 19 Janvier 1824. [345] 

Les trois anciennes colonies Néerlandaises furent finalement unies en 1831. Le 20 Juillet 1831, le premier gouverneur de Guyane Britannique, Sir Benjamin d’Urban, prêta serment. [346] Alors que la traite Britannique des esclaves était déjà abolie en 1807, l’esclavage perdura jusqu’en 1838. C’est en 1833 que l’Acte d’émancipation fut voté au parlement Britannique, ce qui entraina l’abolition de l’esclavage le 1er Aout 1834. Toutefois les planteurs des Antilles avaient un certain pouvoir et donc après cette date le soi-disant apprentissage commença. En quoi cela consistait-il? En bref: Le propriétaire était désormais appelé le maitre et l’esclave était maintenant un apprenti, ce dernier devant toujours travailler gratuitement pour le premier. Cela ne changea pas grand-chose et beaucoup d’esclaves virent cet apprentissage comme ce que c’était en fait: une prolongation de leur calvaire en tant qu’esclave. Cet apprentissage devait durer environ six ans et concernait tous les esclaves de plus de 6 ans. Cela incluait donc le travail infantile. [349] [350] Ces décisions sont, d’un point de vue actuel, considérées comme très immorales et très douteuses. 

Les armoiries du Guyana [189]
Source:  http://commons.wikimedia.org
Le gouvernement Britannique s’aperçut de son erreur et réduisit la durée de l’apprentissage à quatre ans. L’esclavage fut finalement aboli dans les colonies Britanniques le 31 Aout 1838. [351] Cette année-là, les premiers ouvriers Indiens arrivèrent en Guyane Britannique. Ceci en raison du désir de travailleurs bon marché des planteurs. Il y avait une raison à cela: Le système n’était suffisamment rentable qu’avec un recours à la main d’œuvre bon marché. De plus, les anciens esclaves n’avaient pas oublié leur traitement et quittèrent alors les plantations. Ces travailleurs de remplacement bon marché venaient maintenant d’Asie et d’Europe. Cependant, les immigrés Chinois et Européens ne semblaient pas adaptés aux conditions difficiles des plantations. Des Portugais de Madère arrivèrent aussi en Guyane Britannique car au pays, une maladie de la vigne avait détruit leur moyen de subsistance. [351] [356] Le plus gros de la masse de travailleurs était sans conteste Indienne (Nommés « Coolies » par les Anglais). Cette immigration Indienne de travail dura jusqu’en 1917 et amena un total de 238,909 travailleurs Indiens en Guyane Britannique. [352] [353]

Le taux de mortalité des travailleurs Indiens, cependant, était si élevé que le gouvernement Indien suspendit par deux fois l’émigration des travailleurs. La première suspension eut lieu de 1839 à 1844 et la seconde de 1848 à 1851 (Pour Trinidad et la Guyane Britannique). La Jamaïque fut même suspendue jusqu’en 1860. Apparemment, les propriétaires de plantations ne traitaient pas mieux les travailleurs que leurs esclaves auparavant. [354] [355] Entre temps, il y eut aussi des immigrés de Chine. En 1853, deux bateaux rejoignirent la colonie avec des travailleurs chinois. Entre 1859 et 1866 des travailleurs Chinois arrivèrent régulièrement à la colonie de Guyane Britannique. Cependant, ce flot connut une halte en 1866 quand le gouvernement Chinois insista pour que les travailleurs soient ramenés à leur patrie aux frais de la colonie. Toutefois, le but de l’émigration n’était pas le retour des travailleurs donc peu de Chinois vinrent à la colonie, seulement en 1874 et 1878, avant que cette source ne s’assèche pour de bon. [357]

La crise du marché du sucre (1884-85) toucha la colonie particulièrement durement, car elle produisait principalement du sucre et ses sous-produits. A partir de ce moment le riz commença à remplacer le sucre de plus en plus. La situation des travailleurs, par contre, ne changea pas et resta très médiocre. La colonie étant presque exclusivement dépendante de l’industrie du sucre, elle était bien entendu particulièrement vulnérable aux incidents du secteur. Les émeutes et les grèves étaient plus la règle que l’exception en Guyane Britannique. La première eut lieu à la plantation Leonora en 1869 et s’étendit aux Plantations Malgré tout et La Jalousie. Ce « soulèvement» se fit relativement « sans douleur » car il n’y eut aucun tué. Les faibles salaires perçus par les travailleurs pour leur ouvrage en étaient l’origine. [412] [413]

Forbes Burnham & Jeddi Chagan 1953
Source: www.guyanagraphic.com
L’incident majeur suivant se déroula sur la plantation Devonshire Castle à Essequibo en Septembre 1872. La raison était de nouveau les faibles salaires. Pour tenter de disperser la population qui s’était réunie, la police chargea dans la foule. Il y eut une échauffourée entre les travailleurs et la police. Puis soudain un coup de feu d’un officier de police rétablit l’ordre. Par la suite, quelques autres officiers de police ont tiré sur la foule avec pour résultat 5 morts et 8 blessés. Cela coupa court au soulèvement. L’incident suivant se déroula sur la propriété d’Uitvlugt en Octobre 1873. Personne ne fut blessé mais c’était le résultat d’une présence policière massive qui avait reçu l’ordre de charger ses armes. Encore une fois, les bas salaires en étaient la raison. Le soulèvement de la plantation Non Pareil en 1896, dont la pierre angulaire était les bas salaires, culmina avec une fusillade qui fit 5 morts et 59 blessés. [412] [414]

L’incident suivant se déroula en 1903 à la plantation Friends (Berbice), tua 6 personnes et en blessa 7. En 1905 à la plantation Ruimveldt, 7 personnes moururent et 17 furent sérieusement blessées. [361] [362] [38] L’ordre ne put être rétabli qu’avec l’usage des forces armées Britanniques. En Septembre 1912, un autre travailleur fut abattu sur la plantation Leonora. La raison était encore l’insatisfaction des travailleurs pour leurs salaires. En 1913 un autre incident se déroula. Il concernait cette fois la plantation Rose Hall à Berbice. Cette fois 14 personnes moururent par arme à feu. On dit que cet incident poussa le gouvernement Indien à décider de stopper l’immigration de l’Inde vers les Antilles car les victimes étaient en majorité des immigrés Indiens. En 1917 le gouvernement Indien arrêta finalement l’émigration des travailleurs sous contrat. [412] [39] [58]

Troupes Britanniques en marche en Guyane Britannique 1954
Source: guyaneseonline.wordpress.com
L’incident majeur suivant se déroula en 1924. Ce qui avait commencé comme une grève pacifique à Georgetown se changea en un violent soulèvement. Les militaires et la police arrêtèrent sur son chemin la population se dirigeant des plantations du Sud du pays vers Georgetown et la plantation Ruimveldt. Après une lecture de la loi sur les émeutes, l’ordre de tirer fut donné afin de disperser la population car la foule refusait de se dissoudre. 13 personnes furent tuées et 18 blessées. [412] 59] La grande dépression des années 1930 toucha durement la Guyane Britannique et beaucoup de gens perdirent leur emploi à cause de la chute des prix des produits d’export de la colonie. La population ouvrière se rendit à ce moment compte du fait qu’elle n’avait aucune représentation politique. [363] S’en suivit un autre incident en 1939 à la plantation Leonora. 4 grévistes furent de nouveau tués par les balles de la police et quatre autres furent blessés. [412] [419] Il n’y eut pas d’autres troubles jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais les problèmes mijotaient. Cette fois cela concerna la plantation Enmore. En Avril 1948 cinq travailleurs de plus trouvèrent la mort pendant une grève. Neuf furent blessés. Le monument « Martyres d’Enmore » fut construit en leur honneur. [105] [360] [420] [412] On dit que c’est cet évènement qui mena à la création du PPP en 1950 avec leur leader Jeddi Chagan.

Le dernier incident violent majeur avant l’indépendance du pays eut lieu en Février 1957 sur la plantation Skeldon à Berbice. Là, une grève vit 17 travailleurs blessés par un « Greener gun » (un fusil) après que du gaz lacrymogène ait été utilisé. Mais il y eut aussi des crises politiques en Guyane Britannique, dans l’une desquelles l’Amérique fut même impliquée. [412] [421]

Le drapeau du Guyana
Source: en.wikipedia.org
En 1928, on dota la colonie d’une nouvelle constitution et elle devint une colonie de la Couronne. [358] [359] Un autre amendement constitutionnel de 1953 entraina un nouveau système politique composé de deux chambres, la basse chambre de l'Assemblée et le Conseil d'Etat supérieur. Avec l’élection suivante du 27 Avril 1953 une crise politique sévère fut amorcée dans le pays alors que le PPP (Parti Progressiste du Peuple) de Jeddi chagan gagnait 18 des 24 sièges à l’Assemblée et que Jeddi Chagan devenait premier ministre. Cette évolution fut accueillie avec inquiétude et suspicion en Angleterre, alors que le MI5 classait ce mouvement politique comme « communiste ». Winston Churchill fut forcé à agir et envoya des troupes Britanniques ainsi qu’un bateau de guerre, le HMS Superb, en Guyane Britannique. Le gouvernement fut déchu le 9 Octobre et le bureau colonial Britannique prit le contrôle de la colonie. Les Jagans ont été mis en résidence surveillée. Ce n’est que plus tard que la révolution Cubaine (1953-59) se déroula aux portes de l’Amérique, ce qui confirma et augmenta la défiance vis-à-vis du communisme en Angleterre et en Amérique. Toutefois, cet évènement ne put empêcher l’indépendance du Guyana. Cette crise a été considérablement oubliée en Europe. Resta toutefois en mémoire la menace nucléaire de la roquette Russe sur Cuba en Octobre 1962 et l’embargo contre la nation insulaire. [371]

Le 26 Mai 1966 l’ancienne colonie Britannique de Guyane devient indépendante et s’appelle Guyana depuis ce jour. Guyana est un creuset de population, composé pour la plupart d’influences Indiennes et Africaines. Ceci est dû aux vagues d’immigration de l’ancienne classe supérieure, les planteurs. Le PPP (Parti Progressiste du Peuple) et le PNC (Congrès National du Peuple) dominent le paysage politique et l’on y retrouve les deux principaux groupes de la population (Afro- et Indo-Guyanais). L’histoire de la Guyane Britannique se termine ici. 

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Chapitre 2 
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Les plantations en Guyane Britannique

Carte de Berbice env. 1780 (1771) [187]
Source: http://en.wikipedia.org/
A ce que l’on dit chaque plantation sucrière avait sa propre distillerie aux 18è et 19è siècles. Il est quasiment impossible de vérifier si cela est vrai ou pas. Il y avait au moins 189 plantations sucrières et seulement 19 plantations de coton et 71 plantations de café listées dans les régions du Demerara et de l’Essequibo dans un rapport sur la population d’esclaves et son développement dans la colonie de Guyane Britannique daté de 1832. Par contre quelques plantations travaillaient plus qu’une seule culture. Donc il y avait « seulement » 153 plantations qui ne récoltaient exclusivement que de la canne à sucre. [16] Quelques-unes de ces plantations sucrières s’appelaient Enmore (café et sucre), La Bonne Intention (sucre), Ogle (sucre), Great Diamond et Little Diamond (café et sucre), Versailles (sucre et café), Schoon Ord & Meerzog (café et sucre) et Grooten Klyn Uitvlugt (sucre et café). Les plantations de canne à sucre de Berbice ne sont pas reprises ici (Albion, Blairmont, Skeldon et Port Mourant).
Essequebo, Demerara et Berbice [191] 
Source : http://commons.wikimedia.org
Un livre publié par Robert Montgomery Martin en 1840 fait état d’un nombre de 154 en ce qui concerne les plantations sucrières dans les régions de Berbice et Essequibo en 1831. De ces 154 plantations, 31 seulement étaient situées dans la région de Berbice. [22] Aucune liste de noms n’y apparait. Si l’on garde à l’esprit que les esclaves travaillaient dans des conditions très difficiles sur ces plantations, alors la plupart des noms paraissent bien cyniques. Il y avait Vive La Force (sucre), Garden Of Eden (sucre), New Hope (sucre) et Good Intention (sucre). Je sais que l’on peut voir cela d’un autre point de vue, autrement dit celui des planteurs. Mais si l’on voit cela avec du recul alors la plupart de ces noms semblent plutôt condescendants voire méprisants si l’on garde le destin des esclaves à l’esprit. Seules les plantations de canne à sucre les plus réputées et encore existantes sont connues des connaisseurs. Les plus petites plantations furent cédées ou absorbées par ces survivantes plus imposantes au fil des siècles.

Le rhum de Guyane Britannique

Rhums ambrés venant du Guyana
Il y a une longue tradition du rhum en Guyane Britannique. On peut trouver des traces du rhum que j’appelle Demerara ambré à partir du milieu du 19è siècle. [46] Ses origines pourraient remonter au 17è siècle. Au 19è siècle la plupart des plantations sucrières utilisaient ce qu’il y avait de plus facilement accessible pour colorer les rhums. Ils utilisaient notamment du caramel qui était préparé à partir de sucre muscovado (sucre roux non raffiné). Certaines plantations préféraient même produire du rhum plutôt que du sucre. Bien sûr on vendait aussi du rhum blanc. Mais d’après les sources la tendance commença à s’inverser. Afin d’obtenir plus de sucre, on utilisait une pompe à vide combiné à une chauffe de la mélasse. Jusqu’à l’usage de cette technologie, la mélasse était convertie dans une large mesure en rhum ou alors exportée en Angleterre. [47] Cette méthode d’extraction du sucre fut brevetée en 1813 par Charles Howard et fit son chemin dans les Antilles. La première pompe à vide fut utilisée en 1832 par John Gladstone sur sa propriété Vreede-en-Hoop au Demerara. [431] [423] [433] Le sucre extrait par cette méthode était bien plus pur et propre que le muscovado, brun et encore en partie humide, obtenu via le processus ordinaire. Cependant, tout n’était pas positif dans cette évolution. Aussi, je citerai une source Allemande de 1890:

"Der Zucker wird in flache Holzkasten entleert, von allem Schmutz und Knötchen sorgsam befreit, gemischt und entweder in Säcke oder in mit Papier ausgelegte Tonnen verpackt. Auserlesene schöne Partien kommen in kleinen Säckchen zum Versandt. – Der I. Ablauf wird mit Wasser verdünnt und so viel Kalk zugesetzt, bis das Gemisch alkalisch reagirt; darauf wird im besonderen Vacuum das Gemisch leicht eingekocht und, wenn fertig, in Krystallisationskasten oder Schalen gelassen. Nach etwa 14 Tagen ist die Krystallisation beendet und wird die Masse geschleudert. Der enthaltene Zucker II ist hell und feinkörnig; von gutem Geschmack und enthält 86 bis 88 Proc. Rohrzucker, er gelangt wie das I. Produkt ohne weitere Reinigung in den Handel als Consumzucker. Ist der für Nachprodukte ein lohnender, so wird der II. Ablauf nochmals eingekocht, wenn notwendig mit erneutem Kalkzusatz. Nach 4-6 monatigem Stehen erhält man daraus einen ganz ähnlichen Zucker wie das II. Produkt ist. Der entstandene III. Ablauf wird zu Rum verarbeitet; bemerkt sei hier noch, dass der Rum von dieser Arbeitsweise nicht so gut ist als der von Muscovadoplantagen erhaltene. -- Anstatt den I. Ablauf mit Kalk einzukochen, wurden gute Erfolge mit Soda angewandt." [434]

Un rhum jeune du Guyana.
La mélasse obtenue par la pompe à vide était ainsi de moindre qualité que celle obtenue par le processus normal d’extraction en contenants ouverts. On retrouve la même information dans l’ancienne littérature Anglaise. Pourquoi cela? Parce que la mélasse obtenue par le vide contient moins de sucre que celle obtenue par le processus ordinaire. Ce sucre et ces autres arômes manquants ne sont plus en mesure d’influencer suffisamment le processus de fermentation. Alors la qualité du rhum changea dès le 19è siècle avec l’efficacité grandissante de la production de sucre. Mais la mélasse n’était toujours qu’un sous-produit de l’industrie du sucre. La mélasse était soit distillée en rhum soit vendue comme fourrage pour les animaux. A ma connaissance, La Jamaïque était la seule nation / île qui garda l’ancien processus ordinaire et qui donna d’avantage la priorité à la production de rhum sur la production du sucre jusqu’au 20è siècle. Avec l’utilisation de mélasse industrielle des grosses usines sucrières dans certaines distilleries, la qualité de cette matière première ne s’est pas forcément améliorée. On peut même raisonnablement penser le contraire.

Le rhum du Guyana était souvent classé derrière le rhum de Jamaïque, en termes de bénéfices et de prix du rhum au 19è siècle. Les raisons n’en étaient pas seulement la décroissance de la mélasse au 19è siècle comme mentionné plus haut. Il y avait aussi d’autres facteurs responsables de ce changement. En réalité, il y avait deux raisons supplémentaires. Elles furent mentionnées dans le rapport sur la préparation et sur les contributeurs de l’exposition universelle de Paris en 1867. Premièrement, les sols desquels le sucre avait été obtenu était salé sur bien des plantations. On pouvait même le sentir dans le jus de canne à sucre. Deuxièmement, la température de l’eau. Sur beaucoup de plantations, il n’était pas possible d’obtenir l’eau à moins de 84°F (28,9°C environ) nécessaire au procédé de distillation (afin de condenser l’alcool). Ce n’était pas un problème en Jamaïque. L’eau de source des montagnes était suffisamment fraiche. Le rhum de Guyane Britannique exporté avait une teneur moyenne en alcool de 35% OP (Original proof) soit environ 77% alc/L par fût en moyenne. [47] 

Un autre rhum jeune du Guyana.

Il n’y eut pas que la matière première pour la fermentation qui changeât, mais la fermentation elle-même subit un changement en Guyane Britannique. Le manuel de la Guyane Britannique de 1913 mentionnait une durée de fermentation de 36-48 heures. Cette durée diminua plus tard à simplement 28 heures en 1949. [435] [436] Une note de l’article de Sasha indique que DDL a une durée de fermentation de seulement 24-26 heures, peu importe le style distillé. Plus la durée de fermentation est courte, plus le goût est faible. Toutefois, si le but de la distillerie est de produire beaucoup de rhum en colonnes continues alors cette méthode semble rationnelle et logique. Pourquoi produire des congénères lourds lors de la fermentation alors qu’on ne les retrouvera pas dans le rhum final? Cela n’a pas de sens. Toutefois, cela veut dire à contrario que plus le rhum est pur, moins il a de goût et moins il se distingue d’autres produits. Dans ce contexte j’aimerais également citer un auteur qui écrivit à ce propos en 1967:  

« L’arôme du rhum peut changer de la Martinique au Guyana, de Porto Rico à Trinidad (L’île de Caroni), mais les prix sont plutôt semblables. En effet, maintenant que l’on utilise des colonnes continues, les arômes des rhums se rejoignent de plus en plus. Les Cubains filtraient par le passé le rhum avec du charbon pour se débarrasser des congénères âcres si caractéristiques des versions les plus corsées ou « lourdes ». Maintenant l’alambic à colonnes peut purifier le spiritueux jusqu’à la moderne neutralité désirée, n’y laissant que les moindres contrastes existant entre chaque produit Caribéen. » [437]

Quatre rhums venant du Vat Still Port Mourant
La spécialisation, la personnalisation de masse ou la bonne vieille production de masse? Là est la question clé pour les distilleries. Beaucoup empruntent le dernier chemin, ce qui est plus que dommage mais aussi logique à mes yeux, car cela est dû à la pression globale de la concurrence internationale, que nous devons au capitalisme et à la globalisation (pas cher, vite et beaucoup). D’autres, pourtant, suivent la stratégie de la personnalisation de masse. Qu’est-ce donc? On produit des ingrédients de base en production de masse, on les combine et on essaie de satisfaire différentes sortes de consommateurs à la fois avec des produits qui ont chacun leur propre marketing. C’est donc une sorte de système modulaire (d’assemblage). Nous avons presque tous eu quelque chose de ce genre dans notre verre. Je parle des blends. Les spiced rums en font partie. La matière première (rhum) bon marché a été produite en grandes quantités et adaptée aux palais des différents publics cibles. Aussi bien les blends que les spiced rums, sont (espérons) faits à partir de rhum et contiennent plusieurs sortes de ce système modulaire (d’assemblage). Ces modules sont des rhums produits par des alambics continus et discontinus. Ces derniers sont plus onéreux et contiennent plus d’arômes « lourds ». Les rhums moins aromatiques voire les alcools presque neutres sont produits en colonnes continues. Les produits ou blends en résultant sont des combinaisons de ces rhums de base. Il n’y a que lors des débuts d’une petite distillerie que l’on pratique la stratégie de la spécialisation. Il en va de même pour les jeunes et pour les anciennes distilleries : les grosses distilleries ne peuvent et ne veulent pas se financer avec une telle stratégie. La cible est trop petite et spécialisée. Le revenu est trop faible pour subvenir aux besoins de la distillerie.

D’autres rhums venant du Vat Still Port Mourant
Retournons à la Guyane Britannique du 19è siècle. Une source liste les plantations suivantes qui ont présenté du rhum lors de l’exposition universelle de Londres en 1862: Houston (4 ans, Demerara), Montrose (Pot Still, Demerara), Better Hope (Demerara), Greenfield (Demerara, Colonne continue à vapeur), Smythfield (Colonne à vapeur, Berbice) et Providence (Berbice). [178]


Une liste des participants à l’exposition universelle de Paris de 1867 mentionne les sources suivantes: Schoon Ord, La Grange, Blairmont, Cumings Lodge, Goldstone Hall, Bee Hive, Taymouth Minor, Rose Hall, Nismes, Montrose, Mon Repos, Hope, Hope and Experiment, Adelphi, Anna Catharina et Great Diamond. [47] Y compris plusieurs échantillons de rhums ambrés.

Il y eut beaucoup plus de plantations présentes à l’exposition universelle de Paris en 1878: Anna Catharina, Aurora, Blairmont, Chateau Margot, Cornelia Ida, Cane Grove, Cove and John, De Willem, Great Diamond, Greenfield, Houston, Herstelling, Helena, Hope, La Grange, La Resouvenir, La Union, La Bonne Intention, Leonora, Lusignan, Melville, Mon Repos, Metenmeerzorg, Ogle, Providence (D.C. / Demerara Coast; rive ouest du fleuve Demerara), Peter's Hall, Philadelphia, Ruimveldt, Rose Hall, Smythfield, Stewartville, Success (E.C. / Côte Est; Demerara), Tuschen de Vrienden, Uitvlugt, Vreed en Hoop, Wales, Windsor Forest, Zeeburg, Zeelugt. [194]


Les noms changèrent à nouveau à l’exposition universelle de Calcutta en 1883/84. Les plantations suivantes y étaient mentionnées: Chateau Margot, La Bonne Intention, Cane Grove, Leonora, Farm, Belle Plaine, Enterprise, Taymouth Manor, Cornelia Ida, Reliance Tuschen de Vrienden. [226]


Une source de 1893 mentionne encore quelques plantations qui furent représentées par des échantillons à la Worlds Columbian Exposition Chicago (exposition universelle de 1893): Peter's Hall, Success, Anna Regina, Cane Grove (Cave Grove gab es nicht), Hope, Houston, La Bonne Mere, La Bonne Intention, La Jalousie, Maryville, Melville, Nismes, Ogle, Port Mourant, Rose Hall, Schoon-Ord, Skeldon, Tuschen-de-Vrienden, Uitvlugt, Versailles et Wales. Wales et Nismes ne proposaient que des rhums blancs. Toutes les autres plantations proposaient les deux rhums, blancs et ambrés. [179]

Une autre source fait état du fait que Port Mourant produisait du rhum ambré en 1927. [57] Les embouteillages de Cadenhead, Berry Bros & Rudd et Bristol Spirits Limited de 1974 et 1975 étaient de ce ces rhums provenant du double pot still en bois. Cependant, ils n’ont pas été distillés à Port Mourant même, mais à la distillerie Uitvlugt et rendent grâce à ce style ancien. La plupart de ces noms ont disparu de la mémoire de la plupart des gens. Beaucoup de ces plantations possédaient également une usine sucrière, ce qui est indirectement confirmé par les échantillons de sucre figurant sur les catalogues des expositions. 

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Chapitre 3
-
Production et export du rhum en Guyane Britannique

Blends créés avec des rhums du Guyana
Où est passé tout ce rhum? Alors que le rhum de Jamaïque était envoyé principalement au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Etats-Unis, le rhum de Guyane Britannique allait en majorité vers le Royaume-Uni, le Canada et d’autres possessions Britanniques d’alors. Ceci est repris par une source de 1938. [90] Et ce, relativement peu avant l’invasion de la Wehrmacht en Pologne et le début de l’apocalypse des temps modernes. L’Allemagne n’a traditionnellement été intéressée que par le rhum de Jamaïque. Les Demerara étaient relativement inconnus dans ce pays.

Le rhum et le sucre sont inséparables. Le sucre en particulier a eu une histoire très turbulente et chaotique. A commencer par le 19è siècle. L’effondrement annoncé du marché du sucre avec la fin de l’esclavage en 1838 n’eut pas lieu en Guyane Britannique. Mais le Sugar Duties Act (Loi concernant les droits de sucre) en 1846, qui entraina la taxation de tous les sucres importés, fit énormément de mal à la colonie. La transition complète ne fut terminée qu’en 1854. Le dernier refuge du sucre colonial de l’empire Britannique était révolu. Les colonies Britanniques devaient alors s’imposer face à des pays comme Cuba et le Brésil, qui utilisaient encore des esclaves bon marché pour le travail difficile des plantations. [93] [94]

Les prix se stabilisèrent à nouveau vers 1880 pour quelques années jusqu’à ce que la première vraie crise majeure frappe le marché du sucre au milieu des années 1880. La cause de cette crise était principalement l’emploi massif du sucre de betterave comme substitution en Europe. Certains pays comme la France, l’Allemagne, la Hollande, la Belgique, la Russie et l’Autriche surenchérissaient les uns sur les autres à coups de subventions. En 1884 environ, le sucre de betterave bon marché inonda le marché Britannique et commença pénétrer le marché Américain. Les ennuis vinrent aussi de quelques producteurs Britanniques de sucre qui coloraient leur sucre avec de la teinture jaune pour concurrencer visuellement le sucre du Demerara qui prévalait à l’époque dans les épiceries Anglaises. [95] [96] [97] Comme autre déconvenue, les producteurs Européens de sucre utilisaient du charbon pour séparer toutes les impuretés du sucre afin de produire des cristaux de sucre blancs. Ces cristaux de sucre avaient un avantage visuel significatif par rapport au sucre gris et ingrat des colonies. [99]

Pour finir, quand les Etats-Unis initièrent en 1893 un droit sur l’importation de sucre, l’économie de la colonie ne fit que décroitre durant 10 années. De nombreuses plantations furent abandonnées ou firent faillite. Pour vous donner une idée du déclin de l’industrie du sucre, voici un tableau qui reprend le nombre d’hectares de canne et le nombre d’usines sucrières actives en Guyane Britannique de 1882 à 1896. [419] Ceci est attribué à une source de 1896.

Année

Année fiscale
Nombre d’usines sucrières
Acres 
 de canne
Hectares de canne
1882
(1881- 82)
106
79.262
32.076
1883
(1882-83)
104
79.037
31.985
1884
(1883-84)
105
79.502
32.173
1885
(1884-85)
105
75.344
30.491
1886
(1885-86)
105
76.200
30.837
1887
(1886-87)
97
76.560
30,983
1888
(1887-88)
96
76.625
31.009
1889
(1888-89)
96 78.271 31.675
1890
(1889-90)
95 79.243 32.069
1891
(1890-91)
96 78.307 31.690
1892
(1891-92)
79 76.100 30.797
1893
(1892-93)
74 69.814 28.253
1894
(1893-94)
70 68.321 27.649
1895
(1894-95)
65 67.921 27.487
1896
(1895-96)
64 65.908 26.672

On voit bien l’évolution. Malgré la diminution du nombre d’usines sucrières, le nombre d’hectares resta stable et augmenta même jusqu’en 1890 avant que les deux ne chutent à cause de la montée du sucre de betterave en Europe. Finalement, durant l’année fiscale 1898-1899, il ne restait que 64 usines sucrières, dont 55 avaient une distillerie. Je connais le nom de chacune d’elles. La flambée du sucre de betterave ne s’arrêta pas avant la loi de Bruxelles sur le sucre en 1902. Cette loi arrêta les subventions Européennes sur le sucre de betterave. Les conséquences de cette période se traduisirent en nombre de distilleries. Alors que le nombre de distilleries durant l’année fiscale 1880-81 était de 109 en Guyane Britannique, il ne restait que 53 distilleries en 1901-02. Une source fait état de cela en 1903. C’était un an après la loi de Bruxelles sur le sucre. Cela représente une baisse de 56 usines sucrières produisant du rhum. [98] [89] Ce chiffre parle de lui-même.

Les prix restèrent relativement stables jusqu’en 1910. La grande sécheresse d’Aout 1911 à Avril 1912 eut un effet significatif sur les cultures et eut également des conséquences sur l’année 1913 qui suivit. [100] Avec le début de la première guerre mondiale le marché du sucre connut une courte période de prospérité. La guerre dévasta les champs de betterave à sucre Européens et suscita la nécessité de sucre et de rhum de la Caraïbe. Mais cet âge d’or ne dura pas longtemps. Après la guerre, l’accès au marché Allemand fut entravé par des restrictions et le marché Américain fut de fait fermé au rhum de Guyane Britannique en 1919 avec le début de la prohibition. [101] [102] 

Entrepôt de Demerara Distillers Limited
Source: www.velier.it
La grande dépression des années 30 du siècle dernier laissa aussi une trace sur le marché du sucre. La demande était bien plus faible que l’offre. De 1930 à 1933 les exportations de rhum descendirent à niveau très bas (Tableau 9, 10 & 11). En 1933 la prohibition prit fin et les chiffres augmentèrent légèrement. En 1935, cependant, d’importantes émeutes secouèrent les colonies Britanniques. Le point culminant de cette agitation en Guyane Britannique fut atteint en 1939 sur la plantation Leonora. Ce qui commença par une grève pour de meilleurs salaires se termina par une fusillade avec de nombreux morts. Ces émeutes ne se terminèrent qu’au début de la deuxième guerre mondiale. [103] [104]

Les distilleries restantes en Guyane Britannique furent une nouvelle fois soulagées des fluctuations du marché par une guerre mondiale. Les chiffres d’export et de valeur du marché (Voir tableau n°12) le démontrent parfaitement. En 1947 il ne restait que 9 distilleries survivantes (Voir tableau 1). Toutes les autres durent soit abandonner, soit fusionner avec de plus grandes plantations productrices de rhum qui avaient survécu à la tempête sur le marché du sucre. Le regroupement des distilleries se poursuivit et ne s’acheva qu’après l’indépendance du Guyana et la nationalisation de toutes les distilleries et usines sucrières. Pendant les années de l’indépendance du Guyana, seules restaient 5 des 9 distilleries. Dans son livre Rum, Dave Broom mentionne seulement trois distilleries restantes en 1971. Une seule de ces trois distilleries a réussi à survivre aujourd’hui.

Après la nationalisation (1976) la Guyana Liquor Company (la société holding de DDL) fit de nombreux changements importants. Le premier fut la modernisation du quai de Water & Schur Maker en 1977 (pour le rendre accessible aux citernes). L’étape suivante fut la construction du terminal de fret pour la manutention et le chargement des citernes. Depuis cette année-là le rhum du Guyana est presque exclusivement transporté en citernes d’acier inoxydable et non en barriques. Il n’était vendu en barriques que si un client demandait explicitement que son rhum soit en fut. Début 1978, la capacité de l’entrepôt était de 250,000 gallons (946 353 Litres). [419]

Comment le rhum entre-t-il alors en fut de nos jours ? C’est simple. Le rhum arrivé en Europe y est alors mis en fut par les acheteurs ou les stockeurs. Ils proviennent de leur propre stock, sont achetés auprès de distilleries ou sont importés. Parfois certains de ces futs ont été trop utilisés. Cela se traduit par une certaine pâleur, comme dans certains embouteillages de « Versailles » 1990 et du lot 1998 de la distillerie d’Uitvlugt.

Importateurs de rhums vers le Royaume-Uni (Liverpool)
(Ceci est une capture d’écran)
Source: www.cylex-uk.co.uk
Comment se fait-il que personne ne vérifie si les futs sont toujours actifs ou pas? N’y a-t-il donc pas de contrôle de la qualité? Eh bien si l’on regarde une photo d’un entrepôt de distillerie plein de futs on peut se douter du pourquoi. Afin d’utiliser tout l’espace vertical, les futs sont placés sur des palettes et entassés. Même si l’on voulait en contrôler le contenu, on ne pourrait pas atteindre la plupart de ces futs. Un déplacement de ces futs au complet vers un endroit plus accessible serait nécessaire pour un contrôle exhaustif. Aucune distillerie ne fait ça, peu importe le distillat produit (Rhum ou Whisky). Tout cet assortiment des différents stades de maturation, c’est le problème de l’assembleur. Il doit créer un assemblage stable de plusieurs millésimes avec différents stades de maturation et différents arômes, y compris dans un même lot. Quelques embouteilleurs officiels utilisent du caramel pour donner au résultat une uniformité visuelle et peut-être bien pour masquer le manque de maturation. Sans cela ce serait trop coûteux et aucun gérant de distillerie ne gère ce « problème » en vérifiant le contenu de chaque fut. Les seuls qui contrôlent la qualité de leurs futs et utilisent éventuellement des futs de bourbon de deuxième main ("2nd Bourbon barrel") pour une maturation supplémentaire sont les embouteilleurs indépendants. Le rôle d’un seul fut est alors bien plus important que dans une distillerie, qui traite plus d’un millier de nouveaux futs chaque année. Un seul ou quelques futs épuisés ne font pas vraiment la différence dans la production à grande échelle.

Le dernier millésime livré en barriques du Guyana vers l’Europe le fut probablement en 1977. Mais ce changement avait aussi des raisons pratiques. Les auteurs Hugh Barty-King & Anton les mentionnent dans leur livre Rum Yesterday and Today. 5000 barriques furent demandées pour l’expédition de 250,000 gallons (946.353 Litres) de rhum avant l’installation du nouveau terminal de fret en 1978. 700 travailleurs et 3 mois furent nécessaires pour préparer les barriques au voyage et pour la manutention. Ceci fut réduit à un mois et moins de 100 travailleurs après 1978. Le rhum était devenu un produit de la vie courante. Le rhum arrivait à Liverpool (parmi quelques autres ports en Europe) et était transporté vers les différents acheteurs au Royaume-Uni. [419] [420] [421] 

Si vous aviez toujours la vision romantique de bateaux chargés de tonneaux pleins de rhum venant du Guyana à destination de l’Europe, alors veuillez effacer cette image de votre imagination. Ces jours sont bel et bien révolus. J’ai eu confirmation de cette pratique par Doug McIvor, responsable spiritueux de Berry Bros & Rudd au Finest Spirits à Munich en 2014. Seules quelques nations insulaires vendent encore leurs rhums en futs. Le Guyana n’en fait plus partie. "The Main Rum Company Limited" est l’une des entreprises basée à Liverpool qui reçoit du rhum en gros. Elle commercialise également des rhums vieux et blancs de la Caraïbe, et aussi du Guyana. [422] 


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Chapitre 4
-
La tradition de la coloration

(Oui la couleur compte)

Rhums ambrés de la distillerie Enmore
 (Guyana, 20è siècle)
En 2011 lorsque je suis arrivé dans le monde du rhum j’ai entendu la rumeur qui disait qu’il y avait des rhums du Guyana dont les futs étaient préparés avec de la mélasse et qu’ils donnaient ainsi au connaisseur une expérience gustative vraiment particulière. Toutefois, je n’ai pas trouvé une seule preuve de cela en 2013 quand je faisais mes recherches pour l’article « Les distilleries du Guyana 1.0 » jusqu’à ce que je modifie complètement mes modes de recherche et d’appréhension. Je suis tombé sur un ancien manuel pour les planteurs de Guyane Britannique au 19è siècle. Il y avait des propositions et des idées sur la façon de diriger une usine sucrière et une distillerie de rhum. Mais il n’y avait pas que cela. On y mentionnait aussi la façon de colorer les rhums. La procédure de préparation de ce colorant était expliquée. C’était bien sûr une sorte de caramel. Voici un extrait du Manual of Plantership par Alexander Mac Rae de 1856:

« La fabrication correcte d’un bon élément colorant pour le rhum est très importante. A cet effet on doit sélectionner le meilleur sucre et le mettre en quantité suffisante dans une marmite sur un feu indépendant. Le sucre doit être constamment agité avec une spatule de bois tout au long de l’action du feu sur la marmite, afin d’éviter un goût ou un arôme roussi; et quand il prend de la consistance, le rendant difficile à manipuler avec la spatule, on le retire du feu, et on ajoute progressivement des hauts vins en remuant avec la spatule, jusqu’à ce qu’il prenne la consistance d’une crème épaisse, afin que l’ensemble soit parfaitement dissous. Après cela, on doit le mettre dans un fut debout, avec deux robinets, un à peu près à 6 pouces (environ 15cm) du fond du fut, l’autre à peu près à 2 pouces (environ 5cm) du fond, et le laisser reposer afin que les sédiments se déposent, jusqu’à ce que cela s’écoule du robinet du haut sans aucun sédiment. On peut l’utiliser pour colorer le rhum, et environ 3 pintes (environ 1,5L) d’élément colorant bien concentré doit suffire pour 100 gallons de spiritueux (environ 348L); mais chaque marché requiert des nuances de couleur différentes, et l’ajustement de la couleur du rhum est laissé à l’appréciation de la personne qui en est chargée. On doit faire très attention au fait que l’élément colorant ne trouble en aucun cas le rhum, car quand le rhum est trouble sa valeur en est grandement détériorée. Je recommande toujours de fabriquer l’élément colorant en grandes quantités, car plus longtemps il est stocké plus il devient pur. » [438] 
 
Rhum ambré provenant de la distillerie d’Uitvlugt
 (Guyana, 20è siècle)
L’élément colorant était fabriqué à partir du matériau que l’on avait sous la main : le sucre Muscovado. Cela ressemble beaucoup à la production du caramel ordinaire. Le sucre était mis à bouillir dans une marmite découverte et était remué en permanence à l’aide d’une spatule en bois pour éviter le goût de roussi. C’est presque comme créer une bonne sauce en utilisant des oignons préalablement saisis. Afin d’éviter un goût de brulé on doit surveiller le moment juste avant lequel les oignons sont roussis et cela influe grandement sur le résultat. On veut surtout éviter cela dans l’élément colorant. Quand la consistance souhaitée est atteinte on retirait la marmite du feu et on diluait alors à l’aide de « hauts vins » jusqu’à atteindre une consistance crémeuse. On utilisait du rhum pour diluer idéalement le caramel. Pour du caramel ordinaire on utilise de l’eau.

Ce matériau était alors entreposé dans des barriques en bois, qui possédaient deux robinets. L’un se situait à 1 pouce (environ 2,5cm) du fond, et l’autre 4 pouces (environ 10cm) au-dessus de la première. Pourquoi cela? C’est assez simple. Les particules les plus lourdes du mélange descendaient alors vers le fond. Elles étaient indésirables dans le rhum final. Plus longtemps il reste au calme plus il devient pur avec le temps à mesure que les particules descendent vers le fond. A cet effet, j’ai eu une information de Luca Gargano (Velier SpA) qui a parlé de la façon dont ce colorant était entreposé en tonneaux par le passé et ainsi utilisé lors de la création de différentes sortes de « marks » en Guyane Britannique. Cette information vient probablement de DDL. Cette description correspond parfaitement à la procédure et confirme ses dires. Si l’on voulait retirer les sédiments, on ouvrait le robinet du bas. Si l’on voulait une certaine quantité d’élément colorant, on ouvrait le robinet du haut et on ajoutait le caramel au rhum.

Référence à l’élément colorant
Etiquette de dos du Pussers étiquette bleue
Aucun fut n’était tapissé ou traité avec de la mélasse. Cela n’a jamais existé. Mais la légende est née d’un fait dont se rendirent compte quelques embouteilleurs du Royaume-Uni alors qu’ils embouteillaient des rhums ambrés par le passé. Un embouteilleur Allemand de Whisky a dit à Flo mon collègue de blog, en passant, comme si ce n’était pas important, que les dernières bouteilles d’un fut du Guyana des années 70 qu’il avait acheté étaient les plus aromatiques du fut. Cela signifie donc qu’il y avait une fine couche de matériau aromatique au fond du fut. Ce doit être la raison pour laquelle on a présumé que les futs provenant du Guyana étaient traités avec de la mélasse. Des embouteilleurs comme Bristol Spirits Limited et Berry Bros & Rudd ont dû entendre parler de ça. Doug Mclvor m’a aussi raconté cette version de futs traités début 2014. Toutefois, j’avais déjà lu le fameux manuel, sans pour autant savoir exactement comment le comprendre, mais je n’ai rien dit.

La révélation est arrivée cette année lors d’une dégustation, alors que je diluais quelques échantillons de rhums du Demerara embouteillés par Velier. Je voulais voir comment le profil évoluait en ajoutant un peu d’eau à ces rhums. J’ai laissé le rhum s’homogénéiser avec l’eau pendant deux jours avant de commencer la dégustation. Ce que je vis ce soir-là fut comme une petite révélation. Il y avait une fine couche de sédiments au fond de la petite bouteille flottant comme un nuage dans le rhum. Je savais qu’il s’agissait de rhums colorés et compris immédiatement ce qui s’était passé. Le degré de saturation du rhum avait changé à cause de la teneur moindre en alcool, ainsi une partie du colorant dilué se retrouvait dissolu par ce changement. Il ne pouvait plus se mélanger au liquide aussi bien qu’avant. Un rhum avec plus d’eau que d’alcool ne peut contenir autant d’élément colorant qu’un rhum plus fort. L’élément colorant alors dissout s’était détaché et devenait visible en s’étant déposé au fond. C’est exactement ce qui se passe dans chaque fut. Avec la part des anges le niveau d’alcool change et change ainsi le niveau de saturation du rhum contenu. L’élément colorant qui se détache coule au fond du fut et s’y accumule avec le temps. Ceci est à l’origine de la légende des futs traités à la mélasse. A cet effet, j’ai jeté un œil au manuel des planteurs. Ce phénomène y était décrit précisément. Si l’on ajoutait trop d’élément colorant le rhum devenait trouble, par le fait que l’élément colorant ne puisse pas complètement se mélanger au rhum. Donc si l’on en met trop cela tue le rhum. Le manuel précise que si l’on en ajoutait trop, alors la valeur du rhum diminuait significativement. Ce trouble disparait lorsque l’on remue le rhum ou que l’on agite le flacon. Il réaparait après quelque temps. 
 
Echantillon dilué avec 
particules sédimentaires (1)
Echantillon dilué avec 
particules sédimentaires (2)
Donc par le passé le colorant était un caramel dilué avec un rhum à forte teneur en alcool. On n’utilisait pas de mélasse. Je ne peux pas dire ce que DDL utilise aujourd’hui car je ne suis jamais allé à la distillerie et je doute qu’un fabricant livre ses secrets à un étranger comme moi. Mais voilà, le rhum destiné à l’export arrive à destination en citernes. L’élément colorant est ajouté aux citernes avant qu’elles soient pompées au terminal de fret pour l’entreposage. 
 
Pourquoi procéder ainsi? Quelle est l’origine de cette tradition qui date au moins du 19è siècle, peut-être même du 18è siècle? Un indice (1989) m’a mené vers la Marine Royale (Britannique). La marine demanda expressément un rhum ambré pour le distinguer visuellement de l’eau. [439] Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse réellement de la raison de cette tradition. Une autre source dit qu’ils étaient ambrés pour masquer la faible qualité de l’eau, ce qui corrobore la thèse de certains auteurs et sites internet selon laquelle le rhum était également utilisé pour désinfecter l’eau à bord des bateaux. Voici un extrait d’une source de 1984: 

« Le rhum était un « dark blend » de cinq rhums du Demerara et de Trinidad qui avaient été assemblés et embouteillés sur l’île de Tortola de la colonie royale des Iles vierges Britanniques. La couleur était également fidèle à la tradition, car ce rhum naturellement ambré était toujours assombri pour camoufler tout trouble de l’eau quand elle était mélangée au rhum pour produire le grog. » [440] 

Cependant, il reste que les rhums « Navy style » sont tous foncés et ambrés. Tout au moins l’assemblage final a été coloré. S’ils étaient si foncés sans coloration, alors les rhums seraient tous des « jus de bois », presque imbuvables (boisés, amers) et peu plaisants au palais. Exactement ce qu’il ne fallait pas donner à ses hommes pour qu’ils restent de bonne humeur. Mais tous les rhums n’avaient pas besoin d’être colorés à l’assemblage final. La « Navy-tot » (« goutte » ou ration du marin) n’existe plus dans la Royal Navy. Elle a été abolie en 1970. Le rhum « Navy style », cependant, a survécu jusqu’à maintenant. Si vous êtes intéressés par le caramel et les éléments colorants dans le whisky, vous devriez jeter un œil à ce très bon article. Et le meilleur pour la fin, j’aimerais citer une source de 1949, imprimée par HM Stationery Office, au sujet de l’industrie: 

« n plus d’un élément colorant, on ajoute du caramel en quantités variables en fonction des différents marchés destinataires. Fait curieux, le Canada et le Nord du Royaume-Uni aiment le rhum foncé, façon « Nelson’s blood », alors que l’on réclame une teinte plus anémique dans les midlands et que l’on préfère un blanc presque pur dans le sud de l’Angleterre. Une fois ajusté à la bonne couleur et maturé, le rhum est versé dans des futs et entreposé sous le contrôle strict des agents des douanes. Nous avons inspecté les documents et l’organisation d’un certain nombre de ces distilleries et magasins de rhums et avons été impressionnés par l’efficacité de leurs gestions. » [463]


La Guyane Britannique et la Royal Navy


Ration de la Royal Navy (1)
Source: www.pussersrum.com
On utilisa également pendant longtemps le rhum de Guyane Britannique dans l’assemblage de la Royal Navy. Au début du 20è siècle, l’assemblage était surtout fait à partir de rhums provenant de Guyane Britannique et de Trinidad. Malheureusement je ne connais ni l’année ni la date à partir de laquelle les rhums de cette colonie ont été utilisés pour l’assemblage de la Navy. J’aimerais citer un entretien du (Mardi) 7 Juillet 1908.


« Mr. Frederick Henry Dumas Man parle.

12992. (Dr. Bradford) Quelle est votre entreprise? – E.D. and F. Man, Courtiers coloniaux.

12993. C’est une bien vieille entreprise n’est-ce pas? – Elle remonte à 1783.

12994. Depuis combien de temps êtes-vous dans les affaires? – Vingt-neuf ans.

12995. Quelle est la nature de vos affaires? – Nous faisons dans les produits coloniaux – sucre, rhum, cacao, etc. Nous représentons trois quarts voire sept huitièmes du marché du rhum, et une petite partie du marché du sucre.

12996. Votre marché porte-t-il exclusivement sur le rhum Jamaïcain? – Pas du tout – sur tous les rhums. 
 
13009. Vous êtes employés par l’amirauté, n’est-ce pas? – Oui, nous achetons le rhum pour eux.

131010. Tout le rhum que vous achetez est-il destiné à la Navy? – Oui, entièrement.
...
13036. Pensez-vous qu’il s’agisse du point de vue des gens impliqués dans le commerce du rhum en général et non cantonnés au rhum Jamaïcain? – Je suis sûr qu’il s’agit de leur point de vue. Nous avons par une fois fourni l’amirauté en rhum Jamaïcain (en général ils prennent du Demerara et du Trinidad) et les marins ne l’ont pas beaucoup apprécié.

13037. Mais vous vendez plus de rhum Jamaïcain que de n’importe quel autre sorte, n’est-ce pas? – Non je ne pense pas. Cela varie en fonction de la culture.

13038. Vous ne savez pas lequel prédomine? – C’est celui que nous appelons le proof rum, ce qui correspond aux rhums autres que Jamaïcains.

13039. Qu’est-ce qui compose le gros du Navy rum? – C’est le proof rum – non Jamaïcain.

13040. Proof rum, c’est une expression de chez vous? – C’est une expression marchande. Cela signifie que le rhum est vendu par volume d’alcool pur.

13041. (Dr. Bradfort) Ce rhum est produit en alambic à colonnes? – Principalement du rhum provenant d’alambics à colonne. » [441]

Ration de la Royal Navy (2)
Source: royalnavymemories.co.uk
Qui était Mr. Frederick Henry Dumas Man? Il était l’arrière-petit-fils de James Man. James Man, un tonnelier, fonda l’entreprise ED & F Man en 1783. Cette entreprise reçut son nom d’Edward Desborough Man et Frederick Henry Dumas Man en 1860. [442] Cette entreprise était responsable de l’achat de tout le rhum utilisé dans l’assemblage de la Navy jusqu’en 1970. L’entreprise existe toujours. Une source de 1908 nous dit également que l’ingrédient principal de l’assemblage de la Navy était du rhum d’alambic à colonnes. Une source de 1924, un débat au parlement Britannique, mentionne ces deux pays également à l’origine de l’assemblage de la Navy.

« Mr. AMMON: Le nombre de mentions de réception de ration de rhum en tant que telle sur 20 ans est d’approximativement 43,000; le nombre de mentions de déblocage de fonds sur 20 ans est d’approximativement 27,000. Le prix coutant pour l’amirauté de la ration de rhum est d’environ ¾ d. par homme, et le rhum provient principalement du Demerara et de Trinidad. » [443] 

Cependant, l’assemblage a changé au fur et à mesure. Sur combien de temps je l’ignore. J’aimerais citer un débat au parlement Britannique en 1956:

« Commandeur Agnew: Je suis d’accord, mais je n’ai jamais connu cela. Alors que je m’intéressais aux votes concernant les améliorations en matière d’avitaillement, j’y ai trouvé un point traitant des salaires et traitements de la police qui ont connu une hausse très marquée comparé aux estimations de l’année précédente.

Il s’agit des heures supplémentaires, qui ont augmenté de 700 £ à £ 5500. Il est possible que les salaires et traitements de la police aient connu une augmentation générale et que cela ait entrainé l'inflation des chiffres, ou il peut y avoir eu une pénurie d'hommes en service dans les chantiers d'avitaillement et en conséquence ils ont peut-être eu à faire des heures supplémentaires pour assurer la continuité de la garde. Je serais content si quelqu’un pouvait m’informer sur ce point.

Quel est à présent le fournisseur du rhum distribué à la Royal navy ? Normalement il s’agit d’un très bon rhum sec du Guyana, mais il me semble que tous les vieux stocks ont été dérobés par l’armée pendant la première guerre mondiale et que l’amirauté n’a jamais vraiment réussi à retrouver une qualité semblable.

Ration de la Royal Navy (3)
Source: en.wikipedia.org
Mr. K. Robinson: L’honorable membre a-t-il déjà eu à faire au rhum Australien particulièrement déplaisant que nous avions pendant la guerre ?

Commandeur Agnew: Non je ne crois pas, ce ne fut que par relations et quelque entorse à la règle que j’ai pu me procurer du rhum, mais pas suffisamment pour devenir un connaisseur. L’amirauté utilise-t-elle toujours du rhum de Guyane Britannique pour le stocker, le faire vieillir dans les chantiers d’avitaillement un nombre raisonnable d’années avant de le distribuer à la flotte?

Mr. R.Bell: Mon ami honorable membre du sud Worcestershire (Commandeur Agnew) a parlé du grog. Ses commentaires sur le vieux grog m’intéressent. J’ai entendu dire que l’armée avait raflé tout le stock, mais on m’a aussi laissé entendre que l’armée l’allongeait comme le porto. Le problème avec la navy, c’est qu’ils avaient l’habitude de mouiller le bon rhum sec qu’ils avaient reçu pour le distribuer en grog aux hommes.


Mr. Ward: La réponse à la question concernant le nouvel uniforme des marins est que, sans difficultés imprévues de production, nous devrions pouvoir commencer à le distribuer à la flotte d’ici à peu près six mois. Cela coutera près de £28,000 l’année ce qui est plus pour l’uniforme existant.

L’honorable membre du nord St. Pancras (Mr. K. Robinson) a posé la question de la réduction du montant accordé à l’avitaillement. Je peux vous dire qu’il n’y a aucune baisse dans le domaine de la nourriture mais qu’il y a, bien sûr, un nombre moindre d’hommes dans la navy, ce qui contribue à la diminution des chiffres.

Plusieurs membres honorables ont parlé du grog et du budget du grog. Je dois avouer que j’aimais le rhum jusqu’à il y a à peu près quinze ans, quand j’ai fait l’erreur d’entrer dans une distillerie en Jamaïque. L’odeur était si abominable que je n’ai pas réussi à reboire du rhum depuis. Cependant, je comprends qu’il soit très populaire dans la navy. Les fournitures proviennent, non de la Guyane Britannique ni, mon ami honorable membre du sud Worcestershire (Commandeur Agnew) sera heureux de l’entendre, d’Australie, mais de Jamaïque ou de la Barbade. » [444]

Rhum ambré de la distillerie Caroni
 (Trinidad, 20è siècle)
Mr. Ward indiquait donc qu’à l’époque du débat (1956) on utilisait des rhums de Jamaïque et de la Barbade. L’armée Britannique est aussi selon lui responsable de l’anéantissement des stocks de rhum de Guyane Britannique pendant la première guerre mondiale et du fait que l’amirauté n’ait pas réussi à retrouver la même qualité depuis. Mr. R. Bell. Cependant, accusait indirectement la Royal navy de « gâcher » le bon rhum pour la ration quotidienne. Voilà un point de vue intéressant. Je ne suis pas certain que des rhums de Guyane Britanniques furent ajoutés à nouveau par la suite à l’assemblage de la navy. Pussers Limited, qui a acquis la recette originale afin de produire l’assemblage de la navy, devrait avoir la réponse. Sur leur site internet on déclare que des rhums du Guyana et de Trinidad sont utilisés. Comme cité ci-dessus (La tradition de la coloration), l’assemblage de la navy était composé de cinq rhums différents venant de ces deux nations. Ces rhums pourraient être de style P.M., E.H.P., une version légère et une version lourde de Caroni, et un cinquième rhum inconnu. Bien sûr ce n’est qu’une supposition de ma part. On n’est pas sûr du remplaçant de Caroni lorsque cette distillerie a fermé en 2003. La version intermédiaire, mentionnée au parlement Britannique en 1956, a pu entretenir la confusion qui fait dire que l’assemblage de la navy était en grande partie composé de rhum de la Jamaïque, ce qui est d’ailleurs indiqué sur la version anglaise de Wikipedia. Je ne sais pas pendant combien de temps la navy a utilisé des rhums des deux autres nations. Une autre source mentionne même des rhums du Demerara (Guyane Britannique), Trinidad et Barbade. [445] Toutefois, pas besoin d’être un génie pour comprendre d’où venaient probablement ces rhums. Je suppose, des distilleries fermées Caroni (Trinidad), Uitvlugt (avant la fermeture d’Albion, et Albion avant la fermeture de Port Mourant) et Enmore. Dans les deux derniers se trouvaient les alambics en bois, qui sont mentionnés par Pussers et sont utilisés pour donner sa saveur particulière à l’assemblage. Caroni possédait aussi un alambic Coffey en bois (nous y reviendrons dans un article séparé sur Trinidad) fait en Green Heart Guyannais. 


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Chapitre 5
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Les alambics et les distilleries en Guyane Britannique

Usine sucrière du Demerara (1916), Guyane Britannique
SourceQuelle: www.guyanatimesinternational.com
Dans l’ancien temps il y avait trois types d’alambics au Guyana. Il y avait l’alambic à repasse traditionnel (Pot still), l’alambic en bois (Vat still) et plusieurs colonnes continues. Voici un extrait d’une source 1908:

« En Guyane Britannique les distilleries sont de trois sortes:

  1. Celles qui utilisent des Pot ou Vat stills qui sont en fait des Pot stills modifiés.
  2. Celles qui utilisent à la fois des Pot ou Vat stills et des colonnes Coffey ou autres colonnes de rectification.
  3. Celles qui n’utilisent que des Coffey ou autres colonnes de rectification. » [82]
Le Pot still traditionnel (fait entièrement de cuivre) a presque disparu. DDL possède un Pot still en cuivre, deux Vat stills et beaucoup de colonnes continues. Le Pot still simple en bois Versailles et le Pot still double en bois Port Mourant sont des Vat stills, mais on les qualifie souvent de Pot stills. Finalement, le Vat still n’est rien de plus qu’un Pot still modifié en forme de barrique (Vat = Barrel) en bois. Seuls la tête et le col sont en cuivre. Une source de 1908 en décrit la structure comme cela:

Vat still simple Versailles
Source: thefloatingrumshack.com
« Les Vat stills sont composés d’une cuve de bois cylindrique faite à partir de douelles solidement maintenues ensemble par du fer forgé. Ils sont composés de hauts dômes de cuivre qui recouvrent la cuve et qui sont reliés à un retors ou des retors de type Jamaïcain, et pour comparer, le retors correspond à la partie la plus basse d’une colonne de rectification. Comme dans l’alambic de Winter, une conduite en spirale ou une série de petites conduites perpendiculaires descendent à l’intérieur de la colonne dans laquelle il y a de l’eau froide lorsque la distillation est en cours, et grâce à laquelle les vapeurs du spiritueux entament un procédé de rectification quand elles remontent la colonne avant de passer dans le condensateur. Les Vat stills sont chauffés par injection de vapeur. » [83] 

Les « têtes » (dômes) des Vat stills sont donc constituées de cuivre et l’alambic est alimenté par injection de vapeur. Dans le cas de l’alambic Versailles il y a un retors descendant allié à l’alambic, qui fonctionne comme une colonne de rectification pour augmenter le contenu en alcool. Une double distillation est également possible ensuite pour obtenir un contenu en alcool suffisant. Dans le cas de l’alambic Port Mourant, les deux Vat stills sont montés en série afin de produire le contenu élevé en alcool désiré.

Aujourd’hui ces deux alambics sont les derniers de leur espèce. Mais dans le passé il y avait beaucoup de Pot et Vat stills en Guyane Britannique. La source de 1908 parle de 42 distilleries actives en Juillet 1906. 32 d’entre elles possédaient un Pot ou un Vat still. Seules trois distilleries possédaient un Pot ou Vat still et une colonne continue. Tout-juste 7 distilleries possédaient uniquement des colonnes continues. [82] Comme écrit plus haut: en 1880-81 il y avait 109 distilleries en Guyane Britannique. Toutefois, leur nombre était déjà descendu à 53 durant l’année fiscale 1900-01. [90]

Le double Vat still Port Mourant devant
Le Vat still simple Versailles au milieu à gauche
Les deux colonnes de rectification sont au fond à droite
Le Pot still en cuivre au fond à gauche
Une double colonne tout à fait au fond à gauche (en haut)
Source: thefloatingrumshack.com
Les choses changèrent dramatiquement en 1914. Cette année-là il n’y avait plus que 36 distilleries. De celles-ci, 27 utilisaient le Pot ou Vat still et 9 la colonne continue. [84] Les colonnes continues étaient construites localement et étaient composées de bois de la région (greenheart), ce que confirme une source datée de 1919. Donc beaucoup de colonnes continues de l’époque étaient en bois. La source parle de dix grandes « colonnes de rectification continues » pour l’année 1919. [85] Le remplacement par les colonnes continues en acier se fit évidemment plus tard. La dernière restante est la colonne continue en bois Enmore. Elle est aujourd’hui en la possession de DDL et fait partie de leur concept d’héritage. 
 

Petite ironie de l’histoire: La plantation Great Diamond possédait déja un alambic Coffey et un Vat still en 1908. [86] Elle faisait donc partie des trois distilleries qui utilisaient les deux types. La plupart des colonnes continues de l’époque étaient en bois. Alors Diamond, qui était à l’époque la plantation Great Diamond, possédait plus que probablement une colonne continue en bois, mais finit par la mettre au rebut pour utiliser une colonne continue en métal à la place. Ainsi il y a une probabilité relativement grande que Diamond ait possédé une colonne continue en bois. Quelle ironie de l’histoire qu’ils possèdent à nouveau une colonne en bois de ce type, après avoir mis au rebut l’ancienne à une date inconnue. Il en est de même pour les Vat stills. A mes yeux il ne fait aucun doute de leur existence. Le Vat still fut probablement écarté en premier. D’après ma source la colonne Coffey offrait une qualité similaire à celle du Vat still. Plus tard, elle fut également remplacée par une colonne en métal au plus grand rendement. Quelqu’un a-t-il peut être appris des erreurs du passé?

Usine sucrière de Mon Repos (Guyane Britannique)
Source: www.guyanatimesinternational.com
Retournons aux distilleries et à leurs alambics. En 1921 il ne restait que 30 distilleries actives. 21 distilleries utilisaient exclusivement un Pot ou un Vat still. Trois, cependant, utilisaient les deux types d’alambics et seulement 6 uniquement des colonnes continues. [87] Sautons à présent jusqu’en 1938. Cette année-là la distillerie du domaine Houston (anciennement Zorg En Hoop) fermait ses portes pour toujours. [88] Il ne restait que 9 distilleries en Guyane Britannique après 1938. Si l’on relie logiquement à cela les chiffres de production du tableau 1 de l’annexe de 1950, on conclut alors que l’alambic Port Mourant et l’alambic Versailles sont les deux seuls Pot stills listés cette année-là. Donc depuis 1938 les deux alambics sont les derniers représentants de leur espèce. Le nombre de distilleries continue de chuter mais leurs noms ont survécu jusqu’à aujourd’hui et sont bien connus pour la plupart. 

En 1949 seules 9 des 16 usines sucrières possédaient une distillerie pour se débarrasser des restes de mélasse, qui est « seulement » un sous-produit de l’industrie du sucre. Albion, Blairmont, Enmore, Skeldon et Port Mourant en faisaient partie. [19] D’après une autre liste, qui date apparemment aussi de 1949, il n’y avait que 15 au lieu de 16 usines sucrières. [23] On y mentionne le « Big 9 » de façon plus ou moins complète, y compris leurs propriétaires.



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Chapitre 6
-
Bookers Guiana“

Le drapeau de la Guyane Britannique [190]
Source: http://commons.wikimedia.org
Si l’on veut raconter toute l’histoire, il faut alors dire quelques mots sur le groupe Booker qui dominait largement le marché du sucre en Guyane Britannique au 20è siècle. L’histoire commence en 1815 quand Josias Booker (senior, 1793-1865) arriva au Demerara. En 1834 l’entreprise Booker Brothers & Co fut fondée par Josias Booker senior en Guyane Britannique. [106] [107] Petit à petit, l’entreprise acheta de nombreuses plantations. De petites plantations qui avaient fait faillite pendant les fluctuations du marché du sucre furent intégrées à de plus grandes plantations et leurs noms disparurent en partie. Le 30 Avril 1849 Josias Booker acheta la plantation Profit pour 10,220 $G. [112] Josias Booker junior apporta un rhum ambré à l’exposition universelle de Londres en 1862 (Annexe A alinéa 67), qui provenait de la plantation Greenfield. Ce rhum était à 47% au dessus de l’Original Prof Britannique et avait été distillé dans une colonne à vapeur de T.F. M’Fablane. Donc les Booker arrivèrent sur le marché du rhum très tôt. [178]

Publicité de la Bookers Rum Company
Source: archive.org
© Thomas Skinner & Co. (Publisher) Ltd (London)
© Thomas Skinner of Canada Limited (Montreal)
En plus de la société Booker Brothers & Co, d’autres sociétés montrèrent de l’interêt pour la Guyane Britannique. L’une d’elles nous mène à John McConnell (1829 – 1890) qui arriva en Guyane Britannique en 1846. [49] [109] Il travailla de près avec Bookers dès le départ et acheta un sixième de la société en 1854. Finalement, John McConnell fonda sa propre entreprise. Ce fut la John McConnell Company en 1874 à Londres et il en était le seul propriétaire. [52] La société n’était pas seulement destinée à soutenir les Bookers avec biens et ressources financières, il l’utilisait également pour ses propres affaires et son propre commerce. [109]

En 1881 Josiah Booker (Junior) mourut et John H. Booker, un plus jeune frère, était le dernier membre de la famille impliqué dans les affaires de la société Booker brothers & Company. Finalement, John H. Booker vendit ses parts en 1885 à John McConnell, qui possédait alors à lui seul les trois sociétés Booker Brothers & Company, George Booker & Company et John McConnel & Company. [56] [369] A l’occasion John reçut le soutien de sa famille, en l’occurrence de ses deux fils. Arthur John McDonnel arriva dans l’entreprise en 1889 et and Frederick Vavasour McConnell en 1890. Ce furent ces deux hommes qui rassemblèrent les trois sociétés sous un même nom en 1900: Booker Bros., Mc Connel & Company Limited [108]. John McConnell était un propriétaire foncier prospère. Il possédait la plantation Tuschen de Vrienden. Cette plantation fournit un échantillon de sucre à l’exposition universelle de Paris la même année. [110]

La Bookers Bros., McConnell & Co. Limited possédait les plantations suivantes en 1917 : Cane Grove, La Bonne Intention, Mon Repos, Port Mourant, Rose Hall, Skeldon, Tuschen-de-Vrienden, Uitvlugt et Vryheids Lust. [111] Leur nombre ne cessa d’augmenter. En 1934 les plantations suivantes étaient aussi en la possession du groupe Booker : Spinglands, Friends, Mara, Lusignan, Success, La Ressouvenir, Wales, Versailles, Hoaston et Schoon Ord. [113] Plus tard, une autre fusion prit place. En 1939 la Bookers Bros., McConnell & Co., Limited fusionna avec Messrs Curtis, Campbell & Co. (Curtis, Campbell & Co, Ltd). Albion, Enmore et Ogle rejoignirent alors le groupe Booker. [115] [116] Un descendant du fondateur de Curtis Campbell & Co devint plus tard président du groupe Booker. Son nom était John « Jock » Middleton Campbell.

John Campbell, président du groupe Booker de 1952 à 1967, assista à l’indépendance de la colonie et à la formation de l’Etat du Guyana. Il a travaillé avec Forbes Burnham et son prédécesseur heddi Jagan, quand il était encore premier ministre de la colonie de Guyane Britannique. Le vent politique tourna quand Forbes Burnham devint premier ministre officiel du Guyana le 26 Mai 1966. Le gouvernement nouvellement élu de l’ex colonie conduit une idéologie communiste qui plus tard se montra désastreuse pour l’économie.

Publicité de la Bookers Rum Company
Source: archive.org
© Thomas Skinner & Co. (Publisher) Ltd (London)
© Thomas Skinner of Canada Limited (Montreal)
Il n’est pas surprenant qu’après les événements de la crise politique de 1953, les directeurs du groupe Booker optentt pour un large éventail d’activités. La société commença à développer ses activités en Angleterre dans le domaine du commerce de l’industrie et de la nourriture. Mais d’abord le groupe Booker s’empara de la société S. Davson & Company Limited en 1955. Ceci conduit le domaine de Blairmont plus les plantations Providence et Bath, qui faisaient alors partie de Blairmont, à entrer en possession du groupe Booker. [114] [117] En 1956, Bookers s’empara de la société George Fletcher & Company (une firme industrielle) qui fut suivie en 1957 par Alfred Button & Sons (une petite chaine de supermarchés). En 1962 fut fondée la Nigerian Sugar Company dans laquelle Bookers était impliquée. Le nom de l’entreprise se raccourcit en 1968 pour devenir Booker McConnell Limited. Finalement, en 1976, les décisions politiques initiées en 1953 furent appliquées. Les industries de la bauxite et du sucre, comme toutes les entreprises de grande dimension, furent nationalisées en vertu de « la loi de 1975 sur l’acquisition de la propriété ». L’année 1976 est la dernière année durant laquelle les usines sucrières furent aux mains de sociétés privées. [372] 

Le groupe Booker dut en fin de compte céder ses plantations, distilleries et usines sucrières au Guyana au gouvernement Guyanais et reçut une compensation de près de 500 millions de dollars Guyanais. [118] Le pouvoir du groupe Booker au Guyana s’arrêta brutalement. L’entreprise existe toujours aujourd’hui. En raison du pouvoir et de l’influence que le groupe Booker avait eu en Guyane Britannique, les Guyanais plaisantèrent sur le fait que la Guyane Britannique devrait plutôt Mais l’histoire n’est pas encore finie. [119] 

Les années suivantes furent un désastre économique pour le Guyana. Le pays subit une rapide inflation qui entraina une baisse des salaires et un manque de productivité grandissant. La valeur d’un mois de salaire de 200 $G en 1977 atteint la valeur réelle de 120,77 $G et chuta à 102,07 $G en 1980. L’industrie de sucre n’était pas en meilleure forme que les autres. En 1976, la dernière année durant laquelle l’industrie était encore privée, on avait produit 332.547 tonnes de sucre. Ce rendement chuta à 241.861 tonnes en 1984, et seulement 167.660 tonnes furent produites en 1988 et ce chiffre tomba plus bas que terre en 1990. Le gouvernement de Desmond Hoyt réalisa finalement qu’il avait perdu le contrôle de la situation et invita un sous-traitant de Bookers appelé « Booker Tate » à venir au Guyana pour les aider à la gestion des entreprises en 1990. [373]

La nouvelle usine de Skeldon en 2008 (en construction)
Source: pmtcalumni.org
Cette société a été créée en 1988, c’est une joint-venture de Booker PLC et Tate & Lyle. Tate & Lyle a été pendant longtemps présente sur le marché du sucre à Trinidad et les deux entreprises allièrent ainsi leur expérience dans le domaine. Bien que Booker Tate fût sous la coupe du gouvernement et qu’elle n’agissait en principe pas de son propre chef, Bookers était bien de retour au Guyana. En 1990, ont signé un « Accord de gestion opérationnelle totale ». Booker Tate fait la promotion de ces activités sur son site. Ils déclarent que le rendement de sucre pourrait être porté à 280.000 tonnes en 1996. En 2002 ils atteignirent presque l’ancien record de 1976 avec 331.067 tonnes de sucre. En 2004, la TSB Sugar Holdings Limited (TSB), un fabricant de sucre d’Amérique du Sud, racheta Booker Tate. Ils ont signé un contrat pour la construction d’une nouvelle usine sucrière à Skeldon en 2005. [374] [375] Toutefois, tout n’était pas si simple. Une analyse SWOT (outil d'analyse stratégique de l'entreprise) de Guysuco montra que cette nouvelle usine de Skeldon, en plus de Wales, était la moins viable. Les problèmes commencèrent apparemment lors de la seconde récolte, en 2008, avant que la nouvelle usine soit opérationnelle. [376] En 2009, Booker Tate se retirait du Guyana alors que la nouvelle usine était terminée.

L’évolution actuelle ne laisse aucun doute quant à la direction que prend la production de sucre au Guyana. Voici quelques chiffres officiels de l’établissement public Guyana Sugar Corporation (Guysuco).

Résumé sur 10 ans par Guysuco 2000-2009

Année
Sucre
(Tonnes)
Mélasse
(Tonnes)
2000
273.318
108.703
2001
284.474
118.103
2002
331.052
137.794
2003
302.378
127.201
2004
325.317
138.140
2005
246.071
115.732
2006
259.549
107.501
2007
266.482
115.048
2008
226.267
99.280
2009
233.736
109.598


Pour une vue d’ensemble de l’évolution, il faut regarder les dernières années. Malheureusement, la situation générale et l’évolution de la production de sucre au Guyana se montrent une nouvelle fois négatives.

2010 – 221.000 tonnes de sucre [448]
2011 – 237.000 tonnes de sucre [448]
2012 – 218.070 tonnes de sucre [449]
2013 – 186.500 tonnes de sucre [450]

La seule chose que l’on peut voir dans cette évolution à court terme est que Demerara Distillers Limited est (presque) indépendante du marché du sucre. Si un jour Guysuco cesse d’exister cela n’aura pas tout de suite un effet mortel sur le marché du rhum au Guyana. Mais à long terme les coûts de production grimperont forcément, dû au fait que la distillerie devra importer la mélasse nécessaire à la production de rhum. Rien de nouveau sous le ciel de la Caraïbe. Trinidad Distillers Limited (Angostura) à Trinidad & Tobago est dans cette situation en ce moment et survit toujours, alors que l’établissement sucrier public Caroni et sa distillerie sont fermés depuis presque dix ans. Angostura doit importer la mélasse nécessaire à la production de rhum. Cela influencera sûrement l’industrie du rhum au Guyana, cependant, l’issue est encore incertaine et on ne peut que supposer pour l’instant. C’est vraiment ironique: Bien que la production des deux produits (Rhum et sucre) soit à l’heure actuelle séparée au Guyana, ils restent liés par le destin. Dans d’autres industries, ce lien étroit entre l’industrie de l’alcool et les agriculteurs est moins important. Les céréales, utilisées pour le whisky, seront toujours produites, car c’est aussi une source d’alimentation. Par contre, le rhum est littéralement lié à la canne à sucre, alors que le sucre peut être obtenu autrement, comme par exemple de la betterave, et n’est donc pas uniquement lié à la canne à sucre. Pour qu’un distillat soit appelé « Rhum », il doit être obtenu de la mélasse fermentée ou du jus de canne frais. Les spiritueux provenant de la betterave ne portent pas le nom de rhum, mais elle peut être plus facilement produite en Europe pour obtenir du sucre. La production a beau avoir été séparée, le « lien vital » entre le rhum et le sucre éxiste toujours. 


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Chapitre 7
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United Rum Merchants
(Le cartel du rhum de Booker)

Source: www.rum.cz
Que s’est-il passé sur le marché Européen du rhum après la nationalisation au Guyana et quelle influence avait Bookers? Nous devons revenir un peu en arrière pour comprendre l’ensemble de l’évolution et toute sa dimension. La société United Rum Merchants est née de la fusion de trois entreprises : Alfred Lamb & Son Limited, White Keeling (rhum) Limited et Portal, Dingwall & Norris Limited. [427] [429] Qui étaient ces trois entreprises? Alfred Lamb & Son Limited fut créée en 1849 par Alfred Lamb. Il mourut en 1895 et confia la société à son fils Charles H. Lamb, déjà entré dans la société. Alfred B. Lamb et W.J. Godwin entrèrent aussi dans l’entreprise à la mort du fondateur. En 1908, Alfred B. Lamb se retira de la société et en 1919 un certain Charles T. Brend devint partenaire de la firme. La marque la plus connue de la société était « Lamb’s navy rum ». [333] [338] La société Portal, Dingwall & Norris Limited possédait la marque de rhum « Lemon Hart ». Cette marque fut lancée par la société Lemon Hart & sons Limited. Cette même société a été fondée par Mr Lemon Hart en 1804. Au cours du siècle, la marque fit l’acquisition de Portal, Dingwall & Norris Limited et intégra le portefeuille d’URM. [453] [454] [455] La société White Keeling (rum) Limited a été créée par la fusion des deux sociétés Henry White & Co. (fondée en 1842) et E.H. Keeling & Son (fondée en 1822). La marque la plus célèbre de cette compagnie était le rhum de Jamaïque « Red Heart » que l’on doit à Henry White, fondateur de la Henry White & Company. [456] [457]



Source: www.rum.cz
Donc URM avait ces trois entreprises en sa possession en tant que sous-traitants. Cette société (URM) fut incorporée au groupe Booker en 1947 et était pilotée depuis Londres. En 1951, la nouvelle filiale de Booker « Bookers Rum Company Limited » arriva dans l’escarcelle d’United Rum Merchants. Cette société était responsable des affaires liées au rhum depuis 1951 et contrôlait également les activités de marketing et de communication en rapport avec les rhums de Guyane Britannique. Le rhum en gros et quelques autres produits étaient gérés par un autre nouveau sous-traitant, qui fut également ajouté en 1951. C’était la « Booker Produce Limited ». Ces entreprises régulaient et contrôlaient tout le marché autour du rhum. [427] [429] Booker avait un accès exclusif au rhum provenant de Guyane Britannique de par ses possessions dans le pays. Ils pouvaient aussi facilement influer sur les prix de leurs concurrents. Au moment de l’indépendance du Guyana (1966), seul un concurrent était encore actif : Diamond Liquors. Bien sûr Lambs et Lemon Hart n’embouteillaient pas seulement des rhums provenant de ce pays, mais aussi des rhums de Jamaïque et d’autres iles. Après le départ forcé de Bookers du marché du sucre du Guyana et en conséquence la perte de la production et des distilleries, on prit probablement la décision d’abandonner complètement le marché à long terme. En 1984, la filiale United Rum Merchants qui avait été incorporée à la société Booker en 1947, a été vendue à Allied-Lyons. Et avec elle, les marques "Lemon Hart", "Red Heart", "Black Heart" et "Lamb's Navy Rum"

Source www.rum.cz
Le nom de la compagnie changea en 1994 d’Allied-Lyons en Allied Domecq Spirits & Wine Limited. Les droits de « Lemon Hart » ont été vendus par Pernod Ricard à Mosaiq Incorporated en 2010. [458] [459]

Le plus gros rival et adversaire de United Rums Merchants sur le marché du « Rhum brun» était Seagram’s, avec ses fameuses marques « OVD » (Old Vattered Demerara) et « Wood’s Old Navy Rum ». Les deux étaient aussi composées de rhum du Guyana (Guyane Britannique). Seagram’s vendit aussi ses marques traditionnelles. Aujourd’hui, elles appartiennent à William Grant & Sons Limited. [460]

Avec toutes ces évolutions on peut maintenant comprendre quel protagoniste géant et global du rhum était vraiment Bookers. C’était le premier méga groupe sur le marché du rhum et il a vite été suivi par d’autres compagnies comme Diageo et Pernod Ricard. De telles sociétés n’étaient pas des groupes d’un nouveau genre mais une évolution logique de la concentration du marché, un renouveau et une réorganisation du marché. Elles sont également un résultat de l’intervention des Etats sur les marchés. Pourquoi? Parce que ce sont les Etats et nations qui font les règles des marchés. Aujourd’hui il ne reste qu’une seule distillerie au Guyana, dont la maison mère est aux mains de l’Etat. Bien que le monopole de la production de rhum au Guyana soit de fait une réalité, ce n’est pas Bookers qui a gagné la course. Mais l’Etat du Guyana n’est pas non plus désigné vainqueur à cause de l’inflation qui en résulte et la baisse de productivité dues à la nationalisation de compagnies auparavant privées.


La transformation du marché du rhum
(Une opinion)

'OVD'  = 'Old Vatted Demerara'
La marque du concurrent Seagram’s
Source: www.thewhiskyexchange.com
Une raison possible de la vente d’United Rum Merchants en 1984 pourrait être l’importance accrue du rhum blanc, comme celui que Bacardi produisait avant la révolution Cubaine. Le marché du  «rhum brun » toutefois perdit plus de terrain au cours des décennies. Avec l’arrêt de la ration quotidienne dans la Royal Navy le changement s’est retrouvé en plein essor en 1970. Il y avait et il y a toujours l’ancienne base de clients, qui était habituée au style rhum brun de par le fait qu’elle ait servi dans la Royal Navy et bénéficié de la ration quotidienne. Le rhum brun était bien connu de la population Ecossaise. J’aimerais citer une source de 1989 qui parle de l’état du marché du rhum brun: 

« En Grande Bretagne deux marques se disputent la première place dans le marché du rhum brun standard: Captain Morgan de Seagram’s et Lamb’s Navy d’United Rum Merchants (URM). Allied-Lyons a acheté URM à Booker McConnell en 1984. Seagram et URM sont aussi en concurrence en Ecosse où OVD (Old Vatted Demerara), la marque phare de Seagram’s en Ecosse, est au coude à coude avec Black Heart d’URM. Les marques de Seagram dominent les deux marchés, mais tout juste. Alors comment Seagram’s et URM abordent-elles le problème d’un marché déclinant? Le responsable du marketing spiritueux au Royaume Uni de Seagram’s, John Cornish, décrit le problème: «Voyez le marché du rhum brun, ce sont surtout des personnes assez âgées qui en boivent et le marché est concentré en un groupe restreint de gros consommateurs. Cela va pour le moment, mais cela durera dix ans seulement. Cette part du marché va disparaitre et on a pas du tout le même niveau de consommation chez les 25 – 45 ans. » Ces problèmes à long terme ont conduit les deux sociétés à se recentrer sur les buveurs plus jeunes. Leur dilemme est d’attirer les jeunes sans éloigner les plus vieux. Cependant, l’attirance des jeunes vers le rhum brun ne tarda pas à arriver, alors Captain Morgan adresse toujours ses pubs aux bons vieux bonhommes. Le budget de cette année est estimé à près d’1,6 millions de livres sterling. Le Lamb’s Navy d’URM est également géré avec doigté. Il y a eu quelques changements d’étiquette et une nouvelle bouteille hexagonale, mais aucune modification drastique de l’image de la marque n’est prévue. » [462]

« C’est de la balle… ! »
Publicité avec un jeu de mots
Source: www.capitalbay.com

Donc les clients moururent l’un après l’autre et la base de clients diminua. La jeunesse, toutefois, prit goût au rhum léger et blanc. Je peux le confirmer de par ma propre jeunesse. Bacardi et Havana Club sont connus à travers l’Europe et incarnent ce genre de « rhum nouveau », qui devint populaire après la fin de la première guerre mondiale, en particulier aux Etats-Unis. D’autres auteurs ont écrit des livres entiers à ce sujet et ont essayé d’expliquer ce « vent nouveau ». C’est une des raisons pour lesquelles je ne m’aventurerai pas plus loin sur ce sujet. Ce serait simplement trop gros pour être inséré dans cet humble travail. Mais qu’est-ce qui a vraiment changé? 

Le rhum de colonne, obtenu à partir d’alambics à distillation continue, n’était pas une nouveauté et existait depuis le 19è siècle. Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, l’assemblage de la Navy des années 1900 était principalement composé de rhum de colonne. [441] A Cuba aussi, ce type de rhum léger était déjà distillé depuis un moment. Alors qu’est-ce qui a changé? Ce sont les consommateurs qui à mon avis ont été séduits par une publicité massive et ont ainsi été rééduqués. Le rhum blanc représentait alors l’avenir radieux. Les rhums bruns et lourds furent même suspectés d’être la cause de la « gueule de bois » car ils contenaient de mauvais éléments et des arômes lourds (et mauvais). A ce propos, j’aimerais citer une source de 1990, qui illustre cette opinion:
 
« Seale croit qu’une des raisons pour lesquelles le rhum blanc bénéficie d’une embellie est qu’« il ne donne pas la gueule de bois ni le mal de tête comme le rhum ambré ». Le caramel et les autres additifs, en plus des futs de bois dans lesquels le rhum a vieilli, changent la couleur et la saveur du rhum, dit-il. Et, ajoutât-il, contribuent également aux « effets secondaires» négatifs de la boisson. » [461]

Les charmes féminins au service du rhum
Dans ce cas, cela reste correct
Réplique d’une publicité 1940-1960 
Source: www.zazzle.de
La gueule de bois arrive aussi lorsque l’on boit trop d’autres alcools comme la bière ou le vin. Sont-ils aussi mauvais? Même les meilleures choses vous donneront la gueule de bois si vous en abusez. Le rhum blanc n’est pas meilleur à ce niveau-là. L’alcool c’est ça. Et la gueule de bois n’est rien d’autre qu’un signe d’empoisonnement. Il faut vraiment le faire pour ignorer cela. L’alcool est un poison pour le corps, point. Pas besoin d’en discuter. Ce qui compte c’est la qualité et la dose d’alcool que vous consommez. Cela impose des consommateurs et des producteurs responsables. Personnellement je préfère consommer ce poison en petite quantité pourvu qu’il soit de haute qualité plutôt que de boire jusqu’à l’oubli un rhum industriel bon marché (blanc et léger) produit en masse en alambic à distillation continue. Mais une distillerie vit grâce aux revenus de masse, pas grâce aux petits consommateurs que je représente. Alors pourquoi Mr Seale livra-t-il cette opinion en 1990? C’est assez simple. Quelques années plus tard il montait sa propre distillerie mais il embouteillait du rhum léger et blanc au moment de l’interview. Il se faisait juste son marketing et voulait survivre en tant qu’embouteilleur. Là non plus il n’y a pas de débat. J’ai déjà abordé plus haut le problème du capitalisme et de la mondialisation du secteur du rhum. Et en tant que consommateur « à l’heure de l’information », je dirais qu’il faut toujours faire attention et vérifier de qui vient l’information que l’on donne. La source est-elle indépendante ou pas?

Quelle serait la solution? Les prohibitions comme celle des USA ont montré qu’il était inutile de contraindre le consommateur par la loi. La qualité de l’alcool, toutefois, était pire sous les cieux de la distillation illégale. L’interdiction fit que cette dernière était hors de contrôle de l’Etat. Là aussi, d’autres auteurs ont écrit des livres entiers sur le sujet. Dans l’optique de construire un avenir meilleur, je pense que l’éducation et la sensibilisation sur ce sujet sont bien plus intéressantes que de brandir des interdictions. Et l’interdiction produit aussi l’effet d’approcher de zéro l’influence de la législation, car tout se fait dans l’illégal, qui lui se moque bien de la santé et de l’intérêt des consommateurs ou des citoyens. Le marché a entièrement été laissé aux mains du crime organisé. S’agit-il d’un avenir meilleur? Avec le suivi et le contrôle, rendus vraiment faciles à l’ère digitale d’aujourd’hui, et grâce aux trackers GPS et aux smart phones? Ils n’existaient pas à l’époque. C’est comme le terrorisme, chers lecteurs. On n’est jamais vraiment en sécurité. Pas même dans un pays de surveillance totale, car dans un tel pays, en tant que citoyen, vous n’êtes plus à l’abri des actes de l’Etat et de la police. Mais je m’éloigne du sujet.

Publicité pour Captain Morgan. Environ 1951.
Publicité à la "Yo-Ho-Ho-Ho"
Ce qui veut dire: « Seulement pour les vrais pirates »
« Tendance » mais totalement mensonger
 Source: www.pinterest.com
Il y eut donc une tendance qui s’éloignait des rhums ambrés et vieux au profit de rhums légers et peu vieillis, qui parfois même voyaient leur couleur et leurs congénères éliminés par l’utilisation de filtres à charbon. Ces « pâlots » conquirent peu à peu le marché du rhum. Pour les consommateurs à la recherche de quelque chose de plus particulier les grandes marquent embouteillent des rhums plus vieux et afin d’ajuster le visuel de la gamme l’usage d’agent colorant est obligatoire. On peut aussi masquer les fluctuations de maturation dues aux futs grâce à cet élément. L’industrie ne s’est pas séparée de ce gadget qui « trafique » visuellement ses rhums, mais cette fois elle ne le met plus dans les futs avant le vieillissement comme c’était le cas dans l’ancien temps (voir chapitre 4). Ils ne l’ajoutent qu’avant embouteillage. Bien des consommateurs craignent que cet élément soit utilisé afin de simuler un certain âge que le rhum n’a pas vraiment. Je voudrais renouveler cette inquiétude: Beaucoup de producteurs simulent visuellement une maturité qui n’existe pas. Plus un rhum est vieilli, plus il devient aromatique. Bien sûr, cela a des limites et cela dépend du produit de départ, de la fermentation et de la distillation. C’est le b.a.-ba du rhum dans le détail duquel je n’entrerai pas car ce n’est pas le sujet. Comme je disais cela a ses limites. On ne peut transformer un rhum de colonne léger et industriel en un rhum de pot still Jamaïcain et lourd simplement en le faisant vieillir en fut. C’est impossible.

Des charmes féminins plus agressifs
Cette publicité donne un point de vue plus profond
Pas seulement visuellement 
Source: recluse.me
Donc à partir d’un moment le long vieillissement d’un tel produit ne sert à rien. A un certain point de non-retour le fut influencera grandement son contenu et aura un grand impact sur le rhum et son profil aromatique. Cela n’est pas au goût du grand public et n’a les faveurs que des connaisseurs et aficionados. Une autre raison est qu’avec la part des anges, le contenu du fut diminue et les coûts de production du rhum sont trop élevés. Un vieillissement prolongé nécessite du temps et le temps c’est de l’argent. La suite logique de cette pensée orientée vers le profit est l’introduction d’embouteillages sans indication d’âge sur l’étiquette. Ainsi arrive le « NAS » qui signifie « Sans indication d’âge ». Pour « relever » le goût des jeunes rhums (ou whiskys) d’âge inconnu, on les mélange à une part de plus vieux. Puis la couleur obtient l’apparence souhaitée avec l’usage de caramel. Ensuite le produit final hérite d’un nom sympa ou rigolo qui fait référence à une vieille tradition ou rappelle certaines dates de la distillerie ou du pays d’origine et voilà: votre vache à lait pour traire les acheteurs plus efficacement est prête à être lancée sur les acheteurs novices. C’est ce que j’appelle « le capitalisme dans sa forme la plus pure ». Bien que je sois un défenseur du vieillissement, le grand âge ne rime pas forcément avec grande qualité, car même les vieux rhums, quand ils sont immatures, ne valent pas forcément le prix indiqué sur leur jolie étiquette. Je ne peux pas être d’accord avec cette pratique. Vous vous ferez un avis sur le sujet en votre âme et conscience. Ce n’est que mon humble avis.

Vous vous rappelez des « Tramp stamps » ou « Ass antlers »?
(tatouages en bas du dos)
Bacardi voulait être tendance à l’époque et voilà le résultat
Le rhum c’est cool hein? 
Source: recluse.me
Le simple fait que la législation européenne susmentionnée soit une vraie passoire n’arrange pas les choses. Le sucre par exemple n’est pas explicitement interdit et le caramel à des fins d’ajustement de couleur est également admis, au grand dam des puristes (dont je ne fais pas partie). Je n’ai rien contre l’adjonction de sucre en soi. Mais je n’aime pas les boissons trop sucrées. Mon goût a considérablement évolué au fil des années. Ceci toutefois, en plus du fait que l’on puisse clairement améliorer la faible qualité d’un rhum et faire disparaitre certaines failles, est plus que discutable du point de vue du droit des consommateurs. Cela a été également la principale critique de la communauté Allemande du rhum. Mais notre erreur à l’époque est de ne pas l’avoir formulée assez clairement et de ne pas avoir correctement communiqué à ce sujet. Beaucoup ont cru leur boisson préférée en danger.
 

Ils étaient aveugles et sourds. Ils se sont également comportés en gosses provocateurs. Ils n’avaient rien compris. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai tourné le dos à cette « belle communauté » et l’ai quitté. Pourquoi perdre son temps alors que l’on peut le consacrer à des enquêtes plus constructives comme celle-ci ? Ce n’était pas la peine de débattre, et les « rhums premium » se portent toujours magnifiquement bien. Mais on dirait que tout cela est sur le point de changer. J’ai lu plus d’une fois que la qualité de certaines marques diminue à chaque sortie. Les limites de l’utilisation de sucre sont apparemment atteintes et la qualité s’est sensiblement (apparemment) détériorée. Apparemment, car je n’en boirai jamais dans le but de me convaincre qu’un changement est vraiment en train d’opérer. Certaines entreprises qui ont fait usage de ces pratiques ont probablement été dépassées par leur propre marketing et le succès qui en a découlé. La proportion de « vieux rhums » dans les systèmes solera diminue probablement sans cesse, comme il y a de plus en plus de rhums jeunes qui sont toujours plus agressifs que ceux de l’année précédente. 
 

Est-ce que je joue le gros dur cynique ? Pas vraiment. Je ne suis pas pour la guerre entre les becs sucrés et les amateurs d’embouteillages indépendants. De plus ma critique ne serait pas fondée. Pourquoi ? Parce que je ne peux pas râler sur le sucre et en même temps aimer les rhums Demerara bruns colorés au moyen de caramel avant le vieillissement. Ce qui n’aide pas non plus, c’est le fait qu’il s’agisse d’une vieille tradition venant de la Royal Navy, couverte par la loi Européenne, et que le sucre n’est ainsi pas strictement interdit, donc autorisé. Ces deux types de rhums sont altérés et pourtant légaux. Ce serait hypocrite de ma part. Et le monde en compte déjà suffisamment. Je ne veux pas en faire partie. Que cela vous plaise ou non, c’est légal. Cependant, je ne regrette pas pour autant ma décision de me retirer de la communauté Allemande. Je crois personnellement à la liberté de choix, bien que je pense que la loi soit loin d’être convenable ou parfaite (mais personne n’est parfait). L’introduction de nouveaux termes ou catégories pourrait être une idée. Il n’y a pas non plus d’obligation de déclaration claire du contenu. A cause de cela personne n’inscrit sur les étiquettes ce qui a été ajouté. Ils n’y sont pas obligés donc ils ne le font pas. Pourquoi quelqu’un prendrait-il le risque de le faire ? On peut appeler cela de la tricherie, mais je le répète : ceci est légal, bien que je n’en aime pas le résultat. On devrait également organiser un contrôle de cette loi améliorée. La meilleure des lois reste inutile si personne de contrôle les producteurs. On n’a pas besoin d’une loi « placebo ». Et on en a marre des politiques et des officiels de Bruxelles qui s’assoient à la table pour sortir des lois insensées (comme « la courbure idéale des bananes », tapez cela sur google et vous verrez de quoi je veux parler). Ils pourraient s’en occuper…en principe. *tousse* Toutefois, à cet égard le whisky et notamment l’Ecosse sont bien plus avancés dans les règlementations de la qualité. Mais tant que le lobby du rhum aura la main et que les masses seront toutes excitées par ces « rhums premium », rien ne changera. Le capitalisme et les « experts » déterminent la route à suivre. L’opinion de quelques maniaques indépendants ou connaisseurs grincheux comme moi n’intéresse pas le marché.

Livres Anglais sur le rhum et l’industrie du sucre
Pour qui veut s’intéresser de plus près à l’histoire du changement du marché du rhum et à l’influence de la scène cocktail et de ses créations, et pour qui sait lire l’Anglais, cherchez le livre « …and a bottle of rum » de Wayne curtis et le livre « Rum » de Dave Broom. Il y a aussi les livres épuisés depuis longtemps « Rum yesterday and today » de Hugh Barty-King & Anton Massel et « The sugar industry in the late 19th century » de R.W. Beachey qui sont des sources d’information inestimables à propos des changements de cette boisson. Je ne me séparerai jamais de ces livres. Beaucoup d’autres livres n’ont pas encore été publiés en anglais. Parmi eux, quelques exemplaires en Français m’intéressent. Espérons qu’ils deviennent « internationaux ».

On peut dire en conclusion : Le changement vient du changement de comportement du consommateur (spécifique en goût), venant de la publicité de masse des grandes marques du marché et de la pression concurrentielle globale sur les producteurs, associée au capitalisme extrême (vite, beaucoup et bon marché). Le dernier point en particulier a aidé les colonnes à triompher sur le pot still. Elles étaient un modèle d’efficacité avec le « rhum pur » qui en résultait. Enfin, quand je parle de rhum pur je veux en fait dire « sans saveur ». Un producteur peut faire autant de foin qu’il veut autour de ce type d’alambic et des rhums qui en découlent : Je sais pourquoi il opte autant pour ce type de distillation et que cela n’a rien à voir avec la passion, la tradition et l’amour du rhum, mais simplement avec la survie, la panique et la soif de dollars / euros. 

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Chapitre 8 
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„The Big 9“
(1938 - 2013)


Entre 1937 et 1938 la distillerie du domaine Houston (anciennement : Zorg en Hoop) au Demerara ferma à jamais ses portes. Ainsi en 1938, il ne restait que 9 distilleries, le « Big 9 ». Toutes les autres distilleries avaient tout bonnement disparu. Les dernières distilleries se trouvaient à l’intérieur des usines restantes, qui avaient atteint la taille de grandes usines sucrières avec le temps. Les plus petites propriétés furent abandonnées ou acquises par ces sociétés fructueuses et ainsi absorbées. Mais leur temps allait également venir. J’ai constitué les tableaux en annexe 1 à partir de différentes sources. Cela n’a pas été facile à cause du nombre de limité de visualisations de pages. Si vous regardez les liens, vous verrez de quoi je veux parler.

Bonne Intention (Demerara)

Histoire

Détail de carte datant de 1783 [210]
Source: www.Gahetna.nl
On mentionne une veuve Changuion comme propriétaire de la plantation No. 48 La Bonne Intention sur une carte datant de 1798. On mentionne aussi cette femme dans un livre de 1888. Mais ce ne sont pas les premières références. [122] [123] [125] Sur une autre carte de 1786, un certain F. Changuion (François Changuion) est repris comme propriétaire de la plantation No. 27 sur la côte est du fleuve Demerara. Cette plantation est probablement celle qui appartenait à la veuve Changuion en 1798. L’emplacement des plantations sur les cartes de 1786 et 1798 est presque identique. [126] [127]



Détail d’une carte datant de 1784 [207]
Source: www.Gahetna.nl
Ce François (Daniel) Changuion fut pendant un temps le commandeur par intérim de la colonie du Demerara en 1771. [203] [204] D’après moi la plantation La Bonne Intention remonte à cet homme. Une carte de 1784 mentionnait F. Changuion comme propriétaire du lot 27 sur la côte est de la colonie du Demerara. La plantation La Bonne Intention a dû être établie entre 1759 et 1784. Pourquoi 1759 ? Parce qu’il n’y avait aucune plantation sur la côte Est sur une carte de cette année-là. Une autre carte de 1783 donne plus tard une vue détaillée de la plantation La Bonne Intention. [210]

 



Détail d’une carte datant de 1786 [127]
Source: http://dpc.uba.uva.nl
Au moment de l’émancipation (1834-38) la plantation La Bonne Intention appartenait à Charles Anthony Ferdinand Bentinck et Henry John William Bentinck. [166] Le 26 janvier 1848, Alex M. Laren acheta cette plantation pour 30,200 $ Guyanais. En 1860 elle appartenait à A. McLaren et un certain PM Watson. [153] Dans une entrevue datant du 14 Septembre 1870, un Mr Russell déclarait qu’il était copropriétaire de la plantation. [169] Une source de 1882 (Timehri) dresse une liste explicite de données (et de marks) des plantations La Bonne Intention (LBI) et Beterverwagting (BVW) pour cette année. Les deux plantations appartenaient à Mr William Russell et la production de rhum s’élevait à 80.238 gallons (environ 304 000 Litres) à 43,2% overproof. [377] Ce William Russell acheta la plantation Tuschen De Vrienden en 1863. William Russel fut fait chevalier avant sa mort en Mars 1888. [162] Ce William Russell est cité par une autre source en 1882 conjointement aux héritiers de Josiah Booker (Junior) et John McConnell comme propriétaire de la plantation La Bonne Intention. [163]


Section de carte détaillée datant de 1792 [209]
Source: www.Gahetna.nl
Dans le manuel de la Guyane Britannique de 1909, la société « Plantation La Bonne Intention Limited » est reprise comme propriétaire de cette plantation. [378] Le 28 Octobre 1916, La plantation La Bonne Intention change de propriétaire et appartient alors à un syndicat local. [379]


A partir de 1923 la plantation La Bonne Intention d’apparait plus directement dans les registres, mais se cache derière l’étiquette « Ressouvenir Estates ». La « The Success and Le Ressouvenir Company Limited » qui apparait dans le manuel de la Guyane Britannique dès 1909 a fusionné avec la plantation La Bonne Intention entre 1916 et 1923. Par conséquent elle appartenait à la Booker Brothers McConnell & Company Limited en 1923. La plantation Success sur la côte avait été achetée en 1902 à la Colonial Company Limited qui avait été liquidée en 1901. Son successeur, la New Colonial Company, ne possédait plus cette plantation. Bookers fusionna d’abord Success (EC Demerara) et La Ressouvenir puis entre 1916 et 1923 La Bonne intention fut ajoutée aux « Ressouvenir Estates ».
  
Une nouvelle usine fut construite et mise en marche sur les terres du domaine en 1959. L’ancienne usine ferma la même année. [380] La propriété fut confiée en 1976 à la Guyana Sugar Corporation lors de la nationalisation. L’usine La Bonne Intention a été finalement fermée en 2011. On prend désormais en charge la canne à sucre provenant du domaine à l’usine d’Enmore. [381]

La distillerie La Bonne Intention

Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl
En 1798 on plantait exclusivement du coton sur la plantation La Bonne Intention. Vers 1833 il n’y avait plus que de la canne à sucre. Le changement a probablement eu lieu quelque part entre 1798 et 1833. [7] Et effectivement, une source de 1851 ne compte que du sucre (600,000 lb, environ 272 tonnes) pour la récolte de 1829. En 1835 il y avait en plus du sucre, (538,657 lb, environ 244 tonnes) du café (3000 lb, environ 1360 kg) repris dans les documents de la récolte, mais il disparut sans laisser de traces les années suivantes. [222] Il est ainsi fort probable que la production de rhum commençât au 19è siècle. La plantation La Bonne Intention représentait la colonie de Guyane Britannique dans la catégorie rhum avec quelques concurrents à l’exposition universelle de Calcutta de 1883/84. [226] 

Détail d’une carte datant de 1798 [122]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/
En 1954 la distillerie La Bonne Intention produisait 89 883 gallons de rhum (environ 340.000 litres). D’après une autre source on y produisait encore 139.790 gallons (environ 529.000 litres) en 1959. Il manque par contre les chiffres de 1960. [4] A partir de 1963 la distillerie n’était plus reprise dans les rapports. [2] [3] Cela donne l’impression que la distillerie La Bonne Intention a disparu en 1960. Que s’est-il passé ? Je citerai une source :

 
« Le volume de production de la distillerie Uitvlugt de Guyana Distilleries avait triplé depuis sa construction par Bookers en 1960. Dans un projet de rationalisation elle avait récupéré le débit de quatre distilleries mises au rebut en 1969. » [159]
 
La distillerie Uitvlugt, construite ou modernisée par Bookers en 1960, récupéra la production de quatre distilleries de rhum mises au rebut en 1969. J’interprète donc ce texte. Ce n’est pas une coïncidence si dès 1960 beaucoup de distilleries avaient disparu avec Bookers. Mais j’aimerais rappeler qu’en 1966 Booker dut vendre sa propriété au nouveau gouvernement Guyanais. Booker n’avait plus le contrôle total de cette distillerie. La première victime de ladite rationalisation fut la distillerie La Bonne Intention. La dernière année active de la distillerie fut 1959.


Détail d’une carte datant de 1823 [185] [186]
Source: http://en.wikipedia.org
Ce n’était pas par hasard si on avait prévu la mise en service d’une nouvelle usine sucrière cette année-là. Cette nouvelle usine centrale devait prendre en charge la cane des domaines La Bonne Intention, Houston et Ogle. L’usine d’Ogle a été fermée fin 1958. [380] Cette nouvelle usine sur le domaine La Bonne Intention ne comportait plus de distillerie. Après la modernisation d’Uitvlugt en 1960 le matériel utilisable fut transféré à la distillerie Uitvlugt. Le reste fut mis au rebut.
 

La mark de la plantation et distillerie est reprise comme étant L.B.I. par beaucoup d’auteurs. En fait, cette marque est en rapport avec le domaine La Bonne Intention. [27] Elle figure également sur une bouteille de Velier. On ne peut que spéculer sur fait qu’un alambic de la distillerie La Bonne Intention ait survécu. Je possède une bouteille de l’ère post-La Bonne Intention datant de 1998. On dit sur l’étiquette que son origine est une colonne continue. Mais il peut s’agir de n’importe quelle colonne continue chez DDL, à part peut-être celle d’Enmore et les deux colonnes Savalle d’Uitvlugt. Je n’ai aucune suggestion.

Mark de La Bonne Intention: LBI


Création: Entre 1759 et 1873

Fondateur: François (Daniel) Changuion

Emplacement: Sur la côte est du Demerara, entre le fleuve Demerara et la rivière Mahaica.

Statut: Distillerie fermée en 1959 ; Sucrerie fermée en 2011.

Alambics: Inconnus. Probablement détruits.






Skeldon (Berbice)

Histoire

Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl
William Ross (1787 -1840) était le fils d’Hugh Ross III of Kerse and Skeldon (Ayrshire). En 1804 le jeune homme de 17 ans arriva à Berbice. William Ross reçut, en tant que propriétaire de la plantation Skeldon, £ 17,295 comme compensation pour la libération de 326 esclaves en 1834. Le nom Skeldon a des racines Ecossaises. Il était marié à Helen Elizabeth Ross Drummond. [128] [129] On retrouve son nom dans une liste de colons de Guyane Britannique. [130] La côte est de Berbice n’était seulement propice aux plantations que jusqu’à la rivière Devils en 1799. [182] La côte du Corentyne a dû s’étaler depuis le fleuve (frontière du Suriname) entre 1799 et 1802. Sur une carte de 1802 il n’y a ni propriétaires ni cultivations mentionnées sur les lots de la rive ouest du fleuve Corentyne. Il semble donc qu’il n’y ait pas eu de plantation du nom de Skeldon avant 1802. [219] [220] La plantation Skeldon a dû être établie par William Ross entre 1802 et 1834.


Détail d’une carte datant de 1802 [219] [220]
Source: www.Gahetna.nl  & www.Gahetna.nl
La mark de Skeldon S.W.R. vient apparemment des initiales de « Sir William Russell ». Elle était utilisée pour identifier le domaine sucrier. [24] Je n’ai pas trouvé plus de connections entre Sir William Russell et la plantation Skeldon. Après la mort de son mari Helen Elizabeth Ross Drummond (1811 - 1863) épousa William Charles Metcalfe en 1846 et prit son nom. [404] La plantation Skeldon appartenait toujours à Mme Ross d’après une source en 1860 (sous le nom de Mme Metcalfe). [384] 




Skeldon sur la rive gauche [193]
Source:  www.rootsweb.ancestry.com
D’après une source en 1882 les héritiers de William Ross possèdent toujours la plantation Skeldon. Malheureusement aucun nom n’est mentionné explicitement. [382] Le manuel de Guyane Britannique de 1909 désigne "The Trustees of John McConnell deceased" (Les administrateurs du défunt John McConnell) comme propriétaires. Ces administrateurs sont les deux fils de John McConnell qui ont rassemblé les trois sociétés pour créer Booker Bros., McConnell & Company Limited en 1900. [378] Une autre source rapporte que durant sa vie Mr John McConnell a acquis la plantation Skeldon. Cela signifie que la plantation entra en la possession du groupe Booker (non encore fusionné) entre 1882 et 1890 alors que John McConnell est mort en 1890 et que le changement de propriétaire a eu lieu durant cette période. [405]

Le domaine Skeldon resta sous contrôle de Bookers Demerara Sugar Estates Limited jusqu’à sa vente forcée au gouvernement. Le domaine Skeldon appartient aujourd’hui à la Guyana Sugar Corporation (Guysuco) et on y cultive toujours la canne à sucre. En 2009, une nouvelle usine sucrière a été construite à Skeldon et était opérationnelle la même année. L’ancienne usine a fermé.
 
La distillerie Skeldon

© E.H.
Depuis quand la canne à sucre est-elle cultivée sur la plantation Skeldon? Je cite une source en rapport avec les plantations côtières de Berbice : « Le coton pousse mieux sur les domaines côtiers, et c’est d’ailleurs sur ceux-ci qu’il est principalement cultivé » [183] Cela concorde avec l’état des plantations proposés sur la carte de 1802. La couleur suggère la plantation de coton sur toute la zone. Mais on ne recensa pas les propriétaires ni les cultivations au moment de dessiner la carte. Donc théoriquement la cultivation du sucre aurait été possible en 1802. [219] [220]

Si l’on se fie à un rapport de 1847, le changement de culture s’est opéré entre le 1er Janvier 1838 et le 31 Décembre 1845. Skeldon est toujours recensée comme plantation de coton au premier Janvier 1838. La mention supplémentaire « Convertie en sucre » de l’année 1845 indique que la cultivation avait changé avant le 31 Décembre. [172] La première apparition publique de la plantation Skeldon sur le marché du rhum eut lieu à l’exposition universelle de Chicago en 1893. [179] La première distillation de rhum eut probablement lieu bien plus tôt, mais certainement pas avant le 1er Janvier 1838.

© E.H.
La distillerie Skeldon a produit jusqu’en 1960. 66,070 gallons (environ 250 000 litres) de rhum ont été comptabilisés cette année-là. C’est très peu comparé à l’année précédente avec 147,531 gallons de rhum (environ 558 000 litres). [4] La raison est simple mais donne à réfléchir. La distillerie fut fermée avant la fin de l’année 1960. Il existe une note à ce propos. [6] Les chiffres de production du tableau 4 offrent une autre bonne référence. Il n’y a plus de traces de la distillerie Skeldon après 1961. Cependant la production de sucre se maintint. Une autre distillerie avait disparu. Ce n’est pas une coincidence si le groupe Booker a amélioré la distillerie Uitvlugt en 1960 avant de détruire la distillerie Skeldon dans l’usine sucrière. Après la distillerie La Bonne Intention, la distillerie Skeldon fut la deuxième victime de la modernisation initiée par Bookers en 1960. Deux autres distilleries allaient suivre.

Deux embouteillages de Velier de 1973 et 1978 indiquent une colonne Coffey comme origine du rhum. Je ne sais pas du tout quelle colonne Coffey se retrouva à la distillerie Uitvlugt. Comme mentionné plus haut la distillerie Skeldon était détruite en 1960. Les deux rhums viennent de l’ère post-distillerie Skeldon et il est impossible que ces rhums proviennent de Skeldon même. Mais j’ai bien peur qu’aucun alambic de cette distillerie n’ait survécu. 


L’ancienne usine sucrière de Skeldon
Source: pmtcalumni.org


Création: Entre 1802 et 1834

Fondateur: William Ross

Emplacement: Sur la côte de Corentyne, près de la frontière du Suriname. Précisément sur la rive ouest de l’estuaire du fleuve Corentyne.

Statut: Distillerie fermée en 1960 ; Nouvelle usine sucrière active depuis 2009.

Alambics: Sans doute détruits.





Blairmont (Berbice)


Détail d’une carte de 1780 (1771) [187]
Source: http://en.wikipedia.org/
Histoire

Lambert Blair (1767 – 1815) était un propriétaire de plantation et un marchand Irlandais qui gagna beaucoup d’argent avec la traite des esclaves et qui possédait 7 plantations à Berbice en 1799. Parmi 6 autres plantations (lots) sur les rives du fleuve Berbice, seulement identifiées par des numéros, il y avait « Utile & Paisible ». D’après une source il s’agissait des lots 17, 18, 19, 20, 37 et 38. Lambert Blair reçut une compensation de £83,530 pour ses 1598 esclaves durant l’émancipation de 1834. [131] La plantation ne reçut probablement son nom qu’en 1799. Un site internet rapporte que la carte de 1780, qui apparait également dans cet article, date en fait de 1771. Cela impliquerait que l’éventuelle plantation Blairmont existait déjà en tant que lot en 1771. [206]



Détail d’une carte datant de 1802 [219] [220]
Source: www.Gahetna.nl  & www.Gahetna.nl
Sur une carte d’Octobre 1798 on ne retrouve ni le nom Blairmount/Blairmont ni Lambert Blair parmi les lots 3 à 10 en face de New Amsterdam. A la place, cette carte confirme la possession d’Utile & Paisible (Lot 18 sur la rive occidentale). Sur cette carte les lots anonymes 3, 5, 17, 18, 19 et 37 de la rive ouest de Berbice citent Blair ou « & » à la suite, ce qui signifie « idem que la plantation précédente ». [212] Les plantations en possession de la Dutch West India Company sont estampillées « Compy: ». Je ne sais pas exactement à quelle base se réfère la source précédemment citée. 




Détail d’une carte datant de 1802 [219] [220]
Source: www.Gahetna.nl  & www.Gahetna.nl
Les choses ont changé sur une carte de 1802. Les lots 3 et 5 n’appartiennent plus à Lambert mais le lot 20 est maintenant en sa possession et les noms des plantations sont finalement déclarés : Bath (Lot 16), Catharina's Rust (Lot 17), Naarstigheid (Lot 18), Onderneemig (Lot 19) et Jacoba Wihelmina (Lot 37). Le nom de la plantation Bath devrait rappeler quelque chose à certains lecteurs. [213] [214] [219] [220] Lambert Blair possédait également quelques plantations sur la côte de Corentyne dans l’Est de Berbice. (Lot 42 et 43) n’avaient pas encore été cultivés en 1802. Aucunes plantations ou noms de plantations ne sont mentionnés ici. [219] [220]


Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl
Lambert Blair fut le fondateur de la plantation Blairmont, qui fut à l’origine appelée « Blair Mount ». La source de l’auteur est/était „Rev. James Williams' "Dutch Plantations in the Berbice and Canje Rivers" [34]. En 1834 la plantation Blairmont appartenait à un homme appelé James Blair. C’était le neveu et successeur de Lambert Blair. James Blair (1788-1841) devint plus tard membre du parlement et représentait les intérêts des planteurs. [15] [164] [165] Un certain H.S. Blair (Plantation Blairmont) est cité comme représentant à l’exposition universelle de Paris en 1867. Il apporta des rhums, ambrés et non-colorés.



Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source:  www.Gahetna.nl

Cet H.S. Blair, dont le nom complet était William Henry Stopford Blair, était le beau-frère et le successeur de James Blair. Sa sœur était Elizabeth Catherine, la plus jeune fille du Lieutenant-Général l’honorable Edward Stopford, qu’épousa James Blair en 1815. Vous vous demandez sans doute pourquoi cet homme avait pris le nom de Blair : il prit le nom de son beau-frère. [176] En 1862 Stopford Blair gagna une médaille à l’exposition universelle dans la catégorie des rhums avec l’appréciation « Savoureux, plein de caractère ». [177] William Henry Stopford Blair décédai en Septembre 1868 peu après l’exposition universelle de Paris. 
 


Blairmont, Albion & Port Mourant [192]
Source: www.rootsweb.ancestry.com
Le propriétaire de la plantation changea en 1882. La plantation appartenait cette année-là à un certain H.K. Davson. [382] Il s’agissait de Sir Henry Katz Davson. Sir Henry Katz Davson vécut de 1830 à 1909. [383] Sa société, the Messrs. Henry K. Davson and Company, était basée à Londres et était liée à la société Davson & Company Limited à Berbice. [168] D’après le manuel de la Guyane Britannique de 1909, la plantation appartenait à "The Blairmont Sugar Plantation Company, Limited", qui était un sous-traitant de S. Davson & Company Limited. En 1909 la plantation voisine Bath était désignée comme propriété de la S. Davson & Company Limited. [378] L’ancienne plantation Providence sur la rive Est du fleuve Berbice faisait déjà partie du domaine Blairmont cette année-là. Plus tard la plantation Bath fut ajoutée au domaine et l’usine sucrière locale fut fermée.

En 1955, on annonça une collaboration étroite entre S. Davson & Co Ltd et les sous-traitant Bookers Sugar Estates Limited. [114] Cela ne signifiait rien de moins que l’entrée du domaine Blairmont en possession du groupe Booker. Il y resta jusqu’à la nationalisation de tous les domaines et usines en 1976. La Guysuco exploite toujours le domaine blairmont à ce jour.


La distillerie Blairmont

© E.H.
Les quelques plantations de New Amsterdam sur la rive Ouest du fleuve Berbice plantaient exclusivement du café selon une ancienne carte de la colonie de Berbice de 1802. [171] La première plantation documentée de canne à sucre sur la plantation Blairmont est mentionnée dans un rapport daté du premier Janvier 1838. [172] Donc le changement de cultivation s’est probablement effectué entre 1802 et 1838. La première production de rhum comptabilisée remonte à la récompense de William Henry Stopford Blair en 1862. Peut-être qu’il y a de plus vieilles références mais c’est la plus ancienne que j’ai trouvé.

La distillerie Blairmont produisait encore du rhum en 1960. On dispose d’un chiffre de 272,699 gallons de rhum (plus d’un million de litres). A partir de 1963 la distillerie n’apparait plus dans le rapport. [2] [3] [4] Les chiffres de production de 1963 ne figurent pas non plus dans les autres registres. La distillerie Blairmont a vraisemblablement fermé en 1962. [41] Dans le contexte de rationalisation la distillerie fut mise hors service et le matériel transporté à l’usine principale du groupe Booker située à Uitvlugt. La plantation Blairmont présenta deux variantes de rhums à l’exposition universelle de Paris (blanc / ambré) en 1867. Donc Blairmont aussi a pratiqué la tradition de coloration du rhum.

© E.H.
La mark de la plantation/distillerie Blairmont est connue comme B. par plusieurs auteurs. Broom a écrit dans son livre « Rum » à la page 82: «…et Blairmont B dans un diamant». Si l’on regarde l’étiquette du Blairmont 1991 Full Proof Old Demerara de Velier, les crochets <> rappellent un diamant. Ces rhums plus récents d’après 1963 proviennent selon l’étiquette d’une colonne Savalle. Mais les deux Savalle Françaises proviennent sans doute de la distillerie Uitvlugt. Cela signifie-t-il que les deux colonnes proviennent à l’origine d’Uitvlugt? Ou que l’une d’elles est la colonne originale de Blairmont qui aurait été transférée à Uitvlugt en 1962? Une théorie intéressante. Mais je ne dispose d’aucune preuve et j’ignore l’âge des deux colonnes Savalle. Il est également plausible qu’aucun alambic de Blairmont n’ait survécu à sa fermeture. Il y a également une autre théorie: une colonne en bois bien plus ancienne pourrait avoir été détruite à la fermeture de la distillerie Blairmont et avoir été remplacée par une des colonnes Savalle à Uitvlugt. C’est théoriquement possible car beaucoup de colonnes étaient construites en bois local au début du 20è siècle. Par contre le moment auquel on a changé pour des colonnes nouvelles et modernes est difficile à établir. 




L’usine sucrière Blairmont
Source: www.internationalsteam.co.uk
Création: entre 1802 et 1834

Fondateur: Lambert Blair

Emplacement: Sur la rive Ouest du fleuve Berbice, en face de New Amsterdam.

Statut: Fermée en 1962

Alambics: La colonne Savalle Française a été soit détruite soit transférée à Uitvlugt puis à Diamond DDL. Il est possible qu’un alambic en bois plus ancien ait existé mais ne soit pas parvenu jusqu’à Diamond.



Albion (Berbice)


Histoire


Carte de Berbice. Environ 1720 [188]
Source: http://en.wikipedia.org/ 
Sur une carte datant d’environ 1720 il n’y a aucune plantation sur les côtes de la colonie de Berbice. [121] Toutefois, il y a quelques plantations le long de la côte Ouest de Corentyne sur une autre carte datant de 1802. Mais je n’ai trouvé aucun document où figureraient les noms des lots de cette carte. [171] Au départ seules les régions long du fleuve Berbice étaient dotées de plantations. D’après deux sources différentes, les premières plantations de la côte de Berbice furent établies en 1791 ou en 1796. [182] [205] Une des deux sources rapporte que toutes les plantations de la côte Est à la rivière Devil étaient déjà établies en 1799. La côte ne fut complètement couverte de lots qu’en 1802.

Sur une autre carte de 1802 on trouve les noms des propriétaires des lots sur la côte de Corentyne à l’Est de Berbice. Deux de ces noms sont intéressants. Il s’agit d’Innes (Lot 5) et Ross (Lot 5). [219] [220] Le nom Ross vient de John Ross. John Ross est mentionné comme propriétaire de la plantation Nigg dans le numéro 16885 de la London Gazette. Ce numéro date du 16 Février 1814. [214] Le nom Innes vient de William Innes. William Innes et John Bond reçurent 10.725 £ du gouvernement Britannique en compensation de la libération de 225 esclaves de la plantation Albion. [120] Quel était le rapport entre la plantation Nigg et la plantation Albion?

Détail d’une carte datant de 1802 [219] [220]
Source:  www.Gahetna.nl  & www.Gahetna.nl

Les deux plantations furent vendues pour 1000 $ le 7 Juin 1847. Les lots des plantations sont également repris. D’après cette source la plantation Albion comprenait le lot 5 et Nigg le lot 6. [215] Cela coïncide avec les noms des propriétaires sur la carte de 1802. Bien qu’aucune plantation ne fût mentionnée la plantation Albion existait déjà en tant que lot vers 1802 [219] [220]

Le domaine Albion apparait également dans une lettre d’Henry Light à Lord John Russell. Henry Light y écrit que le domaine Albion commençait la production de sucre le mois suivant. La lettre date du 15 Septembre 1840. [1] Je comprends donc qu’Henry Light parlait de la première production de sucre du domaine Albion. D’après la carte de 1802 toutes les plantations côtières cultivaient exclusivement du coton ou étaient prévues pour cela. En 1802 il n’y avait aucune plantation de sucre sur la côte Est de Corentyne. [171]

Cela ne changea pas avant le 1er Janvier 1838. D’après un rapport la plantation plantait toujours du coton à cette date. La période entre le 1er Janvier 1838 et le 31 Décembre 1846 est annotée de « Convertie en sucre ». Le changement de cultivation a dû avoir eu lieu pendant ce temps-là. Cela correspond avec la lettre mentionnée plus haut, car elle a été écrite entre 1838 et 1846. [172]

En 1860 la plantation Albion appartenait à la société Cavan Brothers and Company. [384] Elle resta en leur possession jusqu’en 1865. Cette année-là la Colonial Company Limited fut créée. Cette société privée acheta les plantations et les propriétés des sociétés Messrs Cavan, Lubbock & Co. (Anicennement Cavan Brothers & Co.) et Wm. Burnley Hume & Company. Elles étaient situées au Demerara, Berbice, Trinidad et Barbade. [385] La Colonial Company Limited fut liquidée en 1901 et Albion fut transférée à la New Colonial Company Limited. [386] Cette société ne vécut que jusqu’en 1913. Elle fut liquidée cette année-là. [387] Albion arriva alors dans les mains de la société Curtis, Campbell & Company Limited. En conséquence de la fusion de Messrs. Curtis Campbell & Co. et Booker Bros., McConnell & Company Limited le 20 Octobre 1939 le domaine Albion entra en possession du groupe Booker. [113] [115] Le domaine sucrier est toujours en exploitation de production de canne à sucre par GuySuCo.

La distillerie Albion


Mark d’Albion AW (Alambic Enmore)
En 1966 la production vérifiable de rhum à la distillerie Albion était de 370,622 gallons (environ 1 million 400.000 litres) [2] D’après Dave Broom il n’y avait plus que trois distilleries en 1971 et Albion n’en faisait plus partie. Cela signifie que la distillerie Albion fut dissoute quelque part entre 1967 et 1969. Comme mentionné plus haut la distillerie Uitvlugt récupéra la capacité de quatre distilleries détruites entre 1967 et 1969. Trois autres distilleries ont déjà été victimes du changement. Albion est donc la quatrième et dernière distillerie qui fut probablement détruite durant cette période. Cela nous ramène à la fameuse période de 1967-1969. Pourquoi 1969? Parce que cette année est explicitement mentionnée comme la fin de la rationalisation en rapport avec la distillerie Uitvlugt. Je pense donc qu’il s’agit de la dernière année d’activité de la distillerie Albion.

Tout ce que je peux enfin dire quelque chose de tangible. Ingvar Thomsen, un journaliste danois, mené en 2005 par une entrevue avec Yesu Persaud. Voici les informations de M. Persaud que Albion était déjà fermé en Janvier 1968. 1969 Albion a été depuis si longtemps fermé. [464]


Les marks suivantes sont en rapport avec Albion: A.N. et A.W.. Velier appose la mark A.W. sur l’étiquette de l’Albion 1986 Full Proof Old Demerara 25 YO et une donne comme origine une colonne en bois (sur la boite). La mark de l’Albion 1994 Full Proof Old Demerara 17YO de Velier est A.N. et donne également comme origine une colonne en bois. L’embouteillage Velier 1983 Full Proof Old Demerara 25 YO comporte aussi la mark A.N. et spécifie une colonne en bois. Malheureusement je ne connais pas la mark de l’ Albion 1989 Full Proof Demerara de Velier mais une colonne en bois figure également sur l’étiquette. Toutefois tous ces rhums sont de l’ère post-Albion après 1969.


La mark AN viendrait de la fusion entre les plantation Albion et Nigg. Ils étaient directement voisins. Une source de 1841 liste également un domaine sucrier du nom d’Albion and Nigg. [196] Une autre source de 1851 leur donne les numéros de lots 5 et 6 sur la côte de Corentyne. [197] Donc ce style était distillé en Colonne Coffey en bois. D’après le tableau créé par la Brand Ambassador de DDL Stefanie Holt, le style de rhum A.N. est aujourd’hui distillé par la Savalle Française. Y a-t ’il eut changement? On dirait bien.



Une rumeur dit que l’alambic Port Mourant entrait dans la création de la mark A.W.. D’après Luca Gargano, le double Vat still ne fut pas transféré à Uitvlugt après la fermeture de la distillerie Port Mourant. Il fut d’abord amené à la distillerie Albion et y a passé une période d’une durée inconnue. Mais quand le double vat still a-t’ il quitté Albion? On peut supposer que l’alambic a quitté Albion à sa fermeture en 1969. Mais pourquoi alors Caddenhead a-t’ il sorti un embouteillage de 36 ans d’âge du nom d’Uitvlugt avec la mark P.M. sur l’étiquette? Sur l’étiquette on donne également un pot still comme origine du millésime 1964 (1964 – 2001). Albion existait au moins jusqu’en 1967. Alors comment est-ce possible?

J’ai trouvé quelque chose de très intéressant qui pourrait donner un peu de clarté à ce puzzle. J’ai trouvé une sorte de CV d’un certain Harold Birkett. Que vient faire cet homme-là dans l’histoire? Dans son parcours professionnel, cette ligne mérite d’être lue:

« Distillerie Albion, Albion, Guyana (1965 – 1967)

Manager – Fermentation, distillation, vieillissement, assemblage, stockage pour 10.000 litres/jour de rhum dans une unité pot still et 6000 litres/jour dans une unité colonne. » [224]

Le domaine Albion dans les années 1920
Source: chs-jccss.org
Il ne restait que deux distilleries possédant un pot ou vat still en 1947. On compte Versailles qui existait jusqu’en 1965. Donc le deuxième pot still doit être l’alambic Port Mourant. Heureusement les données de production du double vat still ont été enregistrées. Diffordsguide a indiqué une capacité de production de 3000 gallons (environ 11 356 litres) pour le premier vat still et 2000 gallons (environ 7570 litres) pour le second. 10 000 litres donnent 2641,72 gallons US ou 2199,69 gallons (impériaux) Britanniques. Malheureusement je ne sais pas combien on peut distiller de rhum avec 3000 gallons de « wash » mais ces chiffres de production confirment ma suspicion que l’alambic Port Mourant se trouvait à Albion. [224] [225] 

La modernité du domaine Albion
Source: chs-jccss.org
Alors comment est-il possible que Caddenhead embouteille le millésime 1964 avec la mark P.M.? Il est possible qu’il n’y ait pas que l’alambic Port Mourant qui ait été transféré à Uitvlugt. Quelques futs pleins de rhum ont aussi pu déménager avec l’alambic. Ce rhum cependant ne doit pas avoir passé tout son temps sous le climat temperé de la Grande Bretagne. Malheureusement, ce rhum est épuisé depuis longtemps. Ainsi ces suppositions ne pourront jamais être vérifiées. Je pense que l’on peut raisonnablement penser que l’alambic Port Mourant est allé à Uitvlugt à la fermeture de la distillerie Albion. Luca Gargano avait raison.

Cependant, un embouteillage de Velier du nom d’Albion du millésime 1986 mentionne comme origine une colonne en bois. Ce ne signifie pas nécessairement grand-chose car une mark fait référence à un style spécifique de rhum et ces styles ne sont pas forcément en rapport avec un alambic spécifique. Le style de la mark A.W. peut en réalité venir de l’alambic Port Mourant et avoir plus tard été distillé dans l’alambic Coffey Enmore. Une source de 1908 fait référence à l’ancienne distillerie Diamond et déclare que leur ancienne colonne Coffey produisait presque le même rhum que celui produit par leur vat still. Comme je l’ai déjà écrit, la distillerie Diamond a possédé un vat still. [86] Je pense donc que cette théorie est assez possible.

© E.H.
Je doute fortement qu’un alambic original de l’ancienne distillerie Albion ait survécu. Il y a des preuves que le premier rhum sortant de la distillerie Albion était distillé en colonne Coffey en bois. Mais le seul alambic Coffey en bois listé par DDL est l’alambic Enmore. Je pense que l’on peut raisonnablement présumer que l’alambic Coffey Enmore pouvait copier les styles d’Albion et qu’ainsi l’alambic Coffey fut détruit. Que cela ait eu lieu à la fermeture d’Albion ou pendant les prémices d’Enmore n’a pas d’importance car cet alambic n’existe plus de toute façon.

Pourquoi suis-je aussi sûr de la présence d’une colonne Coffey en bois à Albion? Regardons de nouveau les chiffres. La colonne mentionnée dans les activités de Mr Harold Birkett produisait 6000 litres de rhum par jour. [20] J’aimerais alors citer une autre source de 1983, qui indique aussi une chose vraiment intéressante: « La colonne versatile John Dore-Tri Canada peut traiter le wash au rythme de 250 gallons (environ 946 litres) d’alcool par heure, en remplacement d’une colonne Coffey en bois qui donne 120 gallons (environ 454 litres) par heure. » [20] Donc une colonne Coffey était capable de produire environ 120 gallons de rhum par heure. Ce qui donnerait 1440 gallons de rhum en une journée de travail de 12 heures. Si l’on suppose qu’il s’agit de gallons US, le résultat serait d’environ 5450,99 litres, ou si l’on considère qu’il s’agit de gallons (impériaux) Britanniques 6546,37 litres. Cela correspond à peu près. Toutefois, je ne connais pas la durée d’une journée de travail à cette époque. Bien sûr toutes les colonnes Coffey en bois n’étaient pas identiques et je crois que le résultat variait un peu d’un alambic à l’autre. Mais je ne crois pas qu’il variait énormément. Je peux donc raisonnablement penser qu’il y avait une colonne Coffey en bois à Albion au moment où Harold Birkett y travaillait. Mais cet alambic a été mis au rebut et n’existe plus.

© E.H.


Création: entre 1802 et 1803


Fondateur: William Innes


Emplacement: Le domaine est situé à l’Ouest du village de Rose Hall (actuellement une ville d’à peu près 8000 habitants) sur la côte est du fleuve Berbice. Plus précisément sur la côte Corentyne, à l’Ouest de l’ancien domaine Port Mourant.


Statut: La distillerie Albion a fermé en Janvier 1968.

Alambics: La colonne Coffey en bois originale a été détruite.




Versailles (Demerara)


Histoire

Détail d’une carte datant de 1759 [132]
Source: http://dpc.uba.uva.nl
Pour ce domaine, retournons au 18è siècle. La plantation Versailles était située juste au Nord de la plantation La Grange sur une carte de 1798. Cette plantation s’appelait Des Granges en 1759. Les plantations sur la rive Ouest du fleuve Demerara portant les numéros 2, 3 et 4 en 1759 furent finalement divisées et réparties sur les plantations Meer Zorgen, Schoon Oord, 't Goed Fortuin, Versailles et Klein Poederoyen sur la carte de 1798. Sur cette carte de 1759 figure le nom L’Amirault. Il était un collaborateur de l’ancienne plantation Jerusalem sur la rive Est du fleuve Demerara. [132] [122]

On mentionne la plantation Versailles pour la première fois sur deux cartes de 1776. Le propriétaire était un certain Pierre L’Amirault. Elle a probablement changé de propriétaire plus tard. Sur des cartes de 1783 et 1784, un certain Cornette est repris comme propriétaire. Puis un autre changement eut lieu. P. Lamirault est repris une nouvelle fois comme propriétaire du lot 6 en 1786. Et cela jusqu’en 1798. Ensuite L. Lamirault est reprise comme propriétaire de la plantation Versailles (Lot 8). Son nom complet est Jeanne Marie Luisa Lamirault. [217] [218] [122]

Détail d’une carte de 1783 [211]
Source: http://www.gahetna.nl
Cette Jeane Marie Luisa Lamirault est listée dans le registre des colons de la Guyane britannique. [133] La Plantation Versailles est finalement mise en vente en 1816 par Marie Jeane Luisa Lamirault. Elle était la veuve de FC DeCornette. [134] Soit elle a épousé FC DeCornette après la mort de Pierre L'Amirault (son 1er mari) et conservé son ancien nom, soit elle était la fille de Pierre L'Amirault et avait épousé cet homme. A ce jour je ne sais malheureusement pas quelle version est la bonne.

Plus tard le domaine Versailles entra en possession de Pln Versailles & Schoon Ord Ltd. Cela entraina une fusion avec la plantation Schoon Ord & Meerzorg en 1831. [23] La plantation Schoon Ord était située un peu plus au Sud, non loin de la plantation Versailles. [53] La prononciation de Versailles et Schoon Ord est expliquée dans une note en bas de page : Ver-sales et Skoon-Ord. [35] La plantation Goed Fortuin se trouvait au milieu des plantations Versailles et Schoon Ord. [45]

Détail d’une carte datant de 1786 [127]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/ 
Au moment de l’émancipation un certain Francis De Ridder comptait 351 esclaves sur la plantation Versailles en 1832. Ce gentilhomme pourrait avoir acheté la plantation directement à Mme Jeanne Marie Luisa Lamirault en 1816. [409] Plus tard, la plantation Versailles entra en possession d’un certain John Croal (1789-1853). [410] A sa mort il laissa non seulement la plantation Versailles mais aussi les plantations Palmyra et Malgré Tout. [411] Pendant ce temps la plantation Versailles devenait la propriété de la société Thomas Daniel & Company. En 1882, les héritiers de Thomas Daniel étaient toujours propriétaires de la plantation Versailles ainsi que de la plantation Château Margo. [382] Une source de 1985 mentionne le domaine de Versailles, composé des anciennes plantations « Malgré tout » et de la moitié Sud de « Klien Poderoyen ». [388] Il y eut probablement fusion entre 1853 et 1882.

Détail d’une carte datant de 1786 [127]
Source: www.Gahetna.nl
La propriété a été achetée en 1896-97 par la société Meers. Wieting and Richter Limited. Cette société monta un syndicat local, mentionné dans le manuel de la Guyane Britannique de 1909. Elle fut appelée la « Versailles Plantation Company Limited ». [389] [378] En 1917, Wieting & Richter étaient toujours propriétaires de la "VERSAILLES Plantation Company Limited". [390] Wieting & Richter possédaient également la plantation Nismes, qui avant 1922 avait fusionné avec Versailles car la même année on parlait de la "Versailles and Nismes Sugar Estate Companies, Ltd". [391] Finalement une source de 1929 relie directement le domaine à Booker Bros., McConnell & Co., Ltd en tant que propriétaire du domaine Versailles en 1929. [393] Le nom se changea en Versailles Estate Limited avant 1934. [113] Vers 1937 la plantation Schoon Ord fusionna avec Versailles et le nouveau nom "Plantation Versailles & Schoon Ord, Estates Limited" en découla. [395] Apparement le nom changea encore et en 1949 la propriété était désignée comme propriété de la "Plantation Versailles & Schoon Ord Limited". [396] 

La Mark V.S.G. mentionnée dans l’article de Sascha sur le domaine de Versailles, pourrait être une combinaison des trois plantations (Versailles, Schoon Ord et Goed Fortuin) car comme nous l’avons vu, la propriété Versailles a absorbé pas mal d’autres plantations. La Mark SXG pourrait aussi venir de la fusion de deux autres plantations (Schoon Ord et Goed Fortuin). Il est clair que la plantation Schoon Ord distillait du rhum car elle a envoyé des échantillons à l’exposition universelle de Paris en 1867. Parmi ceux-ci figuraient du rhum blanc mais aussi une version ambrée. [47] L’usine sucrière de Versailles a fermé en 1978. [10] GuySuCo ne fait plus appel au domaine Versailles aujourd’hui.

La distillerie Versailles


D’après l’ancienne carte de 1798, Versailles ne plantait que du café. [122] [123] Dans une liste d’esclaves rassemblant l’ensemble des domaines sucriers de la Guyane Britannique en 1833, la plantation plantait finalement de la canne à sucre en plus du café. [7] Cela changea durant la période 1838 – 1846. On abandonna finalement le café au profit de la canne à sucre. [172] D’après une autre source, la plantation Versailles produisait déjà plus de sucre (192.850 Lbs = 87.475 kg) que de café (66.340 Lbs = 30 091 kg) en 1829. En 1842 il ne restait que 678 Lbs (=307 kg) de café. On ne mentionne plus de café pour la récolte de 1845. [180]



Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl
On rapporte la construction d’un moulin à sucre sur la plantation Versailles dans un rapport sur les fournitures de bois de 1854. [8] Comme si cela n’était pas important. Mais un moulin implique le traitement de la canne à sucre directement sur la plantation, ce qui en résulte la mélasse pour la production de rhum. La production de rhum commença probablement au 19è siècle. Les deux plantations voisines, Schoon Ord et Versailles représentaient la Guyane Britannique à l’exposition universelle de Chicago en 1893 avec des échantillons de rhum. [179] Schoon Ord, qui fusionna plus tard avec Versailles, apparut bien plus tôt avec ses échantillons dans les foires comme l’exposition universelle de Paris de 1867.

 
Détail d’une carte datant de 1798 [122]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/
La distillerie Versailles était toujours en activité en 1966 et produisait 58,290 gallons de rhum (environ 198.000 Litres) [9] Les chiffres de production de 1967 (3,406,000 gallons = 12.900.000 Litres environ) semblent indiquer que la distillerie Versailles produisait toujours du rhum, si on les compare avec le total de la production des distilleries de 1966 (2,642,076 gallons = environ 10.000.000 de Litres). Il ne s’agit pas d’une preuve car nous ne disposons pas des chiffres de production des cinq autres distilleries. Mais aucune mention de la distillerie n’est faite à partir de 1971. Cela signifie que la distillerie Versailles a disparu entre 1967 et 1971. D’après une interview d’Ingvar Thomsen la distillerie Versailles ne fut fermée qu’en 1978. Cela signifie que la distillerie de rhum fut fermée en même temps que l’usine cette même année. [464] Si l’on regarde de plus près les chiffres de production on remarque que Versailles était Presque toujours le plus petit producteur de rhum. Disposaient-ils uniquement du Vat still simple en bois? On dirait bien. 

Von diesem alt ehrwürdigen Estate stammt die bereits erwähnte Single Wooden Pot Still. Nach dem Verschwinden der Versailles Distillery wurde sie zur Enmore Distillery transferiert. Sie war berühmt für ihre goldenen Rums zur langen Lagerung. [21] Hier gibt es keine Zweifel. Diese Still ist bei Diamond noch aktiv und stammt auch aus Versailles. Laut Diffordsguide wurde die Single Wooden Pot Still / Single Vat Still 2006 erneuert und teilweise mit neuen Holz ausgestattet. [173] 
 
Mark de Versailles VSG

Création: entre 1759 et 1776

Fondateur: Pierre L’Amirault

Emplacement: Le domaine Versailles était situé sur la rive Ouest du fleuve Demerara. Sur le site en face de la capitale Georgetown et au Sud de la ville de Vreed De Hoop (Peace and Hope / Paix et Espoir).

Statut: Distillerie et usine fermées en Novembre 1978.

Alambics: Pot still simple en bois (Vat still simple)





Enmore (Demerara) 


Histoire

Détail d’une carte datant de 1784 [207]
Source: www.gahetna.nl 
On suppose que le domaine Enmore a été établi autour de 1840. C’est ce que déclarent quelques sources. Nous découvrirons assez tôt que ce n’est pas le cas. Thomas Porter (1748-1815) était un courtier Anglais de Tobago qui tenta sa chance en Guyane Britannique avec succès. Il acheta le lot 27 en 1782 sur la côte Est du Demerara pour y cultiver du coton. Il commença avec seulement 20 esclaves. En 1798 Thomas Porter possédait les plantations Hoope (Hope), Paradise et une troisième sans nom, seulement le numéro de lot 24. En 1800 il retourna en Angleterre où il construisit la "Mansion Rockbeare House". Il laissa ses plantations à ses deux fils Henry et Thomas II. [135] [136] [137] 
 

Détail d’une carte datant de 1786 [127]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/ 


La source susmentionnée parlait du lot 27 mais je ne suis pas sûr de la carte à laquelle il se réfère. Un certain Porther est cité comme propriétaire du lot 44 sur la côte Est du Demerara en 1784. Je pense qu’il s’agit de Thomas Porter. [207] Une autre carte de 1792 montre que Thomas Porter possédait déjà deux plantations composées de trois lots. Le lot 24 sans nom et la plantation Haslenton voisine appartiennent à la plantation Hope lot 25 et non loin la plantation Paradise au lot 27. [208] [209]



Détail d’une carte datant de 1792 [209]
Source: www.Gahetna.nl
Le gouvernement Britannique donna à son fils Henry Porter (1791 – 15 Octobre 1858) la somme de £ 35.960 en compensation de ses 569 esclaves de la plantation Enmore durant l’émancipation. [138] La plantation Paradise fut donnée à son frère Thomas II. Il toucha £19.295 pour 385 esclaves de sa plantation en compensation. [139] La plantation Enmore a dû hériter de son nom sous Henry Porter. Ses plantations voisines Porters Hope et Haslenton l’identifient comme la plantation sans nom que possédait Thomas Porter en 1792 (Lot 24). Je suppose donc que la plantation Enmore était peut-être la première plantation de Thomas Porter et fut plus tard cédée à son fils Henry, qui lui donna finalement le fameux nom d’Enmore.



Rhums de la colonne Coffey Enmore ELCR & EHP
Walter Rodney écrivait dans son livre de 1979: « E.H.P. était utilisé comme initiales de Enmore, en mémoire d’E. Henry Porter. » [26] Ainsi, le fondateur présumé d’Enmore serait Edward Henry Porter. Dans un autre livre de 1957 les marks suivantes sont associées à Enmore avec leurs domaines. N.P., K.F.M., E.H.P., M.X.E. et K.F.. [27] Les initiales K.F.M. sont associées à la plantation Lusignan. La plantation Mon Repos (M.X.E.) a fusionné avec la plantation Lusignan en (K.F.M.) en 1930. [28] 

La mark de Mon Repos MXE pourrait signifier Mon Repos & Endragt. La plantation Mon Repos est reprise par ce nom dans une liste de 1833. [16] On suppose que cette plantation distillait du rhum et fournit quelques échantillons à l’exposition universelle de Paris en 1867. [47] La mark E.H.P. se rapporte à la colonne en bois. C’était l’alambic original d’Enmore. A la fermeture de Versailles son vat still simple a été déplacé à la distillerie Enmore. D’après Velier il y a une autre mark liée directement à l’alambic Enmore. Cette mark s’appelle E.L.C.R.. [170] Cette mark désigne alors un rhum plus léger provenant de cette colonne alors que d’autre part le rum portant la mark E.H.P. semble avoir plus de corps et de profondeur d’arôme. La signification de E.L.C.R. n’est pas vraiment claire. Quelques membres du forum Ministry of rum pensent que cela signifie Enmore Light Coloured Rum. Pourquoi pas Enmore Light Coffey / Column Rum? Malheureusement il n’y a aucune preuve appuyant cette théorie.

Rums d’Enmore portant les marks REV & KFM
J’ai trouvé quelque chose d’intéressant à propos de la mark K.F.M.: « K.F.M. signifie K.F. McKenzie. Le rhum en question était fait à partir de mélasse de muscovado et se distinguait du rhum de Lusignan qui était un sous-produit de la pompe à vide 83. 84. De manière générale, le rhum du Guyana ne jouissait pas de la bonne réputation que pouvait avoir celui de la Jamaïque. » [29] Il semble donc que la plantation Lusignan ait distillé un style de rhum portant la mark K.F.M.. J’ai aussi trouvé une information intéressante à propos de la distillerie elle-même. Kenneth Francis McKenzie (1749-1831), né à Redcastle Ross-shire (Ecosse), acheta la dite plantation Lusignan quelque part entre la fin des années 1780 et le début des années 1790. La mark de la plantation Lusignan devint K.F.M. en son honneur. [140] [141] La plantation Lusignan fusionna plus tard avec Enmore et le rhum portant la mark K.F.M. était produit à la distillerie Enmore (et embouteillé sous la marque Cadenhead par exemple). Les plantations Enmore et Lusignan appartenaient toutes deux à Enmore Sugar Estates Ltd en 1948. [32] Cela confirmerait la fusion et la mention de la mark dans le livre de 1957.
 
Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source:www.Gahetna.nl
La signification de la mark R.E.V. reste un mystère pour l’instant. Pour le moment les marks A.W.M. (pot still), V.N.L. (colonne), X.P.D. (pot still) and E.D.G. (?colonne?) ne nous révèlent pas non plus leurs secrets. La mark N.P. pourrait venir de la plantation Non Pareil (ou Nonpareil). Cette plantation était adjacente à la plantation Enmore. [30] Les deux plantations fusionnèrent plus tard et figuraient sur la même ligne dans les documents. [31] Non Pareil elle-même fut transformée en village et abandonnée plus tard dans les années 1940. [48] Cette plantation a été dotée d’une usine sucrière. Les schémas de cette usine furent montrés à l’exposition universelle de Calcutta en 1883-84. Ainsi cette plantation pourrait avoir aussi distillé du rhum par le passé. [181]

Photo de l’ancienne plantation Enmore (non datée)
Source: inguyana.blogspot.de
La plantation était toujours en la possession de la famille Porter (les héritiers d’Henry Porter) en 1860 alors que Henry Porter décédait en 1858. Ludovic Porter, un membre de la famille, est repris comme manager de la plantation. [384] Une source de 1882 précise les choses. D’après elle Aymler Henry Porter était propriétaire de la plantation Enmore en 1882. [382] Il vécut jusqu’en 1902. Dans le manuel de la Guyane Britannique de 1909 les « Trustees of Henry Porter, desceased » (Les administrateurs du défunt Henry Porter) sont repris comme propriétaires. Il s’agissait probablement d’Henry Aymler Porter qui était décédé 7 ans plus tôt. [378] Le prochain indice que j’ai trouvé nous mène à l’année 1923. Ici la Booker McConnell Brothers & Company Limited est nommée comme administrateur (agent) du domaine. Toutefois ils n’en étaient pas les propriétaires. Je ne sais pas qui était le propriétaire derrière Bookers en 1923. [392] Une source de 1927 mentionne toujours Bookers comme agents d’Enmore. [394] Enfin une source de 1934 donne Enmore Estates Limited comme propriété de la société Curtis Campbell & Company. Malheureusement je ne sais pas quand le changement de propriétaire eut lieu. [113] Ce qui se passa après cela est par contre très clair. Avec la fusion de of Curtis Campbell & Company et Booker Bros., McConnell & Company, le domaine Enmore devint la propriété du groupe Booker. La propriété elle-même resta en possession de la société Enmore Estates Limited. [396] [13] GuySuCo fait toujours appel aux services de la propriété Enmore aujourd’hui. Depuis 2011 l’usine sucrière d’Enmore prend en charge la canne à sucre de la propriété La Bonne Intention. [381]

La distillerie Enmore


Détail d’une carte datant de 1798 [122]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/
La plantation Enmore produisait principalement du coton jusqu’en 1813. A partir de cette année-là la production de coton fut progressivement convertie en sucre, alors que le prix du sucre augmentait et que ceux du café et du coton s’effondraient. En 1829 on cultivait et récoltait à la fois du café (22.785 Lbs = 10.335 kg) et du coton (55,500 Lbs = 25.174 kg). Un an après, en 1830, la majorité de la récolte était composée de sucre (60,000 Lbs = 27.215 kg). Le café (8,600 Lbs = 3.900 kg) et le coton (3,300 Lbs = 1.496 kg) n’étaient que très peu représentés. [180] Autour de 1832 la plantation Enmore était une plantation de sucre prospère avec approximativement 728 esclaves. [11] D’après moi la plantation Enmore n’a pas dû commencer la distillation de rhum avant le 19è siècle.

Enmore n’était représentée que par un seul échantillon de sucre à l’exposition universelle de Londres en 1862 (Annexe A alinéa 15). Ceci est rapporté par un certain L. Porter. [178] A l’exposition universelle de Paris de 1867 Enmore n’apporta une nouvelle fois que quelques variétés d’échantillons de sucre obtenus de pompes à vide (Annexe A alinéas 26 & 28). [47]

Détail d’une carte datant de 1823 [185] [186]
Source: http://en.wikipedia.org
Avec la fusion de Messrs. Curtis Campbell & Co et Booker Bros., McConnell & Company Limited le domaine Enmore entra en possession du groupe Booker le 20 Octobre 1939. Donc les plantations Enmore et Versailles appartenaient toutes deux au groupe Booker. [115] La distillerie Versailles fut fermée après l’indépendance du Guyana en 1966. Donc le Pot still simple en bois fut d’abord transféré à Enmore. La distillerie Enmore fut plus tard transférée vers Demerara Distilleries Limited, qui était une filiale de Guyana Distilleries Limited. Nous retrouverons ce nom quand nous nous intéresserons à la distillerie Uitvlugt. [160] Après l’indépendance du Guyana le gouvernement nouvellement formé prit le contrôle des actifs du groupe Booker. Enfin Booker vendirent leurs entreprises en 1966.

Finalement Guyana Distilleries Limited (Uitvlugt) et sa filiale Demerara Distilleries Limited (Enmore) fusionna avec Diamond Liquors Limited (Diamond) et devint la société Demerara Distillers Limited (DDL), qui existe toujours aujourd’hui. [161] D’après Sascha la distillerie a fermé en 1993. Mais si les informations de certains embouteilleurs indépendants sont correctes, la dernière distillation à Enmore a eu lieu en 1995. Les alambics et le materiel ont été transférés d’Enmore à la distillerie Uitvlugt. D’après l’interview d’Ingvar Thomsen la distillerie Enmore a fermé en 1994. Cette information a été donnée relativement peu après les faits (2005) et provident de Yesu Persaud, donc je pense que l’on peut considerer sans risque qu’il s’agit de la bonne date de fermeture. [464] Le domaine sucrier d’Enmore est toujours en activité et une unité d’emballage y a même été construite. La dernière colonne Coffey en bois à DDL vient de l’ancienne distillerie d’Enmore. Elle est composée en majeure partie de bois et a été on suppose construite aux alentours de 1880.

Rhums portant la mark MEA



Création: Entre 1784 et 1792 (1798-1823)

Fondateur: Thomas Porter (Lot) / Henry Porter (Nom)

Emplacement: Le domaine était situé sur la côte Est du Demerara. Donc entre le fleuve et la rivière Demerara Mahaica.

Statut: Distillerie fermée en Avril 1994 ; Usine sucrière toujours active

Alambics: Coffey en bois / Colonne continue




Port Mourant (Berbice)


Histoire


Marks de Port Mourant MP, MPM, UPM
D’après DDL le domaine sucrier Port Mourant a été établi en 1732. A ce sujet je n’ai trouvé d’autre source que DDL elle-même. Mais j’ai trouvé autre chose, bien que cela ne remonte pas aussi loin. Un certain Esq. Stephen Mourant apparait sur une liste de colons de Guyane Britannique. Il est mort le 19 Avril 1824. On retrouve également un William Carabin Mourant dans cette liste. [142] Le domaine Port Mourant est cité comme propriété de Stephen Mourant dans un numéro de la London Gazette en 1823. [143] Donc le nom de ce domaine remonte à cet homme et à sa famille. Je reviendrais plus tard sur les détails de la création du domaine quand nous nous intéresserons à la distillerie Port Mourant.

En 1824 Stephen Mourant mourut comme on peut le voir dans un numéro de la London Gazette datant du 4 Janvier 1825. [365] Le propriétaire suivant des plantations était sûrement Donald Ross. Durant l’émancipation en 1835 Donald Ross reçut du gouvernement Britannique une compensation de £ 12.083 pour ses 147 esclaves. Donald Ross mourut en 1839 et cette année-là toutes les sociétés et les personnes en affaires avec la plantation Port Mourant ont été appelées afin de faire valoir leurs droits. Donald Ross avait trois frères: George, Hector et John Ross, qui étaient tous planteurs en Guyane Britannique. [144] [365] Le 26 Mars 1842, la plantation fut vendue à un certain M. Rader G pour 32.000 $. On cultivait toujours la canne à sucre sur la plantation. [12] La nom commercial du rhum Port Mourant était P.M.. donc les initiales de la plantation étaient utilisées pour l’identification des futs remplis de rhum, mélasse ou sucre provenant de Port Mourant. [33] Une sortie d’un embouteillage étiqueté Velier du millésime 1997 comporte la mark U.P.M.. U. signifie apparemment Uitvlugt (Uitvlugt Port Mourant). Cela semble logique, car l’alambic Port Mourant produisait du rhum depuis Utivlugt en 1997. Merci à Cyril de durhum.com! Merci pour l’info;) Donc P.M. est sans doute le style de rhum provenant de l’ancienne distillerie Port Mourant. La mark M.P.M. est une version un peu plus légère du style P.M. et a été embouteillée WMCadenhead et Velier. La signification de la mark G.M. reste floue. Cadenhead a embouteillé quelques rhums des millésimes 1974 et 1975 avec cette mark. Ce que je peux dire est que ces rhums laissent une impression de légereté en bouche et en finale. Peut-être une version légère de P.M.? Qui sait.

Le 24 Juillet 1851, on mentionne la société John Kingston & Company aux côtés de la plantation Port Mourant alors que celle-ci était une nouvelle fois mis en vente par mise sous séquestre. D’après une autre source, John Kingston, le propriétaire de la société, acheta Port Mourant en 1852 et la conserva jusqu’à la fin du 20è siècle. [367] [368] Que se passa t’il après ? J’ai trouvé quelque chose d’intéressant. En 1906, la société George Fletcher and Company fut mandatée par Booker Bros., McConnell & Company pour fournir un nouveau moulin à sucre à Port Mourant. C’est précisément cette société qui a été achetée par Bookers en 1956. Ils connaissaient donc déja la société depuis longtemps au moment de l’achat. Bookers a dû acheter la plantation Port Mourant entre 1900 et 1906 et la transférer à une autre filiale. Cette filiale est mentionnée dans le Manuel de la Guyane Britannique de 1909. Il s’agissait de la "Plantation Port Mourant Limited." [378] [397] Bookers tenait particulièrment à ce domaine jusqu’à la vente forcée lors de la nationalisation. Jusqu’à ce qu’en 1960 la plantation soit transférée à la Booker Sugar Estates Limited. [13] Des indices montrent que le domaine sucrier de Port Mourant fut combiné au domaine sucrier Albion, ce qui semble plus que possible et logique du fait que les deux plantations soient voisines.

La distillerie Port Mourant


Détail d’une carte datant de 1780 (1771) [187]
Source: http://en.wikipedia.org/ 
Revenons donc à la date de fondation de Port Mourant. D’après certains auteurs et DDL même, la distillerie Port Mourant existe depuis la fondation de la plantation en 1732. Je ne sais pas de quelle source vient cette affirmation. Toutefois, cela laisse supposer que la plantation cultivait le sucre dès le départ. Pourquoi? Car le rhum n’était qu’un sous-produit de l’industrie du sucre à cette époque. J’ai trouvé quelque chose de très intéressant lors de mes recherches pour cet article. Sur une carte de 1802 toutes les plantations de la côte maritime Est de Berbice étaient des plantations de coton. Il n’y avait par conséquent aucune plantation de canne à sucre sur la côte de Berbice en 1802. Ainsi l’utilisation de mélasse d’une plantation voisine est également impossible. Donc la tradition de la distillation de rhum sur la plantation Port Mourant ne peut avoir commencé qu’au 19è siècle. [171] De plus j’aimerais citer une autre source de 1841:


Détail d’une carte de 1802 [219] [220]
Source: www.Gahetna.nl  & www.Gahetna.nl
 
« Avant que Berbice ne se rende aux Britanniques en 1796, presque toutes les plantations étaient à distance de la côte, bien plus en hauteur des rives du Berbice et de la Canje ; mais très peu de temps après que la colonie entre en notre possession, les plantations furent largement étendues. On cultiva d’abord la côte Ouest ; puis en 1799, la rive Ouest du fleuve Berbice, jusqu’à la rivière Devil’s fut nettoyée et cultivée. Cette partie fut sondée et découpée en deux lignes parallèles de domaines, avec un canal navigable entre les deux afin de mettre en place un transport sur l’eau. Le fleuve Canje coule derrière le deuxième rang de domaines, et on cultive du sucre, du café et des bananes sur ses deux rives. On différencie les domaines comme ceci : ceux qui sont face à la mer sont appelés domaines côtiers, la seconde ligne est composée des domaines de canaux ; et le restant sont appelés domaines Canje. » [182]

Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl
Une autre source de 1888, un certain Pieter Marinus Netscher, écrit que le gouverneur de Berbice, Abraham Jacob van Imbijze van Batenburg, donnait déjà le 12 Janvier 1791 l’ordre d’établir 46 lots de 500 acres chacun sur la côte Est de Berbice. [205] Sur une partie de carte de 1799 on peut voir ces plantations le long de la côte Est jusqu’à la rivière Devils. Cela concorde avec des indices d’une autre source de 1842. Cette autre source affirme aussi que les lots ne s’étendaient que jusqu’à la rivière Devil’s en 1799, pas plus loin. Une autre carte d’Octobre 1798 dessinée par le Captaine Thomas Walker le confirme. Il n’y figure également des plantations que jusqu’à la rivière Devils. Il n’y avait aucune plantation entre la rivière Devil’s et l’embouchure du fleuve Corentyne. [212] Le nom Mourant ne figure pas non plus sur la carte. 

Il n’y avait donc aucune plantation du nom de Port Mourant sur la côte Est du Berbice avant 1791, 1796 ou même 1798, et ce peu importe la source. La carte de 1780 (peut-être 1771) ne montre que les plantations de la rivière Canje. Une autre note indique que toutes les plantations de la côte ne cultivaient exclusivement que du coton : « Le coton prospère plus sur les domaines côtiers, c’est pour cela qu’il y est principalement cultivé. » [183] Cela coïncide également avec la carte de 1802. On ne trouve pas non plus le nom de Mourant sur cette carte. [219] [220] Ce numéro de la London Gazette nous donne plus d’indices :

Numéro 16794 de la London Gazette, 26 Octobre 1813
Source: www.thegazette.co.uk
« Je soussigné, par l’autorité de son excellence J. Murray, Brigadier Général et gouverneur en exercice des dépendances du Berbice, &c. &c. &c. nommé sur la requête de F. Cort, par procuration de Charles Simpson, John Wilson, et Alexander Grant, avocats de John et Robert Gladstone de Liverpool, marchands, ai mis à exécution la mise sous séquestre du domaine de coton Port Mourant, situé sur la côte du Corentyne de cette colonie, avec tous ses esclaves, constructions, cultivations, &c. la propriété du dit Stephen Mourant. » (216]

Cela écarte tout doute possible et clarifie les choses. Il y avait une plantation de coton appelée Port Mourant sur la côte Est du Berbice en 1813. Il n’y avait pas à cette époque de cultivation de sucre. Mais il est indéniable que la cultivation a changé et que le coton a été abandonné au profit de la canne à sucre. Pieter Marinus Netscher écrivit même que la plantation de coton ne dura pas longtemps et que le café et le sucre la remplacèrent petit à petit. Mais il ne mentionna aucune date ni laps de temps pour ce changement. Un rapport de 1847 nous donne les chiffres de production de la plantation Port Mourant. Du sucre était cultivé entre le 1er Janvier 1836 et le 31 Décembre 1846. [172] Donc le changement a dû se faire entre 1813 et 1836. Selon moi la distillerie Port Mourant a dû être établie durant cette période. Et il se trouve que j’ai trouvé quelque chose de très intéressant. Je cite le numéro 17764 de la London Gazette, daté du 13 Novembre 1821 :

Numéro 17764 de la London Gazette, 13 Novembre 1821
Source: www.thegazette.co.uk
« Exécution de la vente – Première déclaration
Je soussigné, en vertu de l’autorité reçue de l’honorable Henry Beard, Esq. Président de l’honorable cour criminelle et civile de cette colonie, datée du 19 Janvier et 20 Mars 1821, nommé sur la requête de H. Stall, qui représente les héritiers du défunt Late William Ord, le plaignant, contre Stephen Mourant, le défendant, ai mis en exécution la mise sous séquestre le domaine sucrier appelé Port Mourant, situé sur la côte du Corentyne, au sein de cette colonie, avec toutes ses cultivations, esclaves, constructions et toutes ses autres possessions ; sachant que je soussigné, ou bien le Marshal, entends mettre à exécution la vente après expiration d’un an et six semaines, à partir du deuxième jour d’Avril 1821, du domaine susmentionné appelé Port Mourant, avec toutes ses cultivations, esclaves, constructions et toutes ses autres possessions inventoriées au bureau du Marshal, sous contrôle des concernés, afin de recouvrir, selon les modalités de vente dudit domaine (si possible) la somme d’argent pour laquelle la vente a été mise en exécution et mise sous séquestre : tout cela conformément aux règlements de l’honorable cour de justice civile de cette colonie, datées du 20 Décembre 1820, afin de respecter l’exécution prévue de la vente du domaine.

La première déclaration est publiée, par battement de tambour, par le tribunal de cette colonie, et sera exécutée en respect de la loi.—Berbice, le 15 Avril 1821. » [364] 


Rhums du Demerara du Guyana
La cultivation changea ainsi du coton au sucre entre 1813 et 1821. Ce fut sans doute durant cette période que la distillerie Port Mourant a été fondée, convertissant la mélasse résultant de la production de sucre, en rhum. La plantation elle-même fut fondée entre 1802 et 1813.

Voici maintenant une possibilité intéressante, ou plutôt une théorie que je ne peux malheureusement pas vérifier. Et si l’affirmation de DDL était basée sur une inscription sur une partie du cuivre des Vat stills sur laquelle on peut lire 1732 ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ? D’après mes recherches il serait raisonnable de penser que Stephen Mourant a acquis l’un ou les deux alambics d’une autre plantation. Cette plantation pourrait être l’une de celles des terres supérieures du fleuve Berbice qui furent ultérieurement abandonnées en faveur de la région côtière ou une plantation résidant sur la colonie Néerlandaises voisine du Suriname. On y distillait également du rhum. Les alambics Port Mourant pourraient donc faire partie du matériel d’une ancienne plantation abandonnée, qui aurait acquis ce matériel ou les parties en cuivre en 1732. Cette même année les relations commerciales avec Berbice étaient particulièrement facilitées. Ou peut-être en Angleterre. Le bois Greenhart venait alors du Guyana même, les alambics ont pû être faits sur commande en Angleterre, comme la colonne Coffey d’Enmore qui pourrait avoir été fabriquée en Angleterre avec du bois exporté de la colonie. Mais cela est très théorique et reste une supposition comme DDL parle officiellement de l’année 1732. La distillerie elle-même n’a pas été établie cette année-là. La possibilité que les parties en cuivre de l’un ou des deux alambics puissent dater de 1732 subsiste. Mais les pièces ou les alambics ont été achetés ailleurs, sûrement pendant la transition du coton à la canne à sucre entre 1813 et 1821. Toutefois, comme le bois est remplacé à intervalles réguliers, ces pièces métalliques sont les seules qui puissent être aussi vieilles.

© E.H.
Alors quand la distillerie Port Mourant a-t-elle été fermée pour de bon ? A ce sujet, personne ne semble vraiment avoir de réponse, ou ne souhaite la rendre publique. Regardons à nouveau les chiffres de production émanant des rapports des contrôleurs. La distillerie produisait 215,884 gallons (environ 981 428 litres) de rhum en 1954. [3] Mais la distillerie avait déjà fermé en 1958. Il n’y a aucun chiffre de production pour les années 1958-1960. [4] Donc la distillerie Port Mourant a apparemment été désaffectée entre 1954 et 1958. Et en effet, si l’on regarde à nouveau les chiffres de production on trouve la dernière année d’activité de la distillerie Port Mourant. Il s’agit de l’année 1955. [42] D’autres sources désignent cette année comme celle de la fermeture de l’usine Port Mourant. [43] [44] 

Ainsi le destin de la distillerie Port Mourant est finalement établi. Elle fut probablement victime de la nationalisation sous le groupe Booker, quelques années avant que Uitvlugt devienne la principale distillerie sous Bookers. Cependant, le Vat still double alla d’abord à Albion et pas à Uitvlugt. Il y demeura jusqu’à la fermeture de la distillerie Albion en 1967-1969. Après la fermeture définitive d’Albion le Vat still double alla à l’usine principale du groupe Booker. J’ai amplement écrit sur ce sujet dans le texte sur le domaine Albion et je vous suggère de vous référer à cette partie. Donc tous les rhums à partir de 1955 ne doivent pas provenir de cet ancien domaine. Il ne fait aucun doute quant à l’identification de l’alambic. L’alambic Port Mourant fait partie des prémices de DDL et est toujours utilisé dans la création des rums, notamment pour les célèbres assemblages d’El dorado.

© E.H.


Création: Plantation entre 1802 et 1813 ; Distillerie entre 1813 et 1821.

Fondateur: Stephen Mourant

Emplacement: Le domaine se trouvait à l’Est du village de Rose Hall (aujourd’hui une ville d’environ 8000 habitants) sur la côte Est du fleuve Berbice. Plus précisément sur la côte Est du Corentyne.

Statut: Distillerie et usine fermées en 1955.

Alambics: Pot still double en bois (Vat still double)

Uitvlugt (Demerara)

Détail d’une carte datant de 1776 [217]
Source: http://www.gahetna.nl/
Histoire

Il existe deux cartes de 1759. L’une d’elles ne fait pas référence aux plantations de la côte Ouest de la Guyane Britannique. Sur l’autre, qui est en gros une copie de la première, figurent des notes manuscrites mais pas d’information sur l’année où elles ont été ajoutées. Ici, un certain Johan Frederik Boode est mentionné comme propriétaire de la plantation Groote en Klyne Uitvlugt. La plantation Cornelia Ida était la propriété de l’honorable v. Rynevelt & Zoonen. Ainsi, cette note a dû être ajoutée entre 1759 et 1786. Pourquoi suis-je sûr de ce laps de temps ? Car sur une autre carte de 1786 un certain J. Boode est mentionné comme propriétaire de la plantation Cornelia Ida. [132] [145]


Détail d’une carte datant de 1784 [207]
Source: http://www.gahetna.nl
Une carte de 1783 montre sur la côte Est une plantation dont le propriétaire s’appelle Boode. [210] Les choses se précisent lorsque l’on compare les nom des plantations voisines avec les cartes de 1784 et 1798. [122] [207] Cela signifie que la plantation De Uitvlugt (1798] de J.F. Boode lui appartenait déjà en 1783 (Lot 21 sur la carte de 1784). Les noms des propriétaires des plantations voisines ne changèrent que peu jusqu’en 1798 ce qui confirme cette hypothèse. Cela se précise encore lorsque l’on regarde une carte de 1776. Là la plantation De Uitvlugt est mentionnée au côté du nom Boode. [221] Donc Utivlugt a dû être fondée entre 1759 et 1776.




Détail d’une carte datant de 1786 [127]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/ 
Johan Berend Christoffer Boode Frederick est né le 17 Février 1733 à Blankenburg (Brunswick) et mort le 28 Décembre 1796 au Demerara. Il possédait cinq plantations au Demerara et Essequibo, dont les plantations Uitvlugt et Cornelius Ida. Cette dernière fut plus tard héritée par sa petite-fille Anna Catherina Duker. Une de mes sources, Jean-Paul Arnoul, affirme que Johan Berend Christoffer Frederick Boode était déjà présent en 1749. [146] [147] [127]

Andreas Christian Boode (parfois appellé Andries ou Andrew Christian Christian Boode Boode) (1765-1844) était un propriétaire de plantation Néerlandais. Il était le fils de Johan Berend Christoffer Frederick Boode. J.F. Boode enregistra 306 esclaves pour A.C. Broode (son fils) sur la plantation Groote en Klijn Uitvlugt en 1832. Le gouvernement Britannique lui accorda £ 14,236 en compensation des esclaves libérés lors de l’émancipation. D’après une liste des colons de Guyane Brittanique, il mourut en 1844. J’ai trouvé une date plus précise sur un site internet, le 31 Octobre 1844. [147] [148] [149]

Détail d’une carte de 1792 [209]
Source: www.Gahetna.nl
La plantation Groote en Klijn Uitvlugt, qui est mentionnée en 1833, a pour voisines les plantations Zeeburg et Vrees an hoop. La plantation De Uitvlugt a pour voisins Zeebergen et Vrees en Hoop sur une carte de 1798. Je pense que l’on peut dire que la plantation Groote en Klijn Uitvlugt était l’ancienne plantation De Uitvlugt. Les avis divergent quant à la date de naissance de John Christian Boode. Une source affirme qu’il avait 18 ans en 1824 et une autre (une liste colons de Guyane Brittanique) donne 1816 comme son année de naissance. Néanmoins la date sa mort est la même selon les deux sources. Il s’agit du 1er Février 1870. [147] [150]


Détail d’une carte datant d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl

DDL indique que le domaine sucrier d’Uitvlugt fut fondé au 18è siècle. On pourrait traduire son nom par « s’écouler » (flowing out). [25] La plantation Uitvlugt est mentionnée en 1841. [36] Un livre met les marks suivantes en rapport avec le domaine Uitvlugt : : ICB/U, ICB/C, DK et ICB. [37] On ne sait pas à quelles anciennes plantations elles correspondaient. La mark ICB/U est directement liée à Uitvlugt selon plusieurs auteurs et selon DDL même.

Une explication théorique possible de cette mark serait le nom du fondateur (Johan Christoffer Boode / Uitvlugt). Toutefois, Johan prend un « J » et non un « i ». Peut-être qu’avec le temps le « J » a été changé en « i » ou alors la raison m’échappe. Ceci est purement théorique et je n’ai aucune preuve. Néanmoins cette supposition est au moins une approche intéressante. D’après un rapport de K&L wine merchants la mark correspond à Isaac Christiany Boody/Uitvlugt. [418] Cela ressemble à une version déformée de Johan Christoffer Boode. La mark D.K. était utilisée pour l’identification de la plantation De Kinderen, qui était située à l’Ouest de la plantation Uitvlugt. La mark SP ICBU se trouve sur l’ Uitvlugt 1988 Full Proof Old Demerara 17 YO de Velier. On ne connait pas la signification de SP. [418] Deux nouveaux rhums de Velier portent les marks ULR et MGS. ULR signifie Uitvlugt Light Rum. La signification de Modified GS reste à déterminer. Mais les deux rhums doivent venir de la colonne Française Savalle. Peut-être que le S correspond à Savalle, mais ce n’est pas sûr.

L’usine sucrière d’Uitvlugt 
et la « mark » sur la cheminée
Source: guysuco.com

Andreas Christian Boode (1765 - 1844) avait un fils et une fille. Cette fille, Phoebe Boode, épousa un certain Isaac William Webb Horlock en 1826. [408] Après la mort d’Andreas Christian Boode la plantation fut cédée à son fils John Christian Boode. D’après K&L wines la mark d’Uitvlugt vient de "Isaac Christiany Boody / Uitvlugt". Cet Isaac William Webb Horlock a-t-il quelque chose à voir avec l’Isaac de la mark d’Uitvlugt ? Peut-être y avait-il un partenariat entre les deux hommes qui conduisit à cette abréviation. Malheureusement je ne peux confirmer ni infirmer cette idée. En 1860 la plantation Uitvlugt est en possession d’un certain J.C. Boode. [384] Il s’agit de John Christian Boode (1870-1870), l’unique fils d’Andreas Christian Boode. John Christian Boode épousa Clementina Elizabeth Mary Bayntun, la fille de l’Amiral Sir Henry Bayntun William le 6 Juin 1834. Il eut deux filles et mourut le 1er Février 1870. [406] [407] [408] Il semble que la plantation a ensuite été vendue car A.C. McCalman(?), les héritiers de Josiah Booker et John McConnell étaient propriétaires de la plantation Uitvlugt en 1882. [382] En 1885 McConnell restait le seul propriétaire de la plantation, comme le dernier de la famille Booker, John H. Booker, avait vendu ses parts à John McConnell en 1885. [369] Le manuel de Guyane Britannique de 1909 mentionne « Les administrateurs du défunt John McConnell » comme propriétaires de la plantation Uitvlugt. [378] Il s’agissait de ses deux fils et de la société McConnell & Company Limited qui avait fusionné en 1900. A partir de 1934 elle était dans la liste des filiales de la Booker Demerara Sugar Estates Limited. Ce statut subsista jusqu’à la nationalisation en 1976.


La distillerie Uitvlugt


On plantait toujours du café sur la plantation De Uitvlugt selon une carte de1798. [122] [124] La plantation Groote en Klinj Uitvlugt récoltait du café et de la canne à sucre selon un rapport sur la population d’esclaves de 1833. [7] Alors qu’au 1er Janvier 1838 seule la canne à sucre restait en culture sur la plantation que l’on appelait désormais Uitvlugt. [172] Donc le changement de cultivation survint entre 1798 et 1833. Et en effet : on trouve plus de chiffres de production dans un autre livre de 1851. Pour l’année 1829 on ne compte presque que du sucre (874.350 Lbs = près de 400 tonnes) et une quantité très faible de café (5,000 Lbs = environ 2.268 kg). Le café avait complètement disparu lors de la récolte de 1832. [181] Il est très peu probable que la distillerie Uitvlugt ait été installée avant 1798. 


Détail d’une carte datée de 1798 [122]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/
Le fait que les deux colonnes Savalle Françaises originales, désormais assemblées en une quadruple colonne à DDL, proviennent réellement du 18è siècle n’est pas tellement plausible d’après moi. Pourquoi ? Armand Savalle et son fils Désiré Savalle ont inventé la colonne Savalle au 19è siècle. Il existe un brevet américain sur la colonne Savalle datant de 1868. Comment un alambic du 19è siècle peut-il être daté du 18è siècle ? [174] [175] Malheureusement l’ancienneté des domaines ne peut pas directement être mise en relation avec l’historique de la distillerie ou de la distillation de rhum sur cette plantation. Le domaine est plus vieux que la distillerie elle-même. Les dates de fondation des domaines sont souvent utilisées à des fins de marketing. C’est un peu du maquillage en fait. On suggère indirectement une tradition de distillation de rhum qui n’a jamais existé. Ou au moins qui ne remonte pas à si longtemps que ça, comme c’est le cas pour la distillerie Port Mourant, dont je parlais dans le texte à propos de la plantation Port Mourant.

© E.H.
La distillerie fut rénovée par Bookers en 1960 et transférée à la filiale Guyana distilleries. Depuis cette année-là elle récupéra le rendement de quatre distilleries détruites. Lesquelles étaient victimes du processus de rationalisation de Bookers. Port Mourant avait déjà été désaffectée en 1955 et ne faisait donc pas partie des quatre distilleries fermées en 1960. Les distilleries en question étaient : La Bonne Intention (1960), Skeldon (1960), Blairmont (1962) et Albion (1968). Apparemment tous les alambics de ces distilleries furent soit adoptés, soit n’étaient plus indispensables si un alambic similaire était déjà présent à Uitvlugt. Les quatre distilleries mentionnées appartenaient au groupe Booker. Guyana Distilleries resta en possession du groupe Booker jusqu’à la vente (forcée) des toutes ses possessions au gouvernement Guyanais en 1976. [159] 

Johann Barend Christoffer Fredric Boode
Peint par Anton Graff
Source: search.ancestry.com
La distillerie fut reconstruite et réouverte à nouveau à Uitvlugt le 27 Aout 1975. Le ministre du développement économique Desmond Hoyte y donna un discours. [40] En 1983 la Guyana Distilleries Limited (Uitvlugt) fusionna finalement avec la Diamond Liquors Limited (Diamond), DDL pour faire court. [161]

La dernière année active de la distillerie Uitvlugt fut 1999. Bristol Spirits Limited, A.D. Rattray et Plantation Rum ont sorti des embouteillages de ce millésime. Toutefois, la Selon l'interview par Ingvar Thomsen Uitvlugt la distillerie a été prise près en Décembre 1999. Donc, ce fut effectivement la dernière année de cette distillerie. [464] Le matériel et les alambics opérationnels allèrent à la distillerie Diamond, où ils demeurent toujours aujourd’hui. Dave Broom a pu bien voir ces alambics lors de son voyage pour son livre Rum au tournant du millénaire. On peut aussi les voir sur le site officiel de DDL. Le domaine sucrier Uitvulgt est toujours en exploitation.

Seules les colonnes Savalle Françaises de la distillerie Uitvlugt furent préservées. Une sorte de colonne continue qui produit un distillat légér. La question du fait qu’elles viennent réellement toutes deux de la distillerie Uitvlugt ou que l’une d’elles vienne de l’ancienne distillerie Blairmont est apparemment tranchée par la voie officielle. L’information donnée est qu’elles viennent toutes deux d’Uitvlugt. La véracité de cela est difficile à déterminer. Mais je pense qu’il serait possible que l’une des deux colonnes Savalle vienne de la distillerie Blairmont. Cela ne contredit pas la position officielle qui veut que les deux alambics viennent d’Uitvlugt. Cela aurait eu lieu dès 1962 et près de 38 années se seraient écoulées jusqu’à la fermeture d’Uitvlugt en 2000. Un temps considérable qui amène la possibilité qu’on ait oublié ou perdu des informations lors des changements de propriétaires ces 38 dernières années. Mais il s’agit bien sûr d’une théorie non vérifiée. 
 
© E.H.



Création: Entre 1759 et 1776

Fondateur: Johan Berend Christoffer Frederick Boode

Emplacement: Sur la côte Ouest du Demerara. Le village du même nom compte environ 2000 habitants.

Statut: Fermée en en Décembre 1999. 

Alambics: Colonnes Savalle Françaises. Chaque alambic comporte deux colonnes. Elles forment à elles deux une quadruple colonne.



Diamond (Demerara)


Détail de carte datant de 1759 [132]
Source: http://dpc.uba.uva.nl
Histoire

D’après Diffordsguide la distillerie Diamond a été fondée autour de 1670. Je n’ai trouvé aucune preuve correspondant à cette période. Peut-être cette information est-elle une nouvelle fois fournie par DDL. Cette année-là, cependant, n’est pas directement associée à Diamond sur leur site. La date vérifiée la plus ancienne que j’ai pu trouver est l’année 1753. A cette époque la plantation Diamond était la propriété d’un certain John Carter. [151] 1752 et 1670 ce n’est pas vraiment pareil. Toutefois, j’ai trouvé une information qui montre que 1670 n’est vraisemblablement pas l’année de fondation de la distillerie Diamond.


Détail d’une carte datant de 1783 [211]
Source: http://www.gahetna.nl 
Cette information mentionne le nom de Laurens Storm van’s Gravensande. Laurens Storm van's Gravensande était le commandeur Néerlandais de la colonie d’Essequibo de 1742 à 1772 et était au début de sa carrière le secrétaire du commandeur Herman Gelskerke. Il est arrivé à Essequibo en 1738. Après la mort de Gelskerke en 1742 Gravensande fut promu à la tête de la colonie d’Essequibo. [138] [199] En fait, ce Storm van's Gravensande est le fondateur de la colonie Demerara, située entre les fleuves Berbice et Essequibo, en 1746. La création de la colonie Demerara est possiblement due à des difficultés économiques à Essequibo et à son talent d’administrateur. [200] J’aimerais citer une de mes sources :


Détail de carte de 1784 [207]
Source: http://www.gahetna.nl 
« Cependant, on a surmonté les difficultés, le premier candidat étant Andries Pietersen, probablement un Suédois, qui eut le consentement de la compagnie en 1745 et à qui furent alloués, le 3 Avril 1746, 2000 acres sur ou près de la rivière Coeleriserabo. On donna quatre autres allocations ce jour-là, toutes sur le fleuve Demerara, l’une d’elles étant, sur le Camoeny, 1000 acres pour Bastian Christiansen, probablement un autre Suédois. Christianburg a plus tard été allouée à Christian Finet, de la même nationalité. » [201] 

La première allocation de terrain par by Storm van's Gravensande sur la colonie du Demerara, et donc l’établissement de la première plantation, est datée du 3 Avril 1746. On a alloué aucune plantation avant cette date. Cela démontre qu’un établissement de la distillerie Diamond avant 1746 est fort peu réaliste. Une autre source confirme cette allégation : 

Détail d’une carte de 1786 [127]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/ 
« Encouragée par Storm van's-Gravesande, la première plantation du Demerara a été établie en 1746, et six ans après la nouvelle installation qui grandissait rapidement vit la nomination de son premier commandeur, bien qu’il restât subordonné au directeur général d’Essequibo de l’époque. » [202]

A mon humble opinion il n’y a qu’une conclusion possible : La plantation Diamond a été fondée entre 1746 et 1752 au moment de la mention de John Carter en tant que propriétaire. Il pourrait être en réalité le fondateur de la plantation Diamond. Le nom de John Carter apparait aussi sur une ancienne carte de la colonie d’Essequibo et Demerara en 1759 en tant que propriétaire de la plantation appelée Diamond. On retrouve aussi son nom en 1753. Les propriétés étaient situées sur la rive Est du fleuve Demerara. D’après la carte il s’agissait d’une plantation de sucre.

Détail de carte datant de 1792 [209]
Source: www.Gahetna.nl
Sur une autre carte de 1798, le nom de Diamond disparait et les noms de Klein Diamant (J. van Ryneveld & Zoon) et Groot Diamant (Gehrecke) le remplacent. Apparement, soit la plantation Diamond a été divisée en deux plantations, soit la plantation Groote Diamond était en fait l’ancienne plantation Diamond de 1759. La plantation voisine du Sud appelée Golden Grove est presque au même emplacement sur les deux cartes, ce qui étaye cette supposition. [132] [122] [123] [151]

Une carte détaillée de 1783 montre les deux plantations Little Diamond et Great diamond. Il semble donc que les deux plantations sont apparues plus tôt que 1798. [211] Une comparaison avec d’autres cartes renforce cette supposition.

Détail de carte daté d’Octobre 1798 [212]
Source: www.Gahetna.nl
Pendant ce temps en 1762 un certain Samuel Welsh était devenu propriétaire de la plantation Diamond. [152] Les propriétaires ont donc changé au cours des années. Le 4 Octobre 1848 la plantation Great Diamond a été achetée par M. Steele & G.H. Loxdale pour 9050 $ Guyanais. Au moment de la vente la plantation récoltait du sucre. En 1856 la plantation Little Diamond a aussi été achetée par M.Steele & G.H. Loxdale. [154] Je n’ai trouvé aucun élément à propos de Little Diamond après ce rachat. On retrouve par contre la plantation Great Diamond. Elle est listée dans un numéro de la London Gazette du 10 Novembre 1876 parmi les gagnants récompensés à l’exposition universelle de Philadelphie. [155] La société Loxdale Steele & Company a ainsi acheté la plantation Great Diamond en 1848 et Little Diamond en 1856. [398] Ladite société, toutefois, cessa d’exister le 31 Décembre 1860. [399] Que s’est-il alors passé ?

Sandbach, Tinne & Company à Liverpool (McInroy Sandbach & Co au Demerara, le nom fut changé en Sandbach Parker & Co. en 1861) a acheté les deux plantations (en 1856 ils possédaient déja des parts du domaine Little Diamond). Little Diamond disparut des registres de domaines sucriers. Le nom de l’autre plantation fut plus tard changé en « Diamond ». Mais en 1910 elle est parfois encore appelée « Great Diamond ». [156] [157] En 1891, la toute nouvelle “Demerara Company Limited” a repris la plantation Diamond ainsi que la plantation Wales de la Sandbach, Parker & Company Limited. [400]

La distillerie Diamond a été transférée à une autre société en 1967. Il s’agissait de Diamond Liquors Limited. Ainsi la distillerie a été séparée du secteur du sucre à proprement parler, mais restait sous le toit de la Demerara Holding Company. [401] [158] La propriété demeura sous le contrôle de la Demerara Company Holding jusqu’en 1969. Cette année-là les trois filiales "Demerara Company", "Sandbach Parker" et "Diamond Liquors" ont été vendues à "Jessel securities". Enfin, la propriété a été nationalisée le 26 Mai 1976. [402] [403] En 2010 GuySuCo annonçait la fermeture du domaine Diamond. [54] Ces mots furent suivis par des actes puisque le domaine ferma vraiment ses portes vers 2012/2013. [55]

La distillerie Diamond

Détail d’une carte de 1798 [122]
Source: http://dpc.uba.uva.nl/
Sur la carte de 1798 on plantait du café sur les deux plantations Klein Diamant et Groot Diamant. Mais on cultivait la canne à sucre sur l’ancienne plantation Diamond de John Carter aux environs de 1759. Il semble qu’il y ait eu un changement de cultivation entre ces deux années. Après 1798 la cultivation changea à nouveau et en 1833 les deux plantations récoltaient aussi bien du café que de la canne à sucre. Il n’y a aucune preuve que la plantation Diamond de John Carter pressait la canne à sucre et récoltait de la mélasse pour la distillation du rhum. La plantation ne possédait pas de moulin d’après la carte de 1759. Il est théoriquement possible qu’elle utilisait le moulin à sucre de la plantation voisine De Vrinshap (The friendship = L’amitié). Mais je n’ai aucune preuve qui confirme cette théorie. Donc la fondation de la distillerie Diamond (Groote Diamant, Great Diamond) n’a pas donc pas eu lieu avant le début du 19è siècle. [132] [122] [123] Il est prouvé que les deux plantations plantaient exclusivement de la canne à sucre en 1838. Apparemment le café n’était plus suffisament rentable et a été abandonné au profit de la canne à sucre. [172] Une autre source de 1851 confirme cela. [180]

Détail d’une carte de 1823 [185] [186]
Source: http://en.wikipedia.org
Les héritiers de Steele & Loxdale ont présenté deux échantillons de sucre et 7 rhums différents ambrés et blancs à l’exposition universelle de Paris en 1867 (Annexe A, alinéas 88 et 94). D’après le catalogue, deux des rhums étaient des 9 ans d’âge (points 89 & 94). On peut donc dire qu’il s’agit de la preuve d’une distillation de rhum sur la plantation Great Diamond durant les années 1857 ou 1858. Une autre source de 1851 parle d’une production de quelques gallons rhum sur la plantation Great Diamond dans le tableau XIV. [223] Mais malheureusement aucune date exacte n’est mentionnée. Je suppose donc que peu après que Steele & Loxdale aient acquis la plantation en 1848, la distillation de rhum a commencé. [47]

En 1983 la Diamond Liquors Limited (Diamond) a fusionné avec Guyana Distilleries Limited (Uitvlugt) et leur filiale Demerara Distilleries Limited (Enmore) avec Demerara Distillers Limited. [161] La distillerie Diamond d’aujourd’hui (Demerara Distillers Limited) est également située près de l’ancien domaine sucrier Diamond, sur la rive Est du fleuve Demerara au Sud de Georgetown, sur la East Bank Public Road qui mène de Georgetown à l’aéroport international Cheddi Jagan. [50] [51] On parle de l’installation d’une grosse distillerie avec une colonne continue sur la plantation Diamond dans un livre de 1891. [18] Diamond est un des rares producteurs de rhum survivants dont on peut retracer les origines aussi loin dans le temps. Tous les alambics vus précédemment ont été transférés à l’usine de distillation de rhum de Demerara Distillers Limited. Cet héritage culturel est souvent utilisé comme figure de proue par DDL. On peut en voir quelques uns sur le site internet du producteur.

Mark de Diamond <> W & SVW
Il y a ma connaissance trois marks qui proviennent de Diamond. Le Diamond 1981 Very Old Demerara 31 YO de Velier porte la mark S<W>. Cela signifie probablement un S et un W à l’intérieur d’un diamant. Le Diamond 1996 Full Proof Old Demerara 15 YO de Velier comporte la mark S.V.W.. Le Diamond 1993 Full Proof Old Demerara 12 YO de Velier porte un un diamant et W juste à côté. Peut être que cette mark est identique au <W> du Diamond 1981 de Velier. Malheureusement je n’en connais pas vraiment la signification. Peut-être s’agit-il des initiales d’un propriétaire précédent (Samuel Welsh) ? Peut-être pas. Peut-être que le W signifie Welsh ou alors la mark représente une plantation disparue depuis longtemps qui avait été acquise par Sandbach. Le domaine Diamond a fusionné au cours du temps avec les plantations Providence, Herstelling, Farm (Rust & Vrede), Peter's Hall et Ruimveld (t).


© E.H.
Utilisons un peu maintenant notre cervelle et faisons quelques acrobaties mentales, chers lecteurs. Un nouveau rhum de Velier qui porte un diamant sur l’étiquette ainsi que le millésime 1999 et 15 YO comporte la mark <S>. Un S à l’intérieur d’un diamant. Aussi, j’ai vu une photo où figure la combinaison S.S.N.. Cette mark est sur l’étiquette arrière du Diamond 1996 Full Proof Demerara Old 16 YO de Velier. Un nouvel assemblage de Luca Gargano contient du rhum Diamond 1995 portant la mark <SV>. Lorsque j’ai vu ces combinaisons j’ai réflechi et enfin réalisé quelque chose. La mark S.V.W. pourrait être une combinaison de <SV> et <W>. Peut être que l’on a simplement oublié les crochets du diamant. Cela pourrait être la même chose pour la mark S.S.N.. Il pourrait s’agir d’une combinaison de la marque connue <S> et de la nouvelle mark S.N.. Je n’ai jamais vu cette mark S.N. auparavant et d’après cette théorie elle aurait pu être dans un diamant, donc <SN>. Bien sûr cela est purement théorique, mais certainement possible. La mark S<W> pourrait être une mark modifiée (comme M.P.M. pour P.M.). Malheureusement il n’existe aucune preuve pour cela, en tout cas je n’en ai pas trouvé. Au travers des décennies la distillerie Diamond a absorbé pas mal de plantations, qui pourraient se cacher derrières ces marks. Je n’ai pas encore identifié la mark originale de la distillerie. D’après Ingvar Thomsen, dans les années 1950 la Mark SVW correspondait à la distillerie Diamond. Peut-être s’agit’il de la Mark d’origine, et ainsi du style de rhum originel de cette ancienne propriété? [464]

© E.H.
Je ne sais pas quels anciens alambics appartenaient à l’origine à Diamond avant le regroupement. Mais je pense qu’il pourrait s’agir de l’une des colonnes en metal qui sont mentionnés dans l’article de Sascha. Sur certains embouteillages étiquetés Diamond, on spécifie une colonne Coffey à l’origine du rhum. Mais il s’agit juste d’une supposition de ma part.

Création: 1753

Fondateur: John Carter

Emplacement: Elle est située au Sud de Georgetown sur la rive Est du fleuve Demerara.

Statut: Active

Alambics: Colonne en metal / Colonne Coffey (Colonne continue en metal)





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Chapitre 9
-
Les distilleries perdues de Guyane Britannique

46 des 55 distilleries existant durant l’année fiscale 1898-99 ont dû abandonner leurs opérations avant 1938. Je connais plus ou moins leurs noms et leurs histoires. La prochaine mise à jour 3.0 mettra alors la lumière sur ces distilleries abandonnées. Mais voila pour l’instant l’état des informations que j’ai à vous apporter. Comme petit teaser voici un tableau de ladite année fiscale. 

« 5. Le nombre de distilleries enregistrées et leur production d’après les services fiscaux figurent dans la déclaration suivante :--
District
Nombre
Gallons
Gros
Proof
Nord Essequebo
3
124,047
178,527.48
Sud Essequebo
4
82,465
118,720.65
Fleuve Essequebo
2
30,529
43,830.12
Côte Ouest, Demerara
8
283,482
409.074.86
Foward
17
520,523
750,153.11
Rive ouest, Demerara
6
82,220
117,827.69
Georgetown
4
175,127.25
267,048.44
Côte Est, Demerara
8
291,814.75
416,119.94
Mahaica
7
273,631
399,435.44
Côte Ouest, Berbice
2
148,246
213,011.34
Fleuve River
5
169,676
244,968.17
New Amsterdam
4
331,591
488,111.62
Corentyne
2
110,489
165,586.67

55



Les plantations de cette liste ont représenté la colonie de Guyane Britannique lors de plusieurs expositions internationales. Plusieurs noms ont été oubliés et ne sont probablement connus que des natifs du Guyana. Cette petite partie est une sorte de souvenir de ces distilleries perdues.

Anna Catharina
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 18, Café & coton)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(non coloré et coloré)

Adelphi
(Berbice, New Amsterdam)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)

Anna Regina
(Essequibo, Côte Est)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(non coloré et coloré)

Aurora 
(Côte Ouest Essequibo)
(Carte de 1798, Lot 44)
Paris Universal Exhibition 1878
(non coloré et coloré)

Bee Hive 
(New Bee Hive)
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 6, coton)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)

Belle Plaine
(Wakenaam Island, fleuve Essequebo)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc et coloré)

Better Hope 
(Beter Hoop; Beeter Hoop) 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 58)
(Carte de 1823, Lot 15)
London International Exhibition 1862
(non coloré et coloré)

Cane Grove
(Rive ouest, Bras de fleuve Mahaica)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc)

Chateau Margo 
(Chateau Margot)
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 49, Café et coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc)

Cornelia Ida
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 17, Café et coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc et coloré)

Cuming's Lodge
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, probable Lot 65 oder Lot 66)
(Carte de 1823, Lot 9)
Paris Universal Exhibition 1867
(coloré)

Cove and John 
(John & Cove; jadis Cove und The John)
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 19 & 20 , coton)
(Carte de 1823, Lot 49 & 50) 
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

De Willem
(Demerara, Côte Ouest)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et  coloré)

Enterprise
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 30, coton) 
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc)

Farm 
(The Farm)
(La rive est de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 18, Café) 
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc et coloré)


Greenfield 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 5, coton) 
London International Exhibition 1862
(coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

Goldstone Hall 
(Berbice, New Amsterdam, Bras de fleuve Canje)
Paris Universal Exhibition 1867

(non coloré et coloré)

 Hope 
(Hoope)
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 25, coton) 
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Hope and Experiment 
(Berbice, Côte Est)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)

Herstelling 
(La rive est de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 16, Café) 
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Houston
(jadis Zorg en Hoop) 
(La rive est de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 9, Café et & cacao & sucre)
(Carte de 1823, Lot 7)
London International Exhibition 1862
(Coloré et 4 ans)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Helena
(De Helena) 
(Bras de fleuve Mahaica, Côté ouest)
(Carte de 1798, Lot 11, Coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

La Grange 
(Rive ouest de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 12, Café) 
Paris Universal Exhibition 1867
(coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Leonora
(De Leonora) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 21, Café et coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(2 x blanc)

La Jalousie
(The Jalousie) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 10, Café)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

La Bonne Mere 
(Bras de fleuve Mahaica, Rive ouest)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

La Resouvenir 
(Le Resouvenir) 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 51, Coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

La Union
(L'Union) 
(Essequibo, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 14, Café)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Lusignan 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 39, Coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

Maryville 
(Leguan Island, fleuve Essequibo)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Melville 
(Bras de fleuve Mahaica, West side)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Mon Repos 
( Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 44, Coton)
Paris Universal Exhibition 1867
(coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

Montrose 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, vermutlich Lot 53 & 54, Coton)
(Carte de 1823, Lot 18)
London International Exhibition 1862
(non coloré et coloré)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)

Metenmeerzorg
 (Meer Zorg & Met Zorg) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 26 & 27, Coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

Nismes
(Nimes) 
(Rive ouest de la rivière Demerara)
(Carte de 1759, Lot 7, Café)
(Carte de 1798, Lot 14, Café) 
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc)

Ogle
(ehemals La Reduit) 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 62) 
  Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Peter's Hall
(Petershall) 
(La rive est de la rivière Demerara)
(Carte de 1759, Lot 7, Sucre) 
(Carte de 1798, Lot 12, Café) 
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et / ou coloré)

Philadelphia 
(Essequibo, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 17, Coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(2 x coloré)

Providence (Berbice)
(Berbice, La rive est de la rivière Berbice)
London International Exhibition 1862
(coloré)

Providence (Demerara)
(La rive est de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 13, Surce)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Rose Hall 
(Berbice, Bras de fleuve Canje, plus tard la côte Est Berbice)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Reliance 
Berbice, Bras de fleuve Canje)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc et 2 x coloré)

Ruimveldt 
(Ruimveld; ehemals Ruim Zigt) 
(La rive est de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 8, Café)
(Carte de 1823, Lot 6)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Success
(Succes) 
(Demerara, Côte Est)
(Carte de 1798, Lot 50, Coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et / ou coloré)

Smythfield
(Smithfield) 
(Berbice, La rive est de la rivière Berbice)
London International Exhibition 1862
(coloré)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Schoon-Ord 
(Rive ouest de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 10, Café)
Paris Universal Exhibition 1867
(non coloré et coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et non coloré)

Stewartville
(Stuart Ville; ehemals Vrees en Hoop) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 22, Café et coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Taymouth Manor 
(Essequibo, Côte Ouest)
Paris Universal Exhibition 1867
(coloré)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(blanc et coloré)

Tuschen de Vrienden
(La rive est de la rivière Essequibi, près de la côte)
Paris Universal Exhibition 1878
(2 x coloré)
Calcutta International Exhibition 1883-84
(coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Vreed en Hoop
(Vreede en Hoop) 
(Rive ouest de la rivière Demerara)
(Carte de 1798, Lot 5, Café)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc)

Wales 
(Rive ouest de la rivière Demerara)
(Carte de 1823, Lot 23)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)
Worlds Columbian Exposition Chicago 1893
(blanc et coloré)

Windsor Forest
(Windsor Forrest) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 9, Café)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

Zeeburg
(Zeebergen) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798, Lot 24, Café et coton)
Paris Universal Exhibition 1878
(coloré)

Zeelugt
(Zeelucht) 
(Demerara, Côte Ouest)
(Carte de 1798 Lot 1, Sucre et café)
Paris Universal Exhibition 1878
(blanc et coloré)

Voilà donc uniquement les plantations qui ont représenté leur colonie à un évènement public ou une exposition. Une source de 1851 reprend d’autres plantations encore, qui distillaient du rhum. Leurs noms étaient Kitty, Vryheid's Lust & Anchor Sheet, Cuming's Lodge, Montrose, Felicity, Amersfort, Vive La Force, Golden Grove, Eccles, Profit, Richmond Hill, Good Intent, Nouvelle Flandres, Cloonbrock, Garden of Eden, Aberdeen, Better et Henrietta.
De plus, cette source a aussi confirmé la production de rhum dans les plantations suivantes : Nismes, La Bonne Intention, Great Diamond, Greenfield, La Grange, Windsor Forrest, Marysville et Zeeburg. [223]


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Chapitre 10
-
Les débuts de l’existence
(Demerara Distillers Limited)

Capture d’écran du site de D.D.L. 
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L’origine de cette société remonte à une filiale de Bookers. Demerara Distillers Limited a été officiellement créée en 1952. On ne retrouve pas ce nom dans les années 1950. On trouve plutôt une société bien distincte : Albion Distilleries Limited. Cette société a été créée en 1952 et a également bâti une nouvelle distillerie sur le domaine Albion à la fin 1956. C’est cette société qui a récupéré les Vat stills de Port Mourant (fermée en 1955) et qui les a utilisé dans cette nouvelle distillerie probablement jusqu’en 1971 avant qu’Albion ferme à son tour et que le matériel soit amené à l’usine principale de Booker sur le domaine Uitvlugt. [423] [424] On doit remonter un peu plus loin pour comprendre toute l’histoire. En 1946 la société United Rum Merchants au travers de la fusion des trois sociétés Alfred Lamb & Son Limited, White Keeling (rum) Limited et Portal, Dingwall & Norris Limited a été créée. Ces trois sociétés étaient des sous-traitants d’U.R.M.. Cette société même (U.R.M.) a été incorporée au groupe Booker en 1947. En 1951, la nouvelle filiale Booker Rum Company Limited est arrivée sous l’égide d’United Rum Merchants. La Booker Rum Company Limited s’occupait depuis 1951 des activités marketing du rhum de Guyane Britannique. Le rhum en gros et d’autres produits étaient gérés par un autre sous-traitant, qui a aussi été ajouté à URM en 1951. Il s’agissait de Booker Produce Limited. Ce sont ces sociétés qui régnaient sur tout le marché autour du rhum. [425] [426] [427] [429]

En 1960 on a construit une nouvelle distillerie sur le domaine Uitvlugt qui a été mise en exploitation la même année. A partir de cette année-là dans cette distillerie, d’après ce que je sais, on produisait du gin pour le marché local et les Antilles. C’était Bookers Rum Company Limited qui assemblait les rhums et l’exportait avec le gin. Cependant il n’était pas produit par Bookers Rum Company Limited mais par Albion Distillers Limited. Cette société possédait les distilleries d’Albion, Uitvlugt, Enmore, Versailles, La Bonne Intention (fermée en 1951), Skeldon (fermée en 1960) et Blair Mont (fermée en 1962). La distillerie Albion a fusionné avec Uitvlugt entre 1967 et 1971 et la petite distillerie du domaine Versailles a également fusionnée avec Enmore durant la même période. En 1975 il ne restait que deux distilleries. Enmore et Uitvlugt. Je pense qu’il n’était qu’une question de temps avant que Booker ne ferme également la distillerie Enmore. [428] 

Capture d’écran du site de D.D.L. 
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Qu’en est-il de la distillerie du domaine Diamond ? Elle a appartenu d’abord à Sandbach, Parker & Company puis ensuite à la Demerara Company Limited (à partir de 1891) et en 1967 la distillerie a été transférée à Diamond Liquors Limited, qui géra alors les affaires autour du rhum. En 1969 la société « Jessel Securities » a acheté les sous-traitants de la Demerara Company en Guyane Britannique, a fait faillite et c’est alors que les sous-traitants ont été nationalisés. En 1976, l’année de la nationalisation, la société publique Guyana Liquors Corporation (GLC) a repris la Diamond Liquors Limited. Peu après, la filiale de Bookers, la Guyana Distilleries Limited suivit. En 1976 la Guyana Liquors Corporation possédait les trois dernières distilleries du Guyana. : Uitvlugt, Enmore et Diamond. C’est G.L.C. qui a planifié la modernisation de la WARF en 1977 et la construction d’un nouveau terminal pour les citernes en 1978. En 1983, ces deux sociétés ont été fusionnées en Demerara Distillers Limited (DDL). Dans un contexte d’efficacité croissante et de maitrise des coûts tous les alambics ont finalement été centralisés en une distillerie. Cela est revenu à la fermeture de la distillerie Enmore entre 1993 et 1995 et à la fermeture d’Uitvlugt en 2000. Seul un entrepôt plein de futs resta sur le domaine Uitvlugt. Demerara Distillers Limited appartient en réalité à la Guyana Liquors Corporation. En 1992 la marque « El Dorado » était créée avec un assemblage de 15 ans. Il y avait aussi un assemblage de 12 ans, le "King of Diamonds 12 YO". Il y avait également un "Fruit Cured Rum", probablement le successeur du "Bookers Fruit Cured Rum", et un rhum appelé "High Wine('s)". Apparement DDL voulait se démarquer de la vente en gros. La marque de rhum El dorado est embouteillée au Guyana. En 2002, l’El Dorado 21 est ajouté à la palette de DDL. De plus le "King of Diamonds 12 YO" a disparu et l’El dorado 12 YO a pris sa place. Toutefois, je ne sais pas exactement quand cela a eu lieu. Le premier "El Dorado 25 YO" est probablement apparu sur le marché international vers 2005/2006 et était le premier du genre (Distillé en 1980). Depuis ça il y a des sorties régulières de cette édition limitée ou « premium blend ». Pour les aficionados et les connaisseurs DDL a sorti la série « Single Barrel » en 2007. A cet effet, les styles (marks) EHP (Enmore), ICBU (Uitvlugt) et PM (Port Mourant) ont été embouteillés. On ne peut trouver ces embouteillages en Europe qu’à des prix utopiques.


Comme bien d’autres embouteilleurs officiels DDL utilise du sucre pour « relever » un peu ses rhums ou pour les rendre accessibles à plus de consommateurs. Un connaisseur amateur nommé Jonny Dreier a testé de nombreux rhums à l’aide de sa propre méthode et a mesuré leur contenance en sucre et les résultats sontpeu réjouissants. Le rhum le plus « dopé » est de loin l’El Dorado 25 YO, mais cela ne me surprend pas vraiment. Pourquoi ? Un rhum vieilli 25 ans sous les tropiques a une forte influence boisée dans son profil aromatique. Ce goût n’est pas facile à apprécier pour le grand public et plutôt accessible aux aficionados et connaisseurs. On peut très bien masquer ce goût boisé et acéré avec du sucre. On peut faire disparaitre le goût boisé en arrière-plan du profil aromatique ou le noyer complètement. Les seuls produits sans sucre de DDL que je connaisse sont les rhums single barrel. De ceux-là, je ne connais que la version « PM » et il s’agit d’un bon rhum, mais qui a malheureusement été dilué à mort (40%abv).



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Conclusion:

© E.H.
Le simple fait que même les très vieux embouteillages avec les anciens noms sur les étiquettes n’aient pas été distillés dans ces distilleries donne un arrière-goût doux-amer à chaque lampée. C’est moins dramatique pour les rhums provenant des vieux Pot stills en bois ou de la colonne Coffey Enmore. Mais c’est très décevant dans le cas d’Albion, Blairmont, La Bonne Intention et Skeldon. Les alambics de ces distilleries ont soit changé d’endroit, soit ont été mis hors service quand un alambic pouvait produire la même qualité et le même profil aromatique. Cela se comprend d’un point de vue économique. Les marks sur les futs ne sont donc pas directement liées aux alambics. Sascha pense qu’elles sont liées aux anciens styles de rhum. Elles identifient donc le style de rhum qui était fait dans ces distilleries depuis longtemps fermées.

On peut donner comme exemple la distillation d’Enmore KFM 12 YO et 16 YO datée par Cadenhead. Les deux embouteillages ont été distillés en 1991. Le Pot still indiqué sur l’étiquette serait le Pot still simple en bois Versailles. Mais la mark K.F.M. indique l’ancienne plantation Lusignan. On sait que cette plantation a produit du rhum sous cette mark. Le Pot still original de cette plantation a sans doute disparu depuis longtemps. Je ne sais pas de quel type d’alambic il s’agissait à l’origine. [29] alors qu’Enmore a repris Lusignan ils ont aussi repris les connaissances qui permettaient de créer le rhum de style K.F.M. et peut-être même leur(s) alambic(s). On a transféré le savoir-faire pour produire le rhum. Cela explique le millésime 1991 qui porte la marque K.F.M. et le nom Enmore sur l’étiquette. Le rhum en question a été produit avec le seul Vat still simple restant qui était de source sûre en possession d’Enmore : l’alambic Versailles. Pourquoi en garder plusieurs en service alors que l’on a besoin d’un seul Pot still simple en bois (Single Vat still) pour produire différents styles (marks)? Malheureusement l’alambic Versailles était le seul Pot still à Enmore. Tout au moins le seul Pot still dont l’existence est prouvée. Et en fait le seul Pot still simple en bois (Single Vat Still) qui ait été conservé tout court. 



© E.H.
Si vous vous dites : « Attends une minute…. Versailles c’est V.S.G. non ? » Oui en effet c’est ça. Le style de rhum VSG était distillé sur l’ancienne plantation Versailles et était aussi produit avec ce Pot still. Mais comme je l’ai dit plus haut : Un alambic est capable de produire plusieurs sortes de styles. Le style de rhum V.S.G. remonte à la plantation Versailles. Le style de rhum K.F.M. de 1991 vient aussi de ce Pot Still, qui était à Enmore en 1991, mais correspond à l’ancien style de Lusignan, qui a été racheté bien avant Versailles. Malheureusement les rhums plus anciens qui remontaient directement à Lusignan n’ont pas survécu. Seul un indice nous dit que Lusignan produisait du rhum. Cela signifie que beaucoup de rhums de Pot Still étiquetés Enmore pourraient provenir du Pot Still simple en bois Versailles. Je suppose également que d’autres styles de rhum d’autres plantations ont disparu lors de leurs fusions. Et je pense aussi que la raison est simple : les styles étaient trop proches. Le style de rhum de Versailles a-t’ il toujours été V.S.G. ? Le nom du rhum de Versailles a-t’ il toujours été VSG ? Il y a peu de chances, car les deux autres plantations de la mark (Schoon Ord, Goed Furtuin) ont été ajoutées plus tard, probablement après que la plantation Versailles ne distille du rhum. On dit que toutes les distilleries du 17è siècle distillaient du rhum. Qu’est devenu le style de rhum de la plantation Schoon Ord, qui a présenté du rhum à l’exposition universelle de Paris en 1867 ? Ce sont des questions sans réponse. 

J’espère ne pas vous avoir trop déboussolés. Il s’agit tout au moins d’une théorie très intéressante. Malheureusement il n’y a aucun indice qui permet de la prouver. Je le souligne encore : ce ne sont que des suppositions de ma part

La question des alambics reste entière. Pourquoi garder deux alambics similaires quand on en a besoin que d’un ? Il est plus économique d’un détruire un et de garder l’autre en service. Quiconque a déjà gouté aux rhums du Pot still simple en bois et du Pot still double en bois sera d’accord, un alambic ne peut pas remplacer l’autre. Les profils aromatiques sont tellement différents. Cette circonstance heureuse a peut-être sauvé le Pot still simple en bois Versailles. Le Pot still double en bois Port Mourant n’arrivait sûrement pas à imiter les rhums de l’alambic Versailles.

Une petite note de ma part : Il y avait beaucoup de plantations du même nom au même moment. Par exemple Mon Repos. Il y en avait une sur la côte Est du Demerara et une autre sur la rive droite du fleuve Berbice. De même pour Providence et bien d’autres noms. Le manque d’inventivité du passé peut encore prêter à confusion aujourd’hui. ;) 


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Objet

Le but principal de cet article était en fait de satisfaire ma propre curiosité. Au départ il ne s’agissait même pas d’un article. C’était juste une poignée de notes et de liens dans un fichier texte. Après quelques semaines il y avait trop de données pour en garder une vision claire sans leur donnée une forme correcte. Alors j’ai décidé d’apporter de l’ordre à ce chaos et l’article en conséquence a pris sa forme de départ. Au cours du temps l’article ne faisait que grandir. J’ai ajouté de plus en plus de détails. On s’en aperçoit dans l’ordonnancement chaotique des renvois. Ce qui m’a beaucoup surpris avec le temps, c’étaient les semi-vérités disséminées à travers l’internet. L’année de fondation de Port Mourant par exemple, était l’une de ces semi-vérités, ou plutôt l’une de ces erreurs. Plusieurs sources coloniales et cartes montraient qu’il n’y avait peut-être jamais eu de plantation de canne à sucre portant ce nom en 1732 sur le côte Est de Berbice, sans parler d’une distillerie.Port Mourant était au départ une simple plantation de coton. Je pense que vous serez d’accord avec moi quand je dis que l’on ne peut pas obtenir de mélasse du coton afin de produire du rhum. Je n’ai trouvé aucun indice ni preuve de l’année 1732 en relation avec la plantation Port Mourant.

Une question que je me suis posé au tout début de mes recherches reste toujours sans réponse. Pourquoi DDL n’ont-ils jamais entrepris de recherches à propos des origines des plantations et de leur histoire ? Ils auraient pu les utiliser à des fins de marketing. Je n’ai jamais trouvé d’explication logique et je ne peux donc que spéculer sur des raisons possibles. C’est dommage car DDL pourrait éclairer l’obscurité du rhum du Demerara mieux que quiconque. Mais apparemment ils ne préfèrent pas le faire. 
 

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Considérations


J’espère avoir éclairci une partie des malentendus à propos des rhums du Demerara et de leurs distilleries. Je n’affirme pas tout savoir. Je n’affirme pas non plus que cet article ou travail est parfait ou même complet. Il est plein de trous et il reste beaucoup de questions sans réponse. Mais je commence à réaliser que certaines questions n’auront jamais de réponse. Le rhum du Demerara ne perdra jamais cette aura fascinante des choses disparues. Et je dois admettre que… je suis heureux que ce soit le cas.

Mais pourquoi ai-je fait tout ce travail ? Est-ce que les consommateurs d’aujourd’hui s’intéressent toujours à l’histoire qui se trouve littéralement dans leurs verres ou bien veulent-ils, dans notre ère très rapide et dominée par la consommation, juste la gober et puis c’est tout ? Le rhum est-il « juste » un ingrédient de cocktail et non un produit dégustation ? En termes de pur plaisir, un whisky n’est-il pas quelque chose de « plus sérieux » qu’un rhum avec de nombreux additifs ne figurant pas sur l’étiquette ? Qui suis-je pour oser poser une telle question ? Suis-je un nerd romantique et larmoyant ? Peut-etre un peu. Personne n’est parfait. Suis-je un expert ? Dieu merci, heureusement non. Il y a assez d’autoproclamés sur la scène rhum (et dans le monde). Je ne veux pas en faire partie. Suis-je un amateur et un fou qui aime le rhum ? Sans conteste.

Marco Freyer
(PAS un expert)



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